Radio-Canada lance une nouvelle radio consacrée à l’histoire
Radio-Canada profite de l’engouement pour le contenu audio historique en lançant lundi prochain une radio numérique en continu nommée Radio-Canada Histoire.
La société d’État diffuse déjà de nombreuses émissions et balados à teneur historique, comme Aujourd’hui l’histoire, L’Histoire ne s’arrête pas là, Les pires moments de l’histoire et L’histoire en personne, qui font partie des contenus les plus écoutés sur la plateforme OHdio, même la nuit.
« C’est extrêmement populaire, pour tous les groupes d’âge, autant les hommes que les femmes », selon Natacha Mercure, directrice générale audio et radio.
À cela s’ajoute l’une des dix plus grandes collections d’archives audiovisuelles numérisées au monde, accumulée depuis 90 ans, selon Radio-Canada.
« On a encore énormément de matériel qui dort dans nos voûtes et une des choses qu’on se fait le plus souvent demander par les auditeurs, c’est de ressortir des pépites de nos archives », souligne Mme Mercure.
Discours de politiciens d’une autre époque, vox pop des années 1950, captations de pièces de théâtre : des extraits d’archives seront mis en valeur dans plusieurs émissions, dont L’histoire (est encore jeune), animée par Jean-Philippe Wauthier. « Chaque épisode pose un regard nouveau sur un événement survenu à la même date dans une autre époque et apporte une lecture vivante, curieuse et parfois grinçante du passé », indique la description du communiqué.
Des émissions tirées du passé feront partie de la programmation. « Ce sont des contenus extrêmement pérennes, qui sont là pour rester. Ils peuvent être écoutés par plusieurs générations d’auditeurs », croit Mme Mercure.
Radio-Canada a aussi acquis des émissions produites en France, en Belgique et par d’autres institutions canadiennes. Il y a donc suffisamment de matériel pour nourrir une radio en ligne 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
« On ne voit absolument pas le fond du puits et ça fait partie de notre motivation. Une histoire peut être racontée de tellement de façons différentes. Elle peut être racontée par des gens qui l’ont vécu, par des experts qui l’analysent, par des gens qui en subissent les conséquences plusieurs années plus tard, remarque la directrice. Et la beauté de la chose, c’est qu’on habite un très grand pays qui a une histoire très diversifiée. »
Un phénomène international
Aux États-Unis et en Europe, la production de balados historiques semble vivre un âge d’or.
Sur le site de Radio France, on trouve, entre des centaines d’autres, des séries consacrées à l’histoire de la musique, l’histoire des enfants, l’histoire de la désinformation, l’histoire de la mythologie, l’histoire du pétrole, l’histoire des reines et des rois, l’histoire des catastrophes naturelles et l’histoire américaine. Dans un article du journal Le Dauphiné libéré publié en juillet 2026, il est rapporté que les productions de l’historien Philippe Collin dépassent les 35 millions de téléchargements.
Dans le monde anglophone, le balado historique le plus populaire, The Rest is History, est téléchargé 12,5 millions de fois par mois, relate le média Bloomberg dans son article intitulé « The Business of History is Booming » (L’industrie de l’histoire explose). En Grande-Bretagne, ce balado animé par deux historiens est carrément le plus écouté, toutes catégories confondues, sur Apple Podcasts. Un enregistrement devant public en 2024 a rempli le Royal Albert Hall de Londres, qui peut accueillir plus de 5000 spectateurs.
Dans l’article « Why history podcasts are booming now » (Pourquoi les podcasts d’histoire sont en plein essor), The Economist émet l’hypothèse que plusieurs adultes aiment satisfaire leur soif de connaissances générales, en particulier lorsqu’elles sont racontées sur un ton amical. La revue fait aussi remarquer que les contenus historiques sont indémodables.
Natacha Mercure abonde dans le même sens. « Ça permet de s’évader de façon intelligente, dit-elle. Aussi, ce ne sont pas des sujets polarisants. Je pense que les auditeurs ont parfois besoin d’une pause de l’actualité chaude. »
Se réfugier dans le passé
L’animateur et réalisateur André Martineau, qui fait du contenu à teneur historique depuis une quinzaine d’années, sent aussi un intérêt croissant du public dans les dernières années.
« Avec ce qui se passe dans le monde, on cherche des réponses dans le passé, on s’intéresse aux années 1930, aux années de crise, aux systèmes autoritaires », note l’artisan du balado L’Histoire ne s’arrête pas là.
De son côté, il aime mettre des histoires en récit. « J’aime cette façon de faire de l’immersion dans des époques et des vies de personnages, qui seraient difficiles à documenter de façon visuelle. En balado, on peut créer des images très fortes », croit-il.
Ses capsules À rebours, des éphémérides diffusées de 2012 à 2015, feront un retour dans les oreilles du public de Radio-Canada Histoire.
En proposant une radio linéaire, Natacha Mercure estime qu’OHdio répond à un autre besoin grandissant du public, celui de ne pas avoir à faire des choix. « Ils n’ont pas à chercher dans des catalogues foisonnants, où il peut être difficile de se retrouver, dit-elle. Ça permet de toucher le bouton jouer et de tout simplement se laisser porter par la programmation. »
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