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Saturday, September 12, 2026

Le déficit d’entretien des infrastructures est-il sous-estimé au Québec?

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Le gouvernement du Québec n’est pas seulement aux prises avec un déficit budgétaire. Il accuse aussi un déficit d’entretien de ses hôpitaux, écoles, routes et autres infrastructures. Et le problème risque de s’aggraver étant donné son goût du neuf, l’augmentation des coûts de construction et son désir de réduire sa dette.

Quelle est l’ampleur de ce déficit d’entretien des infrastructures ?

Difficile à dire. Selon les données officielles, la proportion des infrastructures jugées dans un état satisfaisant est passée de 61 % à 54 % depuis 2019. Les sommes qui seraient requises pour effacer ce déficit de maintien d’actifs seraient ainsi deux fois et demie plus élevées aujourd’hui (44,8 milliards) qu’en 2017 (17,6 milliards).

Or, non seulement la hausse des dépenses d’entretien des infrastructures ne parvient pas à suivre leur rythme de dégradation, mais on ne connaît même pas, avec précision, l’ampleur de leur déficit d’entretien, déplorait l’automne dernier le vérificateur général du Québec par intérim, Alain Fortin. Il dénonçait, entre autres, la diversité et l’incohérence des méthodes d’estimation, sans parler de la mauvaise prise en compte des besoins d’une population vieillissante et des répercussions des bouleversements climatiques.

Pourtant, les investissements n’ont-ils pas augmenté ?

En effet. Le budget consacré au Plan québécois des infrastructures (PQI) a augmenté de 83 % depuis 2017, passant d’un peu plus de 91 milliards à 167 milliards pour dix ans. Si le déficit de maintien d’actifs s’est creusé de presque le double (155 %) au même moment, c’est entre autres parce que la part du PQI destinée à l’entretien des actifs a diminué au profit de la construction de nouvelles infrastructures, qui avaient l’avantage de venir avec de premières pelletées de terre et des rubans à couper.

La portion allouée au maintien des actifs est passée de 71 % des montants totaux du PQI 2017-2027 à seulement 59 %, cinq ans plus tard, pour le PQI 2022-2032. Elle a toutefois graduellement remonté par la suite pour revenir à 71 % dans le PQI de cette année.

Ces proportions reflètent les intentions du gouvernement à long terme. Mais l’effort en faveur du maintien d’actifs se révèle encore plus faible lorsqu’on regarde ce qui s’est effectivement dépensé la première année de chacun de ces plans de dix ans. Depuis 2017, la part destinée à l’entretien des infrastructures dans les dépenses totales y a plafonné à 64 % et est tombée aussi bas que 52 %.

Au total, les budgets des dépenses d’infrastructure ont augmenté de 80 % entre 2017 et 2025, mais de 74 % pour le maintien et de 126 % pour l’ajout d’actifs.

Pire lorsqu’on tient compte de l’inflation

Le portrait s’avère encore plus préoccupant lorsqu’on tient compte de l’effet de l’inflation, explique Louis Lévesque, le président du Comité des politiques publiques de l’Association des économistes québécois, qui suit de près ces questions et qui a compilé la plupart des chiffres présentés ici.

La hausse des prix s’est révélée particulièrement marquée dans le secteur de la construction : on parle d’une augmentation totale moyenne des coûts de 53 %, entre 2017 et 2025, soit deux fois supérieure à l’inflation générale (27 %).

Lorsqu’on tient compte de l’effet de cette hausse des prix, qui touche notamment la main-d’œuvre et les matériaux, sur le pouvoir d’achat du gouvernement, on se rend compte que l’augmentation réelle de ses dépenses dans les nouvelles infrastructures n’a pas été de 126 %, durant cette période, mais de 48 %, a calculé l’économiste. Et que son effort financier en faveur de l’entretien des infrastructures n’a pas réellement augmenté de 74 %, mais de seulement 14 %.

Est-ce que la situation est en voie de se corriger ?

Pas vraiment. Il a beaucoup été question, dans les derniers mois, de l’ambitieux coup de frein que le gouvernement de la Coalition avenir Québec entendait appliquer à l’augmentation des dépenses pour atteindre, d’ici 2030, la cible du déficit zéro fixée par la Loi sur l’équilibre budgétaire. On a moins porté attention au fait qu’il comptait aussi fortement réduire les investissements dans les infrastructures prévus dans les prochaines années pour respecter les règles d’une autre loi sur la soutenabilité des finances publiques : celle sur la réduction de la dette.

Même si l’on suppose une inflation moyenne des coûts de construction de seulement 3 % par année, on constate que les investissements en dollars constants dans l’ajout d’actifs et le simple entretien des infrastructures passeraient, en moins de quatre ans, sous le niveau de 2018-2019, déplore Louis Lévesque. « Soit un moment où l’on sait que l’effort du gouvernement était totalement insuffisant. On s’enligne pour une dégradation accélérée de nos infrastructures. »

La vérificatrice générale du Québec, Christine Roy, est arrivée à la même conclusion le mois dernier. Selon elle, le PQI en vigueur « risquerait d’accentuer le déficit de maintien des actifs actuels […] et d’accélérer la dégradation d’actifs stratégiques », a-t-elle prévenu.

Que faire ?

Il faudrait trouver des façons de réduire les coûts de construction et d’entretien des infrastructures, dit Louis Lévesque. Il pense notamment à la formation d’un nombre accru de travailleurs, à un encouragement de la concurrence dans les appels d’offres, à l’augmentation de la constance de l’effort financier et à une prévisibilité rehaussée pour permettre aux entreprises d’investir dans l’amélioration de leur productivité.

Mais il faudrait commencer par comprendre qu’il n’y a pas que les déficits budgétaires qui comptent, dit l’économiste. Que la dégradation de l’état des hôpitaux, des écoles, des routes et des autres infrastructures publiques qu’on entend léguer aux prochaines générations compte aussi.

« Que chaque dollar de nouvelles dépenses et de nouvelles baisses d’impôt, qui vient creuser le déficit budgétaire, gruge aussi une capacité d’emprunt qui pourrait servir à mieux prendre soin de ces infrastructures. »

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