Peine de 42 mois de prison | « Il est possible d’obtenir justice », témoigne la victime d’un enseignant agresseur

« Aujourd’hui, je montre aux femmes qu’il est possible d’obtenir justice ». C’est le message inspirant que souhaitait lancer une victime d’agression sexuelle au tribunal mercredi. Son agresseur, un enseignant montréalais qui lui a bousillé la vie à l’adolescence, écopera de trois ans et demi de pénitencier.
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« Je me tiens ici, aujourd’hui, pour toutes les femmes qui n’ont jamais été capables de demander justice à l’égard de leur agresseur. Je porte leur silence. Je montre que nos histoires sont importantes, que notre douleur est réelle et que notre force ne peut pas nous être enlevée », a témoigné Rachel* mercredi au palais de justice de Montréal.
« Je me tiens debout pour elles, pour ma mère, pour ma fille, et finalement, pour moi », a-t-elle conclu, sous le regard impassible de son agresseur, assis au premier rang.
Elie Amram, un Montréalais de 44 ans, a été déclaré coupable l’an dernier d’avoir exploité sexuellement une élève de 16 ans, il y a une quinzaine d’années. À l’époque, le délinquant enseignait l’éducation physique dans une école de Montréal (non précisée dans la décision).
Pendant des mois, Elie Amram et Rachel ont entretenu une « relation secrète ». Il a eu plusieurs rapports sexuels avec sa victime de 16 ans, dont une relation complète, sans condom, dans le garage du gymnase de l’école. La victime s’était ensuite rendue, ébranlée, à son examen de mathématiques.
Au procès, Elie Amram a tenté de s’en tirer en se posant en victime. Il disait avoir fantasmé sur l’adolescente, mais a nié être passé à l’acte. Il a même reproché à la victime d’avoir porté son uniforme scolaire de « manière provocante ». À ses yeux, elle était une « femme physiquement développée et séduisante ».
« Elle était une personne que son devoir d’enseignant lui dictait de protéger et de voir à son bien-être », a tranché le juge Éric de Champlain, en rejetant la version du délinquant.
Rachel n’a plus jamais été la même. Cette jeune femme promise à un brillant avenir a sombré dans la drogue et dans la détresse. « Je prenais de la MDMA et de la cocaïne, chaque semaine. J’étais toujours high. J’aurais pu en mourir et ça ne m’aurait pas dérangé », a-t-elle témoigné.
Néanmoins, Rachel a persévéré malgré l’adversité, et a réussi à décrocher un diplôme universitaire. Puis, dix ans après les évènements, elle a eu le courage de dénoncer son agresseur aux autorités.
« C’était le temps de reprendre ma voix », a-t-elle lancé.
La femme du délinquant s’apitoie sur son sort
Elie Amram n’a pas pris la parole mercredi lors des audiences sur la peine. C’est plutôt sa femme qui a témoigné. Elle a décrit son mari comme un homme « dévoué et rempli de compassion ». « Il n’est pas l’homme décrit par la Couronne », a-t-elle affirmé.
« Il a déjà perdu tant ! Sa carrière et sa réputation », s’est-elle lamentée.
Son permis d’enseignement a été révoqué dans les dernières années. Il enseignait à la Royal Vale High School, une école de la commission scolaire English-Montréal.
« Nous avons tant souffert depuis quatre ans », a conclu la femme d’Elie Amram.
La procureure de la Couronne, Me Camille Boucher et l’avocat de la défense Me Jacklin Turcot ont présenté une suggestion commune de peine de 42 mois de pénitencier. Ils n’ont toutefois pas expliqué pourquoi cette peine était adéquate, comme c’est généralement le cas. Aucun facteur n’a été soulevé. On ne sait donc rien sur le risque de récidive du délinquant.
Néanmoins, le juge s’est déjà engagé à entériner cette peine, le 1er février prochain, afin de laisser le temps au délinquant de se préparer à l’incarcération.
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