Pendant la campagne électorale, qui parlera des villes?
Profitez bien des deux dernières semaines d’août, parce que après, ça va brasser. La campagne électorale québécoise devrait être déclenchée à la fin août en vue du scrutin du 5 octobre. Sans surprise, nous parlerons beaucoup d’économie, d’immigration, d’identité, de souveraineté, de tarifs américains et probablement de quelques sujets que personne n’a encore prévus. Mais dans tout ce bruit électoral, une question me préoccupe particulièrement : qui parlera des villes ?
Lors de la dernière campagne électorale, les municipalités s’étaient imposées comme une véritable force politique. Plusieurs maires et mairesses n’hésitaient plus à interpeller directement Québec. Après la grande victoire de la Coalition avenir Québec (CAQ), plusieurs avaient évoqué l’idée que les gouvernements de proximité semblaient désormais représenter la véritable opposition au gouvernement.
Depuis, les relations n’ont pas toujours été simples. En matière de transport collectif, de logement, d’itinérance, d’environnement ou d’infrastructures, les désaccords se sont multipliés. L’expression voulant que les municipalités soient des « créatures de Québec » aura rarement semblé aussi pertinente et concrète que sous le gouvernement de la CAQ. Il faut l’admettre, François Legault a souvent donné l’impression qu’il considérait les municipalités comme un caillou dans sa chaussure plutôt que comme des partenaires.
Pourtant, jamais les grands dossiers de société n’ont autant touché les gouvernements de proximité qu’en ce moment. La crise du logement se matérialise sur leur territoire. L’itinérance est visible dans leurs rues et leurs parcs. Les infrastructures vieillissantes sont sous leurs pieds. Les conséquences des changements climatiques frappent leurs réseaux, leurs routes et leurs populations. Quant à la mobilité, qui façonne directement la manière dont nous habitons nos territoires, la façon dont elle est gérée ne donne certainement pas au Québec de quoi se pavaner. Bien au contraire.
Les municipalités ont déjà commencé à préparer le terrain de la prochaine campagne québécoise. L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a ciblé six grandes priorités électorales : les infrastructures municipales, l’habitation et l’itinérance, la mobilité, l’environnement, le développement économique ainsi que la gouvernance. Elle demande également au prochain gouvernement de convoquer des états généraux sur le milieu municipal afin de revoir les rôles, les responsabilités et les sources de revenus. Ce n’est quand même pas banal.
Derrière chacune de ces demandes se trouve essentiellement le même problème : les responsabilités des municipalités ont considérablement augmenté, mais leurs moyens n’ont pas suivi au même rythme. L’UMQ parle d’un modèle financier arrivé à ses limites, alors que les coûts de construction explosent, que les infrastructures vieillissent et que de nouvelles responsabilités s’ajoutent sans nécessairement être accompagnées des revenus nécessaires.
Voilà pourquoi cette campagne devrait être différente des précédentes. Il ne devrait plus simplement être question des sommes que Québec promettra aux villes pour réparer des routes, construire des logements ou financer le transport collectif. On devrait plutôt s’interroger sur la relation que le prochain gouvernement souhaite entretenir avec les gouvernements de proximité.
Depuis des décennies, nous fonctionnons essentiellement selon la même logique. Québec détermine les programmes, établit les critères, décide des sommes disponibles et impose ensuite une reddition de comptes souvent complexe aux municipalités. Ces dernières passent une énergie considérable à chercher le bon programme, à déposer des demandes et à attendre des réponses avant de pouvoir agir. Puis, quelques années plus tard, tout recommence avec un nouveau programme.
Ce modèle pouvait peut-être fonctionner lorsque les responsabilités municipales étaient plus limitées. Il devient beaucoup plus difficile à défendre aujourd’hui. Lorsqu’une Ville doit adapter rapidement une infrastructure aux changements climatiques, aider à construire des logements ou intervenir dans une crise d’itinérance, attendre après plusieurs ministères n’est pas exactement la définition de l’agilité.
La question de l’autonomie municipale risque pourtant de demeurer loin derrière les sujets plus payants électoralement. Nous commençons déjà à voir apparaître des propositions sur la mobilité, l’environnement ou l’aménagement du territoire. Une coalition regroupant notamment Vivre en ville, Vélo Québec et Trajectoire Québec interpelle d’ailleurs les partis afin qu’ils présentent une véritable vision de la mobilité durable. C’est très bien. Mais derrière les politiques sectorielles se cache toujours la même question : qui décide ?
C’est cette question que les municipalités doivent mettre de l’avant pendant cette campagne. Elles ne peuvent pas simplement attendre que les partis politiques s’intéressent spontanément à leurs préoccupations. Elles doivent obliger les chefs à se prononcer. Pas seulement sur les sommes qu’ils promettent, mais sur les pouvoirs qu’ils sont prêts à partager.
Le 18 septembre, l’UMQ tiendra d’ailleurs un sommet électoral où les chefs des principales formations politiques sont invités à présenter leurs engagements envers le milieu municipal. J’espère qu’on leur posera une question toute simple : faites-vous suffisamment confiance aux villes pour leur permettre de décider davantage par elles-mêmes ?
Parce qu’après des années à réclamer plus de financement, davantage de prévisibilité et moins de lourdeur administrative, le statu quo, l’immobilisme et les reculs deviennent difficiles à défendre. Les villes ne demandent plus simplement qu’on reconnaisse leur importance. Elles veulent avoir les moyens d’assumer les responsabilités qu’elles exercent déjà.
Pendant la campagne, les partis parleront beaucoup de ce qu’ils veulent faire pour le Québec. Les gouvernements de proximité devraient profiter de l’occasion pour leur demander ce qu’ils sont enfin prêts à les laisser faire eux-mêmes.
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