Violences en France : nouveaux couvre-feux mardi soir, oui à une commission d’enquête

Les autorités françaises ont estimé mardi que les couvre-feux en vigueur dans plusieurs villes après les scènes de violence du week-end seraient reconduits « là où la situation le nécessite » pour une deuxième nuit.
Un couvre-feu localisé a déjà été décidé à Marseille (sud), la deuxième ville du pays, pour les mineurs mardi à partir de 22 h, heure locale.
Le gouvernement est sous le feu des critiques après les violences et les pillages – les plus graves de ces dernières années – en marge des manifestations massives samedi contre la vie chère.
Elles interviennent à seulement six mois de la présidentielle dans un pays qui inquiète de plus en plus les marchés financiers en raison du poids de sa dette et de son instabilité.
Le président Emmanuel Macron a reconnu des « défaillances » dans la gestion des protestations. Les groupes politiques de l'Assemblée nationale se sont accordés sur une commission d'enquête sur les violences, mais aussi sur le dispositif de maintien de l'ordre déployé.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, avait proposé sa démission dimanche et fait son mea culpa le lendemain, en reconnaissant une perte de contrôle
dans certaines villes, démission qu'Emmanuel Macron avait refusée.
Les images d'affrontements et de bâtiments publics incendiés ou vandalisés ont fait le tour du monde, poussant plusieurs pays, comme les États-Unis, la Chine ou l'Allemagne, à donner des conseils de prudence à leurs ressortissants séjournant en France.

Un incendie ravage l’hôtel de ville de Limoges après qu’un groupe d’individus se soit introduit de force dans le bâtiment, le 17 octobre 2026.
Photo : Getty Images / PASCAL LACHENAUD / AFP
Concernant l'incendie de la mairie de Limoges (centre-ouest) samedi, un homme, fiché comme susceptible de porter atteinte à la sûreté de l'État
et connu pour son appartenance à l'ultragauche, a été interpellé mardi, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier. La sous-direction antiterroriste de la police a été saisie.
Les couvre-feux avaient débuté lundi entre 20 h et 22 h (heure locale) dans certaines portions de Paris, de même que dans la troisième ville du pays, Lyon (centre-est), à Bordeaux (sud-ouest), à Lille (nord) ou encore à Nice (sud-est). Uniquement pour les mineurs dans ces trois dernières villes.
Accusations politiques
À six mois de la présidentielle, avec la candidate du Rassemblement national (RN, extrême droite) Marine Le Pen largement en tête des sondages, la crise devient de plus en plus politique.
Le RN dénonce l'impuissance
du gouvernement et accuse La France insoumise (LFI, gauche radicale) de vouloir provoquer une guerre civile
. Le président du Sénat et deuxième personnage de l'État, Gérard Larcher (droite), a même estimé que la question de l'interdiction de LFI pouvait être posée
après les violences du week-end.
Le premier ministre a de son côté accusé le mouvement de l'ultragauche
de vouloir semer « un désordre profond » et « même remettre en cause le calendrier de l'élection présidentielle et la tenue de l'élection présidentielle ».
Le candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon s'est défendu, affirmant que son parti ne dirige pas le mouvement populaire, [qui] se dirige lui-même,
et dénonçant l'incompétence dans la technique du maintien de l'ordre
de la part du gouvernement.
La droite et l'extrême droite accusant les autorités de manquer de fermeté face aux violences, le pouvoir cherche à montrer les muscles, d'autant plus que de nouvelles manifestations sont attendues samedi et dans les prochaines semaines. Le premier ministre réunira les partis politiques jeudi.
Mais la cheffe des écologistes, Marine Tondelier, a émis des réserves face à ces mesures d'exception
, appelant à faire la lumière sur les défaillances du dispositif de maintien de l'ordre
. Le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, a lui estimé que le couvre-feu doit rester exceptionnel
.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé lundi soir 2513 gardes à vue, et 123 personnes ont été incarcérées.
Le gouvernement est aussi attendu sur son aide aux boutiques ou restaurants endommagés, au moins 3000 commerces ayant été touchés par des dégradations ou des pillages. Le président du patronat, Patrick Martin, a accusé l'État d'avoir été défaillant
.
Argument de campagne pour Trump
Certains manifestants ont par ailleurs été grièvement blessés. À Mulhouse (est), une jeune femme de 17 ans a perdu un œil. À Saint-Étienne (centre-est), un jeune homme du même âge a eu la main arrachée par une grenade. Son avocat a annoncé lundi le dépôt d'une plainte contre l'auteur du tir et contre le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
La crise en France, pilier de l'Union européenne (UE) et deuxième économie de la zone euro, est très commentée à l'étranger.
Donald Trump, en mauvaise posture avant les élections américaines de mi-mandat à cause de la forte inflation, voit dans les violences une occasion d'amplifier sa rhétorique anti-immigration et anti-islam.
Pour lui, la France est « prise d'assaut, pillée et incendiée par des migrants, des djihadistes et des communistes ». Une accusation à rebours d'une majorité de politiques et d'experts français qui pointent du doigt l'ultra-gauche et la polarisation croissante de la société.
Pour Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux, il y a une cristallisation de colères remontant à plusieurs années [vie chère, difficultés des services publics, climat…]
. Les épisodes de violences, pillages et saccages illustrent les problématiques d'une société de plus en plus polarisée
.
L'UE a dénoncé les pillages et les incendies tout en appelant la France à protéger
le droit à manifester pacifiquement.
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