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Tuesday, September 15, 2026

Le problème de l’incroyance

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Depuis les années Couillard, le mot « austérité » a été banni du vocabulaire politique québécois, sauf quand il s’agit d’en faire le reproche à un adversaire. Après la corruption, c’est peut-être le pire péché dont on peut l’accuser.

En présentant le cadre financier de son parti, le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a déclaré que ce mot ne lui faisait pas peur, même s’il préférait parler de « réalisme économique », comme d’autres se sont réclamés de la « rigueur » ou de la « responsabilité », mais les électeurs ont appris à ne pas se laisser berner par les synonymes.

Quand on parle d’une augmentation des dépenses limitée à 1 % entre 2028 et 2030, soit bien en deçà de l’inflation, ils savent très bien ce que cela signifie. Même le gouvernement Couillard n’avait pas été aussi pingre. M. Milliard affirme que les réseaux de la santé et de l’éducation seront épargnés, mais la population est arrivée depuis longtemps à la conclusion qu’ils se dégraderont, peu importe l’argent qu’on y investit, malgré les progrès que veulent rapporter les graphiques et les tableaux de bord.

Il ne faut pas s’étonner que deux Québécois sur trois préfèrent une réduction des services publics à une hausse d’impôt, selon un sondage effectué par Léger cet été pour la Chaire en fiscalité et en finances publiques. En réalité, ils craignent d’avoir à la fois moins de services et plus d’impôt à payer. Tant qu’à faire, aussi bien en avoir pour son argent en se tournant vers le privé.

Pendant des années, le filet social mis en place pendant la Révolution tranquille a fait la fierté des Québécois. Ce sentiment semble de plus en faire place à une incroyance en la compétence de l’État, voire en son intégrité, ce qui est de très mauvais augure pour ce qu’on appelait jadis la « société juste ». Qui sait, l’austérité va peut-être devenir une vertu.

Les partis d’opposition se sont empressés de présenter comme un scandale caquiste l’explosion des coûts du Système d’information des finances et de l’approvisionnement (SIFA) de Santé Québec révélée par Radio-Canada lundi. Et Christine Fréchette en paiera peut-être le prix le 5 octobre, mais c’est l’État lui-même qui s’en trouve un peu plus discrédité.

Il n’y a pas de « poudre magique » dans le cadre financier du PLQ, et son chef s’en est presque félicité. S’il entendait par là que les nouvelles dépenses seront réduites au minimum, on peut en dire autant du cadre déjà présenté par la Coalition avenir Québec, et celui que le Parti québécois dévoilera au cours des prochaines heures sera sans doute de la même eau.

Réalisme oblige, les engagements d’un gouvernement Milliard pour le prochain mandat totaliseraient 11,9 milliards de dollars, par rapport aux 41 milliards que Dominique Anglade promettait en 2022. Le cadre financier présenté par Christine Fréchette prévoit des engagements de 9,7 milliards de dollars, par rapport à 30,6 milliards il y a quatre ans. Dans le cas du PQ, ce chiffre était de 29,7 milliards.

Le Parti conservateur du Québec nous fait évidemment entrer dans une autre dimension avec sa proposition de compressions de 47 milliards de dollars. Penser que cela pourrait se faire sans influer sur les services, comme le prétend son chef, Éric Duhaime, tient de la fantasmagorie. On parle ici d’un État croupion et du triomphe de l’incroyance.

Québec solidaire est aujourd’hui le seul parti à prendre la défense du « modèle québécois ». Et avec un cadre financier qui prévoit quatre fois moins de nouvelles dépenses que celui de 2022, on est bien loin de la nationalisation de grands pans de l’économie que le parti ambitionnait jadis.

Contrairement aux autres, QS n’envisage pas la moindre réduction dans les effectifs de la fonction publique (que certains présentent comme un repaire de parasites). Il propose au contraire de les augmenter, notamment pour redonner à l’État l’expertise dont le cafouillage à répétition des projets de transformation numérique a démontré la nécessité.

Les sondages confirment les uns après les autres la stagnation des intentions de vote pour QS autour de 10 %, en baisse de 5 points par rapport aux élections de 2022. Ruba Ghazal soutient qu’on lui parle des propositions de son parti partout où elle passe. Le problème n’est pas que les électeurs n’écoutent pas, mais qu’ils ne croient pas.

Le cadre financier de QS est pourtant moins ambitieux que ne le laisse entendre sa plateforme électorale, qui fait miroiter la mise sur pied d’un programme de revenu minimum garanti, la gratuité scolaire de la petite école à l’université ou encore la gratuité du transport collectif.

La gratuité de l’enseignement universitaire est chose courante en Europe. Le transport collectif est également gratuit dans de nombreuses municipalités. Il est vrai que les projets pilotes de revenu minimum garanti n’ont pas été convaincants ; seule l’Espagne a mis en place un ingreso mínimo vital, qui est de 722 euros (1160 $) par mois.

Tous les exemples ne sont évidemment pas transposables. Il faut y aller par étapes et prendre en compte l’étendue du territoire, la densité de la population, le PIB… Cela suppose aussi qu’on accepte de travailler sur la colonne des revenus, comme le propose QS, plutôt que de se concentrer uniquement sur celle des dépenses. Il faudrait surtout retrouver la foi.

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