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Friday, September 25, 2026

Il avait consulté les hôpitaux à 96 reprises | Mort dans la rue après un refus d’hébergement

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Même si son cas était considéré comme une « priorité absolue » et qu’une ressource d’hébergement devait rapidement lui être trouvée étant donné sa « vulnérabilité extrême », un sans-abri de 71 ans en perte d’autonomie a vu sa demande refusée, l’hiver dernier, par le système de santé à Montréal. Quelques jours plus tard, il est mort écrasé par une voiture dans le nord de la métropole, alors qu’il s’était étendu sur la chaussée.

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L’homme est « demeuré sans domicile stable, en plein hiver, malgré une vulnérabilité médicale, cognitive, psychiatrique et sociale bien documentée », écrit la coroner Mylène Servant dans un rapport publié mercredi.

T. R. avait des problèmes de santé mentale et de consommation d’alcool et avait des idées suicidaires. Il était sans domicile fixe depuis 2023 « et utilisait fréquemment les services de santé et d’urgence », peut-on lire dans le rapport de la coroner.

Entre le 1er janvier 2023 et le jour de son décès, le 1er mars 2026, il a consulté à 96 reprises dans des hôpitaux de Montréal. Généralement, il était gardé en observation quelques heures. « Après avoir retrouvé un état de sobriété, il se montrait généralement adéquat et niait avoir encore des idées suicidaires. Comme il était jugé apte à prendre des décisions […], il pouvait quitter l’établissement », est-il écrit.

Durant la même période, 41 interventions policières ont été recensées auprès de T. R., « principalement pour des situations associant intoxication, désorganisation et propos suicidaires ».

L’homme était suivi par un intervenant social du CLSC d’Hochelaga-Maisonneuve. Voyant certains troubles cognitifs apparaître, ses proches ont manifesté « leur inquiétude et leur sentiment d’impuissance » en 2025. La famille parlait d’un parcours « fragmenté » et dénonçait l’absence de prise en charge par un médecin.

Le 30 janvier 2026, « devant l’aggravation de la vulnérabilité de T. R. », son intervenant social formule une demande urgente d’hébergement au mécanisme d’accès à l’hébergement de Santé Québec. Mais le 12 février, la demande a été refusée sous prétexte que son dossier ne comprenait pas d’évaluation médicale formelle.

Une évaluation du cas de T. R. avait pourtant été faite et avait déterminé que l’homme avait des « besoins significatifs, notamment sur le plan cognitif », écrit la coroner. Et puisque l’homme vivait dans la rue, sa demande devait être traitée comme « une priorité absolue pour motif de sécurité et de vulnérabilité extrême ». Or la demande a plutôt été refusée.

Le 28 février 2026, une caméra de surveillance a capté des images de T. R. près d’un abribus dans le nord de Montréal. Il s’est allongé lentement sur la route, au centre de la chaussée. Un véhicule l’a percuté peu après. L’homme a été transporté à l’hôpital et est mort de ses blessures trois jours plus tard. La coroner a été incapable de déterminer si le geste de T. R. était volontaire ou non.

Cette histoire rappelle le cas d’un autre homme, mort en 2025, rapporté la semaine dernière par La Presse. Ce Montréalais de 58 ans grandement vulnérable, dépendant à l’alcool et atteint de troubles de santé mentale, avait fait l’objet de six demandes d’hébergement en deux ans à Montréal. Or, il n’a jamais pu être hébergé, car son profil complexe « ne rentrait pas dans les cases », peut-on lire dans un rapport de coroner, qui évoque des indices de « maltraitance organisationnelle »⁠1.

Aide réclamée par Montréal

Le 26 mars dernier, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, avait fondu en larmes dans un point de presse en annonçant que deux hommes en situation d’itinérance étaient morts dans les 24 heures précédentes. Elle avait lancé un cri du cœur aux gouvernements, affirmant que la métropole avait « besoin d’aide »2.

Dans les jours suivants, le Bureau du coroner avait ordonné le déclenchement d’une enquête publique sur « plusieurs décès de personnes en situation d’itinérance survenus à Montréal dans les derniers mois ». Cette enquête, qui débutera en novembre, portera plus spécifiquement sur le décès de cinq personnes, dont ne fait pas partie T. R.

Pour la coroner Mylène Servant, le parcours de T. R. « illustre une difficulté systémique ». Ce type de profil complexe, où se mêlent santé mentale, consommation, troubles cognitifs et itinérance, « ne correspond pas toujours clairement au mandat d’un seul programme social ».

Chaque personne dont l’hébergement est jugé urgent, mais qui voit son dossier refusé devrait faire l’objet d’un « plan transitoire sécuritaire », écrit-elle. La Dre Servant recommande notamment à Santé Québec Est-de-l’Île-de-Montréal de revoir la trajectoire de soins pour les patients au profil complexe comme T. R. « afin d’assurer la sécurité de l’usager ».

Santé Québec Est-de-l’Île-de-Montréal reconnaît que le cas de T. R. est « complexe » et « soulève d’importantes préoccupations ». « Nous prenons au sérieux les constats et recommandations du coroner, qui nous rappellent notre responsabilité de nous concerter afin de trouver les meilleures solutions pour mieux soutenir les personnes les plus vulnérables, écrit l’établissement par courriel […] Dans les cas de vulnérabilité extrême, nous devons parfois aller au-delà des critères habituels afin de trouver une solution adaptée, même quand l’endroit idéal n’existe pas. »

1. Lisez « Une coroner évoque de la “maltraitance organisationnelle” » 2. Lisez « Deux sans-abri morts à Montréal, la mairesse ébranlée »

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