Vendanges 2026 : la Champagne face au casse-tête de l’alcool, la Belgique y échappe… ce qui a fait la différence

La Belgique n’est pas passée loin d’une situation comparable à celle rencontrée en Champagne. Après un été particulièrement chaud et sec, les raisins avaient accumulé rapidement du sucre. Mais deux épisodes pluvieux, fin juin et à la mi-août, ont changé la donne. La pluie a donc permis d’éviter le scénario français.
Au Chant d’Eole, à Quévy, Hubert Ewbank de Wespin estime que ces précipitations ont été déterminantes : "Pour une fois, c’est de la chance d’avoir de la pluie", explique le directeur général du domaine. Fin juin, 40 à 50 millimètres sont tombés, puis encore 30 à 40 millimètres à la mi-août.
En Champagne, l’absence de pluie a au contraire accéléré la concentration en sucre des raisins alors que leur maturité complète n’était pas nécessairement atteinte. Un phénomène qui peut conduire à des vins plus alcoolisés et plus lourds.
En Wallonie, les raisins ont pu poursuivre leur maturation dans de meilleures conditions. Arnaud Leroy est directeur commercial de Ruffus. Il précise qu’à la mi-août, le taux de sucre était déjà atteint mais que l’acidité restait trop élevée. La pluie a fait gonfler les raisins d’environ 20%, avant que le sucre ne remonte naturellement les jours suivants. "On a su faire une vendange malgré tout très précoce, mais avec un taux de sucre et d’acidité parfait".
Les vins effervescents wallons devraient ainsi rester dans leurs niveaux habituels de degrés d’alcool : "On va être vers 12, 12,5 comme d’habitude", précise Arnaud Leroy.
Cette succession de bons millésimes pourrait donner l’impression que le changement climatique profite aux vignobles wallons. Les vignerons interrogés invitent pourtant à la prudence.
La hausse des températures permet certes à la vigne belge d’atteindre beaucoup plus facilement sa maturité. Mais elle entraîne aussi un réveil plus précoce de la végétation, avec un risque accru de gel. "Le souci principal, c’est qu’on a des hivers de plus en plus doux et la vigne se réveille de plus en plus tôt", explique Arnaud Leroy. Cette année, les premiers bourgeons sont apparus dès le mois de mars, alors qu’il y a vingt ans, ils apparaissaient plutôt en mai.
Une fois les bourgeons sortis, la vigne devient particulièrement vulnérable aux températures négatives. Le phénomène est devenu récurrent : "Nous, maintenant, c’est devenu récurrent depuis 2017. On a à chaque fois des dégâts à cause des gelées. Et ça, c’est le réchauffement climatique qui le crée" déplore Arnaud Leroy.
La sécheresse est un autre risque. Sans les pluies de la mi-août, les producteurs wallons auraient pu connaître des raisins plus petits et des volumes nettement inférieurs. Les épisodes de chaleur peuvent également favoriser des orages violents et accentuer les écarts de température.
Pour Christophe Waterkeyn, le principal défi des années à venir est donc clair : "Le défi sera de gérer les gels. C’est vraiment le grand problème des vignes septentrionales".
Malgré ces risques, les trois vignerons constatent une progression importante et une montée en puissance de la viticulture belge. Le savoir-faire s’est développé, les appellations évoluent et les vins wallons rivalisent désormais davantage avec ceux du nord de la France.
Christophe Waterkeyn relève la succession de millésimes favorables ces dernières années. Sur les six dernières années, il cite notamment 2020, 2022, 2023, 2025 et 2026 comme de très beaux millésimes, malgré des années difficiles comme 2021 et 2024.
Pour Hubert Ewbank de Wespin, le potentiel belge est désormais évident : "Le glissement climatique ou le dérèglement climatique fait que maintenant, la Belgique, avec la qualité de ses sols, la qualité, la compétence, […] on est vraiment dans un pays d’avenir pour le vin".
Et le potentiel ne concerne pas uniquement les bulles. Les conditions de 2026 devraient aussi permettre de produire de très bons vins rouges, alors que la Belgique reste souvent associée aux vins blancs et effervescents. "Une année comme ici, il y a des gens qui vont sortir des rouges incroyables en Belgique", prédit Hubert Ewbank de Wespin.
Il voit dans cette évolution une occasion pour les producteurs belges de se distinguer : "La Belgique va sortir des vins assez exceptionnels, bien équilibrés, avec un taux d’alcool classique".
Christophe Waterkeyn se montre toutefois plus prudent face à l’idée d’un "Eldorado" viticole. Produire de bons vins ne suffit pas : il faudra gérer le gel et les stocks de vin.
La viticulture wallonne entre donc dans une nouvelle phase : après avoir appris à produire du vin dans un climat devenu plus favorable, elle doit désormais confirmer cette qualité dans la durée, tout en apprenant à composer avec les nouveaux risques climatiques, pour l’instant très favorables.
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