Le tournoi de golf des « Rangers de Montréal »

Dans la LNH, les cadeaux tombés du ciel sont extrêmement rares. Grâce à sa filière d’anciens membres de l’organisation des Rangers de New York, le Canadien vient d’en recevoir tout un. Tous ont maintenant hâte de voir ce que Martin St-Louis fera avec.
Disons-le franchement, le traditionnel tournoi de golf du Canadien n’aurait pas eu la même saveur lundi si Chris Kreider n’avait pas décidé, moins de 48 heures auparavant, de se joindre au Tricolore pour y retrouver ses anciens camarades de l’organisation des Rangers de New York.
Le directeur général Kent Hughes, dont le mandat consiste à rehausser la qualité de l’alignement, se serait présenté devant les caméras les mains vides si Kreider et les Ducks d’Anaheim n’avaient soudainement pas divorcé à l’amiable il y a une dizaine de jours. Sans oublier le fait que la direction du CH n’avait que les contrats de Zachary Bolduc et d’Arber Xhekaj à renouveler cet été et que, jusqu’à présent, cette tâche n’a été remplie qu’à moitié.

Le directeur général du Canadien Kent Hughes s'adresse aux médias.
Photo : Radio-Canada
L’organisation du Canadien n’a annoncé que dimanche dernier, 24 heures avant de mettre le cap sur Laval-sur-le-Lac, que Bolduc avait accepté un contrat de 4 ans totalisant 16,8 millions. Quant à Xhekaj, dont le mandat consiste à protéger ses coéquipiers dans la division la plus hostile de la LNH, il n’a toujours pas d’entente en poche.
Le vice-président aux opérations hockey, Jeff Gorton, a prédit que la situation de Xhekaj sera résolue sous peu. Les coéquipiers de Xhekaj doivent le souhaiter ardemment. Les voyages en Floride s’avéreraient périlleux sans lui.
Cela dit, grâce à l’arrivée de Kreider, l’ambiance était plutôt bon enfant lundi matin. Cette acquisition démontre une fois de plus à quel point il est important de soigner ses relations interpersonnelles dans la vie. Et probablement encore plus dans le monde du hockey.
Le nouvel attaquant de puissance de l’équipe a plusieurs fois mentionné que la direction du CH s’était rapidement montrée très combative (évidemment!) pour tenter d’obtenir ses services. Et comme de forts liens de confiance existaient déjà entre les parties, Kreider a confié qu’il s’était peu attardé aux offres émanant de quelques autres formations de la conférence de l’Est.
Chez le Canadien, Kreider retrouve notamment son ancien directeur général Jeff Gorton; son ancien coéquipier Martin St-Louis; son ancien préparateur physique Jim Ramsey; son ancien responsable des services aux joueurs (et secrétaire de voyage) Alex Case; et l’ancien responsable du recrutement européen des Rangers de New York, Nick Bobrov.
Chris va être le premier joueur avec lequel j'ai joué que je serai appelé coacher. Je vais apprendre à la volée comment faire ça. Je ne m'attends pas à avoir beaucoup de ces situations-là, mais je suis content que ça arrive avec Chris parce que c'est un ami et vraiment une très bonne personne. Il a encore du très bon hockey devant lui, donc je pense que c'est un super fit pour nous autres.
D’entrée de jeu, l’entraîneur du Canadien fait preuve d’une belle intelligence relationnelle en considérant Kreider comme un cas particulier. Car ce n’est pas toujours évident de combiner une amitié à une relation d’autorité. Les désaccords qui surgissent dans ce genre de situation deviennent parfois explosifs. Parlez-en à Jacques Lemaire (avec son ancien compagnon de trio Guy Lafleur) et Mario Tremblay (avec son ancien co-chambreur Patrick Roy).

Martin St-Louis
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
En évoquant l’expérience, la vitesse, la physicalité et l’excellence de Kreider devant les filets adverses, St-Louis se réjouit de pouvoir diriger un athlète qui coche toutes les cases
dont son équipe avait besoin pour s’améliorer.
Pour sa part, Kreider se réjouit de pouvoir jouer sous les commandes d’un ancien coéquipier qu’il considérait déjà, il y a plus de dix ans, comme une sorte de joueur-entraîneur.
Personne ne m’a appris plus de choses que durant la période où je jouais au sein du même trio que Martin. Il est incroyablement intelligent. À cette époque, je savais déjà qu’il était un bon coach.
C'est drôle mais, l'année avant qu’il soit embauché ici, je lui avais demandé si je pouvais m’entraîner avec lui individuellement. Il avait été super généreux. Il avait fait du visionnement avec moi. Et il n’était pas obligé de le faire car il entraînait ses garçons. Il a été un bon mentor. J’ai eu la chance de puiser dans son cerveau et de bénéficier de ses conseils. Je m’étais aussi entraîné sur glace avec lui à l'époque. Alors oui, c’est un ami! Mais en même temps, je l’ai toujours perçu comme un coach
, a raconté la nouvelle acquisition du CH.
En vieillissant, les hockeyeurs perdent un peu de vitesse et d’endurance, mais ils ne perdent pas leur talent. Même s’il est âgé de 35 ans, Chris Kreider patine encore très bien. Il se retrouve par ailleurs entouré d’un talentueux noyau de jeunes joueurs qui portaient, la saison dernière, la septième meilleure attaque de la LNH.
Il sera donc extrêmement intéressant de voir comment Martin St-Louis jouera sa nouvelle carte. Et de voir si cet environnement effervescent aura sur Kreider l’effet d’une cure de jouvence.
Au cours des cinq dernières saisons, Kreider a inscrit 171 buts, ce qui le place au 22e rang de la LNH à égalité avec Mark Scheifele. Surtout, Kreider a été le septième meilleur buteur de la ligue en avantage numérique (66 buts) durant cette période. Ce n’est pas rien!
Les deux dernières campagnes de Kreider, rappelons-le, se sont soldées par des récoltes de 22 buts au sein d’une équipe en perdition (les Rangers de 2024-25) et d’une équipe émergente (les Ducks de 2025-26) moins talentueuse que le CH.
Nous avons eu des conversations au sujet de mon utilisation. Mais je pense qu'au final, c'est quelque chose qu'on va résoudre au cours des prochaines semaines. Je remplirai le rôle qu’on voudra bien me confier. Ils ont un excellent avantage numérique ici, alors je devrai peut-être jouer un peu plus en désavantage
, a humblement soumis Kreider.
La saison dernière, le Canadien misait sur quatre attaquants véritablement de calibre pour évoluer au sein du top-6 d’une bonne équipe de la LNH. Avec Kreider, il y en a désormais cinq. Qui sait, la quête de l’élusif deuxième centre se résoudra peut-être un jour.
La direction n’ayant à peu près pas bougé durant l’été, Kreider se trouve à prendre la chaise (une expression chère à St-Louis) laissée vide par Brendan Gallagher. On remplace donc un marqueur de 7 buts par un franc-tireur - nettement plus costaud - aisément capable de surpasser la vingtaine de filets tout en excellant tant en supériorité qu’en infériorité numérique.
In extremis, grâce à sa confrérie d’anciens Rangers, le Canadien s’est donc amélioré le week-end dernier.
Comme quoi l’expression un chum, c’est un chum
n’a pas toujours une connotation négative.
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