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Wednesday, October 21, 2026

Midterms 2026: six questions sur les milliards de dollars qui financent les élections américaines

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À l'approche des élections de mi-mandat du 3 novembre aux États-Unis, alors que la bataille pour le Congrès se resserre et que les démocrates caressent de plus en plus l'espoir de reprendre les deux chambres, l'argent afflue dans une course aux financements toujours plus effrénée.

  • Pourquoi la campagne des midterms coûte-t-elle aussi cher ? 

Toujours plus. Voilà qui résumerait bien les chiffres des financements de campagne aux États-Unis. Élections de mi-mandat ou pas, les montants sont à la (dé)mesure américaine. 

Pour conquérir ou conserver les sièges du Congrès, candidats et partis multiplient les spots à la télé, sur les plateformes de streaming et les réseaux sociaux. Et les records n’en finissent pas d’être battus : 11,6 milliards de dollars pourraient être investis en publicité politique pour le cycle électoral 2026*, contre 8,9 milliards de dollars lors des précédentes élections de mi-mandat en 2022, selon AdImpact, qui traque ces dépenses. Soit plus encore que pour le cycle de la présidentielle de 2024 (11,2 milliards de dollars), déjà record. 

Une inflation qui s'explique d'abord par l'incertitude des résultats. « Dans une élection qui est très incertaine, on dépense beaucoup plus », explique Vincent Michelot, spécialiste de l'histoire politique des États-Unis et professeur émérite à Sciences Po Lyon. Plus les sièges sont disputés, plus les partis investissent pour les emporter. Dans l'Ohio, AdImpact a ainsi relevé ses prévisions de dépenses publicitaires à 749 millions de dollars, soit 309 millions de plus qu'initialement. Autre facteur de surenchère : les publicités dans lesquelles un candidat est attaqué, auxquelles il doit rapidement riposter, quitte à acheter au prix fort des espaces publicitaires déjà très demandés, analyse Vincent Michelot.

À la pub s'ajoutent les dépenses consacrées aux équipes de campagne, aux déplacements et à la mobilisation des électeurs. Une comparaison des données de la Commission électorale fédérale (FEC) confirme cette tendance à la hausse : les candidats au Congrès avaient déjà dépensé plus de 2 milliards de dollars fin juin 2026, soit 16% de plus qu'au même stade de la campagne de 2022. 

  • Qui peut financer les candidats et à quelles conditions ? 

Pour financer leur campagne, les candidats au Congrès – sauf fortune personnelle – comptent essentiellement sur les dons privés. Fin juin 2026, ils avaient déjà récolté 2,8 milliards de dollars contre 2,4 milliards au même stade de la campagne de 2022, selon les données de la FEC. Mais les sommes qu'un donateur peut verser directement à un candidat sont plafonnées : 3 500 dollars par candidat et par élection.

Les candidats peuvent également recevoir des fonds des partis politiques, mais aussi des Political Action Committees (PAC), des organisations qui collectent de l'argent pour soutenir directement des candidats. Une entreprise ou un syndicat peuvent par exemple créer leur propre PAC, alimenté par des contributions volontaires de salariés, de dirigeants ou d’adhérents. Là aussi, les montants sont plafonnés, jusqu'à 5 000 dollars par candidat et par élection. 

  • Mais alors, comment certains milliardaires ou entreprises peuvent-ils dépenser des dizaines, voire des centaines de millions de dollars pour soutenir un candidat ?  

En passant par un autre circuit : les super-PAC, nés en 2010 à la suite de deux décisions de justice. Contrairement aux PAC classiques, ces structures peuvent recevoir des contributions illimitées de particuliers, d'entreprises ou de syndicats.

Une limite subsiste quand même : les super-PAC ne peuvent ni verser directement de l'argent aux candidats ni coordonner leurs dépenses avec leurs équipes. La nuance a toute son importance : un super-PAC peut débourser des sommes folles pour favoriser l'élection d'un candidat ou torpiller un adversaire, mais ce dernier ne peut pas lui dicter les spots à produire, les sommes à engager ou les États à cibler. 

Ces structures prennent une place de plus en plus grande dans le financement des campagnes. Selon la FEC, les super-PAC avaient déjà récolté près de 2,5 milliards de dollars fin juin 2026, soit une hausse de 74% par rapport à la même période en 2022. Leurs dépenses indépendantes ont, elles, augmenté de 79%, pour atteindre près de 530 millions de dollars.

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  • Pourquoi les États-Unis autorisent-ils de telles dépenses électorales ?

Aux États-Unis, « money is speech », rappelle Vincent Michelot. Dépenser de l'argent pour défendre ses idées politiques est considéré comme une forme d'expression protégée par le premier amendement de la Constitution. C'est d'ailleurs au nom de cette liberté que la justice américaine a progressivement levé plusieurs restrictions, tout en maintenant des plafonds sur les dons directs aux candidats pour prévenir la corruption.

La dérégulation n'en finit pas. Le 30 juin 2026, la Cour suprême a supprimé les plafonds de certaines dépenses que les partis politiques peuvent effectuer en coordination avec leurs candidats. Depuis, les républicains ont déjà dépassé de plus de 48 millions de dollars les anciens plafonds nationaux, selon Reuters.

  • Qui sont les grands financeurs de ces midterms ? 

Selon une analyse du Washington Post, les 50 plus importants contributeurs de ces élections avaient déjà versé près de 2,4 milliards de dollars à des comités politiques fédéraux. Une manne qui profite davantage aux républicains : 1,54 milliard de dollars provenant de soutiens de leur camp, contre 590 millions de contributeurs proches des démocrates. 

Elon Musk domine désormais ce classement, avec 369 millions de dollars versés depuis le début du cycle électoral. En septembre, il a notamment versé 158 millions de dollars à un super-PAC républicain, Senate Leadership Fund, qui les a immédiatement transférés à une autre structure finançant des publicités pour Ken Paxton, rival républicain de James Talarico pour le Sénat au Texas.

Et les millions continuent d'affluer à l'approche du scrutin. Selon le New York Times, l'ancien maire de New York Michael Bloomberg a mobilisé quelque 80 millions de dollars en septembre et octobre pour soutenir les démocrates, dont au moins 50 millions destinés à la bataille pour la Chambre des représentants.

« Quand vous donnez quelques centaines ou milliers d'euros dans une campagne en France, vous n'avez aucun espoir de corrompre, mais quand vous donnez plusieurs millions d'un coup, il y a quand même une attente sur la suite », souligne Vincent Michelot.

Au-delà des grandes fortunes qui soutiennent traditionnellement un camp, certains secteurs économiques soutiennent des candidats pour défendre leurs intérêts auprès du futur Congrès. Selon une étude de Public Citizen publiée le 27 août, les compagnies de cryptomonnaies, de la tech et de l'intelligence artificielle avaient déjà injecté 268 millions de dollars dans des super-PAC notamment, soit plus de 40% des contributions déclarées des entreprises américaines à ces structures.

Des soutiens qui peuvent dépasser les clivages partisans. Le super-PAC Fairshake, financé par l'industrie des cryptomonnaies, a ainsi annoncé début octobre soutenir 32 candidats à la Chambre des représentants, dont 19 républicains et 13 démocrates, tous favorables à une législation défendue par le secteur. Le secteur de l'IA a suivi la même stratégie avec Leading the Future, lancé en 2025.

  • Pourquoi ne sait-on pas toujours qui se cache derrière les financements ?

Un milliard de dollars. La somme a de quoi étourdir. C'est la conclusion d'une enquête du New York Times, selon laquelle environ un milliard de dollars de financements dont les donateurs ne sont pas publiquement identifiés ont déjà circulé dans le système électoral américain en 2026. Un chiffre sans doute sous-estimé, tant ces fonds sont difficiles à tracer. « Partout aux États-Unis, les élections de mi-mandat sont submergées par l'argent opaque », affirme le quotidien. C'est ce que l'on appelle le dark money, des financements politiques dont les donateurs restent dissimulés aux yeux du public.

Pourtant, les super-PAC ont l'obligation de déclarer leurs donateurs et leurs dépenses. Mais cette transparence a des limites : des organisations à but non lucratif peuvent servir d'écran en recevant des dons sans avoir à révéler publiquement qui sont leurs financeurs. Elles peuvent ensuite financer directement des publicités politiques ou transférer cet argent à des super-PAC. Ces derniers déclarent bien les sommes reçues, comme ils en ont l'obligation, mais sans que l'on sache qui se cache derrière l'organisation intermédiaire.

Ce phénomène n’épargne aucun camp. En août, House Majority Forward, une organisation proche des démocrates qui ne divulgue pas ses donateurs, a versé 20 millions de dollars supplémentaires à un super-PAC soutenant leurs candidats à la Chambre des représentants. Côté républicain, One Nation, dont les financeurs restent également inconnus, a transféré plus de 70 millions de dollars à un super-PAC soutenant les candidats au Sénat depuis le début du cycle électoral.

À cette opacité s'ajoute la paralysie de la Commission électorale fédérale, chargée de faire respecter les règles du financement électoral. Depuis avril 2025, l'autorité de contrôle n'a plus le quorum nécessaire pour fonctionner. Elle ne compte plus que deux commissaires sur les six prévus. Dans ces conditions, impossible d'ouvrir des enquêtes en cas de suspicion de fraude ou de prononcer des sanctions. « Il n'y a plus de shérif dans la ville », résume Vincent Michelot.

*Ces prévisions englobent également les élections des gouverneurs et les scrutins locaux, pas seulement celles du Congrès.

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