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Friday, October 23, 2026

«Entre chiens et louves»: haute voltige à travers le temps

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Grand retour au Québec pour la compagnie française Cirque Le Roux avec sa toute nouvelle création, Entre chiens et louves. Entre imaginaires littéraires et réalité, celle-ci nous plonge dans trois époques différentes et évoque désir d’émancipation et révoltes. Une œuvre à couper le souffle.

Cirque de haute voltige, scénographie époustouflante et 7e art. Voilà ce qui pourrait résumer le travail du Crique Le Roux. Et cela se prouve encore une fois dans sa troisième pièce, Entre chiens et louves. Une histoire, celle d’Alex, se joue sous nos yeux. Personnage chamboulé par la vie, d’abord au sens propre, il se fait malmener à travers un enchaînement de portés et de danse, dans les bras de ses camarades circassiens. Puis au sens figuré : trop empathique, en plein questionnement sur sa place dans le monde, il se laisse emporter par les récits de deux femmes de caractère, Louise et Maude. La première de 1870, l’autre de 1960. À travers les yeux d’Alex, le public vit les péripéties et les émotions qui accompagnent les deux héroïnes, et leur besoin d’émancipation. Ce désir, malgré les presque 100 ans qui séparent les deux périodes de leur vie, se répète. Et malheureusement, le contrôle, parfois, de leur compagnon aussi. Les trois époques se vivent alors en parallèle, se chevauchent souvent, et nous font voyager entre modèles du passé, enjeux de société et questionnements d’actualité. Seul manque dans cette narration : une image actuelle de la femme. Une telle figure aurait permis d’ajouter un certain espoir au narratif. Entre chiens et louves soulève donc des enjeux sociaux, mais reste toujours dans la légèreté, et l’humour.

La scénographie prend, comme à l’habitude de la compagnie, une grande place. Là encore, au sens propre puisqu’un immense mur dressé devant nous, qui s’avérera très modulaire et surprenant jusqu’au bout, devient le lieu de tous les événements. Telle une maison de poupée, il dévoilera au long de l’œuvre diverses pièces, ambiances et mécaniques, là encore extrêmement astucieuses. La place de la scénographie est aussi grande au sens figuré. Elle place les époques, dirige le regard, l’histoire et complète les prouesses physiques des artistes.

Le Cirque Le Roux a cette force d’amener des éléments propres au théâtre et au cinéma sans toutefois s’éloigner de la physicalité attendue du cirque. Les interprètes incarnent de réels personnages dont les histoires et les relations sont claires et développées. Les tableaux sont raffinés grâce à des décors remplis de détails et d’attentions; des costumes aux accessoires en passant par les lumières. Pour magnifier le tout, la magnifique musique de la Québécoise Alexandra Stréliski supporte l’œuvre, tout en douceur. On se laisse captiver par des sonorités classiques qui semblent tout droit sorties d’un film.

Des corps pour soutenir l’histoire

L’aspect technique du cirque est lui aussi au rendez-vous. De la barre russe à la contorsion en passant par la main à main, les colonnes humaines, les équilibres, le mât chinois et la contorsion, la compagnie offre un florilège de disciplines classiques circassiennes tout en les revisitant à sa manière. Ainsi, la contorsion se distingue au travers de détails plus théâtraux ou encore lors d’une escalade fantaisiste sur un mur rempli de mains et de jambes. Les équilibres et les mains à mains sont toujours organiques, sentis, sans jamais rompre la narration : ils apparaissent entre deux valses ou encore lors d’une course folle entre les diverses pièces. La danse est aussi très présente. Elle ponctue divers moments et dépasse le simple liant. La gestuelle élaborée est en effet aussi ingénieuse que le reste. Les portées sont fluides et originales. De simples contacts et prises aux bons endroits du corps donnent l’illusion d’une femme qui marche à l’envers. Simple exemple parmi tant d’autres.

Entre chiens et louves est un véritable bonbon explosif. Pétillante, l’œuvre nous garde dans l’instant présent grâce à une scénographie hors du commun et des exploits circassiens qui dépassent les attentes. À travers une histoire teintée d’enjeux sociétaux et de personnages attachants, c’est un cocktail qui fonctionne à merveille. La compagnie est déjà en préparation de sa quatrième pièce. Très très hâte !

Cirque Le Roux sera en visite à la capitale nationale jusqu’au 24 novembre puis à Montréal, au théâtre Maisonneuve, du 4 au 14 novembre.

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