Droits de douane | La vague bleue aux États-Unis redonne espoir à Ottawa, sans rien garantir

(Ottawa) Au début de septembre, avant le coup d’envoi officiel des élections de mi-mandat aux États-Unis, Flavio Volpe, le très influent président de l’Association des fabricants de pièces d’automobile du Canada, s’est hasardé à faire une prédiction audacieuse.
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« Au cours des huit prochaines semaines, les électeurs des États pivots ne parleront que du Canada. L’équipe de Trump a fait de sa propre bravade le sujet qui est au cœur des débats dans toutes les régions où elle a besoin de votes. Peut-être cherchait-elle ainsi à détourner l’attention d’autres échecs, mais elle a surtout suscité chez les électeurs une réaction d’incrédulité totale : “C’est quoi, ce délire ?” », a-t-il écrit sur le réseau X.
Il faisait alors allusion aux droits de douane imposés par le président Donald Trump qui ont fait grimper le coût de la vie aux États-Unis.
Sa prophétie s’est réalisée. Jamais aura-t-on autant parlé du Canada durant une campagne électorale au sud de la frontière. La guerre tarifaire que mène le président américain depuis près de deux ans contre le Canada a été un enjeu incontournable dans plusieurs États frontaliers.
Du côté républicain, Donald Trump a maintenu ses attaques contre le Canada, l’accusant d’être le pire partenaire commercial des États-Unis.
Du côté démocrate, l’ancien président Barack Obama est aussi monté aux barricades en prononçant des discours dans certains les États pivots.
« La grande guerre commerciale qu’il a lancée vise ce fameux “empire du mal” : le Canada », a-t-il notamment lancé lors d’un rassemblement à Cleveland, il y a deux semaines, alors qu’il donnait un coup de pouce aux candidats démocrates de l’Ohio.
« Ce sont les gens qui nous ont offert le sirop d’érable et Martin Short… Ce sont des gens adorables. Ce sont nos sympathiques voisins du Nord, et c’est avec eux qu’il cherche querelle ? », a ajouté l’ancien président, sourire en coin.
Joint hier, M. Volpe, qui siège au comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis du premier ministre Mark Carney, a relevé que tous les États où l’industrie de l’automobile a une forte présence sont passés dans le camp démocrate : Ohio, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Kansas, Texas et Géorgie. Et le Michigan est demeuré solidement dans le camp démocrate aussi.
« Nous avons maintenant de nouveaux alliés puissants et influents non seulement au Sénat, mais aussi chez les gouverneurs démocrates qui ont été élus dans ces États », a-t-il soutenu dans une entrevue à La Presse.
Selon lui, les fabricants automobiles – GM, Toyota, Ford, Honda, Stellantis, BMW, Mercedes Nissan et Volkswagen – qui sont durement frappés par les droits de douane doivent plaider leur cause auprès de ces nouveaux élus.
L’infatigable défenseur de l’industrie automobile au Canada, qui est fortement intégrée à celle des États-Unis, reprend donc espoir à la suite de la vague bleue qui a déferlée aux États-Unis mardi soir. Surtout, que les électeurs américains font clairement le lien entre les droits de douane et la hausse du coût de la vie.
Il a aussi rappelé que celui qui sera le leader de la majorité au Sénat, Chuck Schumer, a parrainé une résolution l’été dernier appelant à l’abolition des droits de douane imposés contre le Canada.
Et que celui qui deviendra le leader de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a qualifié les droits de douane contre le Canada de « stupides ».
La déconfiture des républicains va-t-elle vraiment changer la donne ? Cette question est maintenant sur toutes les lèvres aux quatre coins du pays.
« J’espère que l’une des leçons à tirer des élections de mi-mandat aux États-Unis est que la guerre commerciale avec le Canada n’a pas servi les intérêts de l’administration dans les États frontaliers et dans le Midwest, car elle a aggravé les problèmes liés au coût de la vie », a affirmé mercredi Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.
Certes, Donald Trump a évoqué, en fin de campagne, la possibilité de conclure une entente prochainement avec le Canada. Et le premier ministre Mark Carney a confirmé mardi que des négociations commerciales « plus intensives » avec les États-Unis avaient déjà commencé, à la suite de son entretien téléphonique avec le président le week-end dernier.
Mais Donald Trump demeure imprévisible. Aussi, il pourra continuer d’imposer des droits de douane, sans l’accord du Congrès, en signant des décrets présidentiels, comme il le fait depuis l’an dernier.
« Le rapport de force entre les deux leaders vient de changer. Donald Trump est affaibli par son impopularité et celle de ses politiques, y compris envers le Canada. Mark Carney, lui, est encore au summum de sa popularité et contrôle l’appareil politique », a fait valoir la diplomate de carrière Louise Blais, qui a agi comme émissaire du Québec dans le dossier de la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) durant les derniers mois du gouvernement caquiste.
Maintenant, il n’est pas exclu que le président perde intérêt et se concentre sur sa défense domestique et ne veuille pas reculer sur sa politique commerciale.
« Le Congrès va pousser, mais il faudra voir où les élus vont mettre leur nouveau capital politique. Ce n’est pas clair que nous serons une priorité. Mais je l’espère. Surtout que nos amis chez les républicains vont se sentir plus libres de contester les tarifs », a-t-elle ajouté.
En somme, le gouvernement Carney a intérêt à maintenir sa ligne de conduite pour les mois à venir : se concentrer sur ce qu’il contrôle, et ne pas se laisser distraire par ce qu’il ne contrôle pas.
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