Au Québec, les fuites de vieux puits de gaz de schiste s’aggravent depuis des années
Pendant que des politiciens en campagne électorale évoquent une relance de la controversée filière du gaz de schiste au Québec, certains puits déjà forés laissent fuir un puissant gaz à effet de serre depuis plusieurs années. La majorité des sites de forages n’ont d’ailleurs pas été fermés et restaurés, et l’industrie poursuit le gouvernement et lui réclame des milliards de dollars en compensation.
Selon les informations fournies au Devoir par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE), 8 des 18 puits qui ont été forés et fracturés entre 2006 et 2010 laissent encore fuir du méthane aujourd’hui. Sur un horizon de 20 ans, ce gaz à effet de serre a un effet de réchauffement planétaire 80 fois plus élevé que le CO2.
Le MEIE récolte régulièrement des données sur les fuites à la tête des puits, puisque celles-ci sont toujours, pour l’essentiel, encore en place. Ces informations permettent de mesurer le volume des « fuites » pour chacun des puits qui ont été fracturés en utilisant des millions de litres d’eau et des additifs chimiques. Ces travaux ont été menés à une époque où les Québécois ignoraient que l’industrie était présente dans la province.
Le volume total des fuites pour les huit puits varie dans le temps, mais il ne montre aucun signe de diminution. En janvier 2024, ce volume atteignait 122 m3 par jour, alors qu’il se situait à 139 m3 par jour en juin 2025 et à 142 m3 en date du 3 septembre 2026.
Le puits le plus problématique a été foré en 2009 par l’entreprise Talisman Energy à Saint-Édouard, en Montérégie. Ce puits nommé « A267 » a connu des problèmes de fuite de méthane dès 2010 et il n’est toujours pas fermé à l’heure actuelle. Au fil des ans, les inspections du MEIE ont d’ailleurs permis de constater des problèmes importants. « Il y a une migration de gaz qui représente un risque d’incendie ou un autre risque pour la sécurité des personnes et des biens, et pour la protection de l’environnement », indiquait le ministère dans un rapport produit en 2019.
En date du 3 septembre, le puits « A267 » laissait fuir 44,5 m3 de méthane par jour, ce qui serait le volume le plus élevé des dernières années. Il est suivi de près par le puits nommé « A261 », qui a été foré par Talisman Energy en 2008 à La Visitation-de-Yamaska, dans la région du Centre-du-Québec. Dès 2010, des « émissions de gaz » ont été mesurées par les inspecteurs du gouvernement et elles se sont poursuivies même après des travaux de « réparation du puits ». Il laisse aujourd’hui fuir 43 m3 de méthane par jour.
Un autre puits foré en 2007 à Saint-Louis-de-Richelieu, à quelques mètres d’un secteur résidentiel, laisse fuir près de 42 m3 de méthane par jour, un volume plus élevé qu’en 2024 et 2025. Dès 2021, le MEIE avait constaté une fuite de gaz importante pour ce puits nommé « A254 », qui représentait alors « un risque pour la santé ou la sécurité des personnes ou pour la sécurité des biens ».
Même si les forages ont été interdits de façon définitive au Québec en 2022, 24 des 29 puits forés pour la recherche de gaz de schiste ne sont toujours pas fermés, dont 15 puits forés et fracturés. « Cette situation s’explique par la suspension, pour un certain temps, de l’obligation de fermeture définitive des puits prévue à la Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures ou de réservoirs souterrains, à la production d’hydrocarbures et à l’exploitation de la saumure en raison de certaines procédures judiciaires », précise le MEIE.
Les entreprises qui détenaient les permis d’exploration poursuivent en effet le gouvernement du Québec. Elles réclament 18 milliards de dollars d’indemnisation pour « expropriation déguisée ». Cette industrie souhaitait forer jusqu’à 20 000 puits de gaz de schiste.
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