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Wednesday, November 4, 2026

Ottawa veut un budget « d’édification de la nation». Qu’entend-on par là?

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Ce n’est pas qu’un simple budget fédéral qui doit être déposé jeudi, mais un véritable « plan d’édification de la nation », promet François-Philippe Champagne, le ministre des Finances qui a confectionné une seconde paire de chaussures à Montréal mercredi.

L’énergique politicien de Shawinigan a pu pratiquer de nouveau ses aptitudes à la machine à coudre lors d’une visite mercredi de l’entreprise Pajar, à Montréal. Il y a répété que son gouvernement est à l’écoute des préoccupations des Canadiens en ce qui a trait au coût de la vie.

Mais c’est devant des gens d’affaires de Toronto, lundi, qu’il en a révélé le plus sur ses ambitions pour le budget de 2026. Elles sont, comprend-on, démesurées.

« Fondamentalement, notre plan consiste à changer le modèle de croissance du Canada », a-t-il lancé lors d’une allocution tenue à 98 % en anglais. « Pour moi, c’est un plan d’édification de la nation [nation building]. Un plan pour le futur. »

Son second budget en carrière, de nouveau déposé en novembre, porte le nom de « Maîtres chez nous », une référence directe au célèbre slogan de la campagne québécoise de Jean Lesage de 1962. L’actuel premier ministre du Canada, Mark Carney, le récupère à son compte périodiquement depuis son entrée en politique.

Peu de choses ont jusqu’ici filtré sur son contenu, ne serait-ce qu’il promet de l’argent pour les plus petites entreprises. « Ce sera un budget pour les entrepreneurs. Ce sera un budget pour les innovateurs. Ce sera un budget pour les créateurs, et ils vont s’y reconnaître », a été la promesse du grand argentier du Canada.

« Mon impression, c’est qu’on veut que l’accent soit plus sur le concept de productivité et d’investissements, que simplement montrer les prévisions des revenus et des dépenses, ce qui est typiquement ce qu’on voit dans les budgets », analyse Marie-Soleil Tremblay, professeur titulaire à l’École nationale d’administration publique (ENAP).

Le Canada souffre depuis longtemps d’un enjeu de faible productivité, explique-t-elle. Le fédéral souhaite s’y attaquer en subventionnant l’achat de machines, par exemple, ou quoi que ce soit permettant d’augmenter la production d’une journée de travail d’un salarié.

La suite logique de ce rêve est de pouvoir fabriquer plus avec moins d’employés. C’est pourquoi le document à être dévoilé jeudi devrait détailler, comme l’an dernier, de nouveaux chiffres sur les quotas d’immigration du Canada. La principale mesure pour la productivité a aussi déjà été dévoilée en 2025, sous forme d’une « mégadéduction » fiscale. Présentée comme « générationnelle », elle n’a jusqu’ici probablement pas changé grande chose à la vie du contribuable moyen.

Déjà des sceptiques

« On a un gouvernement qui nous parle de toutes sortes de choses “générationnelles”. Le ministre Champagne, que je trouve par ailleurs très sympathique, donne beaucoup dans l’inflation verbale », a blagué cette semaine le député du Bloc québécois, Jean-Denis Garon.

Son parti demande au fédéral de faire un chèque de 300 $ aux familles qui souffrent le plus de la hausse du coût de la vie, sous forme de bonification de la « prestation pour l’épicerie ». Il propose aussi de renoncer à facturer la TPS sur les biens usagers, afin de s’harmoniser avec les plans du nouveau gouvernement à Québec pour la TVQ.

François-Philippe Champagne ne donne aucun détail sur ce « nouveau modèle de croissance ». Il s’est quand même permis de rêver tout haut à un monde plus juste.

« La croissance économique n’est pas un objectif en soi », a-t-il philosophé, ajoutant que les Canadiens doivent en voir les effets immédiats sur l’abordabilité et leur niveau de vie.

Le gouvernement illustre cet engagement par la prolongation du congé de taxe d’accise sur l’essence et le diesel – une économie de 5 $ par plein, calcule le ministre. La mesure a ajouté 5,3 milliards au déficit déjà important, et a été réannoncée une vingtaine de fois par différents membres du cabinet Carney en septembre.

Le Parti conservateur du Canada lui demande de prolonger la mesure au moins jusqu’à la Fête du Canada, mais aussi de suspendre la TPS et d’annuler complètement le règlement sur les combustibles propres.

Puisque le gouvernement de Mark Carney est devenu majoritaire en cours d’année, il n’a plus besoin de l’appui d’un parti d’opposition – ou, tel que l’an dernier, l’abstention de quelques élus néodémocrates – pour faire adopter son budget.

Un dernier déficit « d’opération »

Le budget de 2026 doit aussi officialiser un retour à l’équilibre du « budget des opérations » dès l’an prochain, en 2027-2028. L’essentiel du montant apparaissant à l’encre rouge sera alors constitué d’« investissements en capital », conformément à la nouvelle comptabilité du gouvernement Carney.

Ce qui choque le Nouveau Parti démocratique (NPD), c’est justement de voir les entreprises et leurs propriétaires sortir grands gagnants de ce budget « Cette vieille théorie de ruissellement n’a jamais fonctionné » a pesté son nouveau chef, Avi Lewis, qui critique un premier budget depuis son arrivée. Il propose un impôt sur les fortunes de 10 millions et plus pour financer des transferts en santé et des épiceries publiques.

Davantage de détails doivent aussi être dévoilés jeudi sur le fonds dit souverain « Canada fort », ainsi que sur le projet de privatisation de la gestion des aéroports. Le budget devrait mentionner l’intelligence artificielle (IA), vu le projet d’Ottawa de faire entrer cette technologie dans les entreprises, et sa participation récemment annoncée de 1,6 milliard de dollars dans la torontoise Cohere, ou encore les milliards consacrés au nouvel oléoduc public Pacific Link.

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