Guerre commerciale | Lutnick accuse Carney de vouloir empêcher l’élection du Parti québécois

(Ottawa) La protection du français se retrouve au cœur de la bataille pour l’opinion publique lancée par l’administration Trump dans la foulée de la rebuffade canadienne. Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, en a rajouté une couche jeudi en accusant le premier ministre Mark Carney d’avoir créé cette controverse de toutes pièces pour empêcher le Parti québécois de remporter l’élection provinciale.
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« Pensez-vous que j’aie prononcé le mot “français” », a demandé Howard Lutnick lors d’une mêlée de presse à Washington. Il était à la table des négociations vendredi lorsque le premier ministre Carney a sommé l’équipe canadienne de rentrer au pays.
Est-ce que je me préoccupe de la façon dont les Québécois parlent ? Franchement, qu’est-ce qui pourrait moins intéresser l’Amérique ? Cela nous est égal. En réalité, il n’a jamais été question de cela. C’est une histoire montée de toutes pièces.
Il a avancé que le Canada a pris cette décision pour des raisons politiques à l’aube de la campagne électorale québécoise. « Il y a ce parti souverainiste qui se présente et qui est en tête au Québec et donc Mark Carney a orchestré une manœuvre pour tenter de les empêcher de l’emporter », a-t-il avancé.
Il a également fait allusion au mouvement indépendantiste albertain.
Le chef du péquiste Paul St-Pierre Plamondon s’est engagé la semaine dernière à ne pas tenir de référendum sur l’indépendance du Québec tant que Donald Trump sera au pouvoir, mais il aurait tout de même lieu dans un premier mandat en 2029 ou 2030.
Il avait remis en cause mardi la « qualité de l’information que le gouvernement du Québec a réellement quand le gouvernement du Canada négocie en son nom » après la publication d’un article du New York Times
En faisant référence à un article du New York Times, qui révélait mardi que la partie américaine s’était montrée « flexible » sur la langue française lors des négociations, PSPP a par ailleurs remis en cause la « qualité de l’information que le gouvernement du Québec a réellement quand le gouvernement du Canada négocie en son nom ».
À tour de rôle depuis le début de la semaine, le président Trump, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, le secrétaire Lutnick ont répété que le français n’était pas un enjeu dans les négociations commerciales avec le Canada.
La Maison-Blanche a republié sur X jeudi un message du président Trump qui accusait Mark Carney de vouloir faire des gains politiques en citant la protection de la langue française comme l’un des enjeux qui ont fait dérailler les négociations. La publication reprend un extrait de l’entrevue en français accordée par l’ambassadeur Greer la veille et diffusée sur les ondes de Radio-Canada.
LeBlanc se réjouit de la souplesse des Américains
PHOTO AMID FARAHI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc
La réplique canadienne est venue en début de journée lorsque le ministre Dominic LeBlanc s’est réjoui de voir les États-Unis reconnaître l’importance du français au Canada et abandonner leurs demandes sur la découvrabilité et l’étiquetage en français.
Dans une longue entrevue accordée à CBC la veille, M. Greer, a affirmé que l’administration Trump ne voulait pas faire tomber une entente commerciale avec le Canada pour une question de langue.
« Le Canada se réjouit que les États-Unis reviennent désormais sur leurs positions concernant la découvrabilité et l’étiquetage, et qu’ils confirment que les mesures visant à promouvoir la langue française et la culture canadienne ne feront pas l’objet de futures mesures commerciales de la part des États-Unis », a réagi le ministre LeBlanc, qui est responsable du Commerce Canada – États-Unis.
Nous attendons avec intérêt de nouvelles précisions constructives de la part des États-Unis concernant leurs autres positions, ce qui ouvrirait la voie à un accord commercial mutuellement avantageux et respectueux de la souveraineté canadienne.
PHOTO MARK SCHIEFELBEIN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer
Les deux hommes ont passé la semaine dernière à la table des négociations à Washington. Le représentant au Commerce des États-Unis a accordé une entrevue de près de 20 minutes à la journaliste Rosemary Barton, diffusée à heure de grande écoute à l’émission Power & Politics de la CBC.
Il avait alors affirmé que lui et le président Donald Trump reconnaissaient « l’importance et la sensibilité de la langue française au Canada » et que la protection de la langue n’était pas une ligne rouge. Sa version contredit celle du premier ministre Mark Carney, qui avait affirmé samedi que les Américains avaient exigé des concessions de dernière minute « inacceptables pour son gouvernement ».
Les lois au Canada imposant des redevances aux diffuseurs de contenu en ligne et les forçant à promouvoir le contenu canadien et le contenu francophone constituent toutefois des motifs d’irritation dans la relation commerciale entre les deux pays, mais pas au point de torpiller une entente.
« C’est un point sur lequel les États-Unis ont toujours eu des questions, a-t-il reconnu. Nous en avons discuté, mais nous avons fait preuve d’une grande souplesse. Et nous estimons qu’il est hors de question de laisser passer un bon accord pour quelque chose comme ça. »
L’administration Trump et le gouvernement Carney se livrent à une bataille de l’opinion publique, offrant chacun des versions différentes sur ce qui a fait échouer l’entente vendredi soir. Les deux s’accusent mutuellement d’avoir émis de nouvelles exigences à la dernière heure qui ont tout fait dérailler. Elle survient alors qu’un nombre croissant d’élus américains, démocrates et républicains, dénoncent publiquement le traitement hostile de l’administration Trump envers le Canada.
« Nous étions très, très confiants quant à l’accord conclu tard mardi soir », a affirmé M. Greer. C’était moins de deux heures avant l’entrée en vigueur de la nouvelle salve tarifaire du président Donald Trump de 50 % sur 28 milliards de produits canadiens.
Ces droits de douane sont finalement entrés en vigueur après que les négociateurs canadiens eurent quitté la table. Le gouvernement Carney a répliqué avec des contre-tarifs équivalents qui entreront en vigueur le 8 septembre. Le ministère des Finances a annoncé sans grandes pompes en fin de soirée mercredi qu’il allait enlever les fruits de mer et les poissons de la longue liste de produits américains visés par la riposte canadienne à la lumière des commentaires de l’industrie.
Lors de l’entrevue avec CBC, l’ambassadeur Greer a laissé planer la menace d’une escalade pour tenter de convaincre le gouvernement Carney de faire marche arrière. « Si le Canada devait prendre de nouvelles mesures de rétorsion, nous ne resterions évidemment pas les bras croisés, a-t-il affirmé. Notre position est la suivante : il ne faut pas recourir aux représailles. »
Il a plaidé que les États-Unis avaient offert « la meilleure entente » au Canada par rapport à leurs autres partenaires commerciaux dans le cadre de leur politique de réindustrialisation des États-Unis.
Les Américains avaient offert au Canada de diminuer les droits de douane sur l’acier et l’aluminium de 50 % à 25 %, puis ceux sur les automobiles de 25 % à 15 % et potentiellement jusqu’à 7 %.
Il n’a pas offert d’information sur ce qu’il faudrait pour relancer les négociations ni si une entente commerciale entre le Canada et les États-Unis est toujours possible. « Je ne connais pas la réponse à cette question », a-t-il répondu. Une chose est sûre, l’administration Trump n’abandonnera pas sa politique de réindustrialisation.
« Il y a une situation où le Canada aussi peut participer dans la réindustrialisation de l’Amérique du Nord. Peut-il y avoir un accord dans le futur ? Pour l’instant, je ne sais pas, mais ça aurait été très bien si on avait pu en arriver à cet accord », a-t-il conclu.
Avec Fanny Lévesque, Anthony Ouellet et Henri Ouellette-Vézina, La Presse
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