Elinor Frey et ses concertos bien rodés
Elinor Frey et l’Accademia de’ Dissonanti présentaient mercredi à la salle Bourgie deux des Concertos pour violoncelle de Carl Philipp Emanuel Bach parus récemment chez Channel Classics. La soirée, enrichie d’œuvres de Vivaldi et Jean-Sébastien Bach, a été marquée par un raffinement accompli.
Le concert de la salle Bourgie était le premier d’une saison de l’Accademia de’ Dissonanti qui comportera trois autres rendez-vous, tous dans d’autres lieux. Un concert avec Il Gardellino en février, à Notre-Dame-de-Bon-Secours, sera suivi d’une soirée en mars avec la mezzo-soprano Krisztina Szabó et d’une rencontre avec le pianiste Yi-heng Yang en mai.
Il y avait un peu de ce mélange des genres, mercredi, quand l’ensemble a offert à sa claveciniste, Mélisande McNabney, de jouer avec une grande probité la Toccata BWV 912 de Jean-Sébastien Bach sur le clavecin Keith Hill de type flamand d’après Ruckers.
Proportions
Mais le cœur du concert, c’étaient les Concertos pour violoncelle de Carl Philipp Emanuel Bach. Elinor Frey a choisi de jouer les Wq 170 et 171, ayant gravé récemment la trilogie, avec le Wq 172, pour Channel Classics. Nous étions heureux d’entendre cette interprétation « en vrai », puisque, comme nous l’avons écrit le 11 septembre, nous ne sommes pas de grands amateurs de la perspective donnée à l’enregistrement, une sorte de radiographie sonore très analytique.
Il n’y a aucune raison de chercher à faire sonner « gros » et proche un ensemble dont l’essence esthétique est la finesse, la transparence et l’aération. L’expérience l’a démontré lors du concert, malgré ici ou là de petites scories d’exécution (comme si la musique « ancienne » jouée « à l’ancienne » se devait d’assumer un petit côté « artisanal », face à la perfection rutilante des machines symphoniques).
En tout cas, Elinor Frey et l’Accademia de’ Dissonanti sont des gens de goût. On appréciait, dans les deux Concertos pour cordes et basse continue de Vivaldi qui ouvraient les deux parties du concert, la subtilité des contrastes dynamiques et l’absence de toute brutalité dans la manière de déployer la musique.
Autre élément précieux : la complicité des musiciens. Le Concerto Wq 170 de CPE Bach est fait de nombreux arrêts et reprises, et l’art de repartir tous en même temps n’est pas acquis d’avance. Le principal débat tient à l’effectif, ici minimal avec sept musiciens plus un clavecin autour de la soliste. Cela correspond aux musiciens salariés de Hambourg à l’époque de Carl Philipp Emanuel Bach, mais les témoignages sont nombreux pour dire que les effectifs orchestraux comptaient entre 12 et 20 exécutants dans les œuvres pour cordes et une petite quarantaine dans les pièces avec vents. Il est donc normal, comme nous l’écrivions dans notre critique du disque, que nous nous sentons plus à l’aise à l’écoute de l’enregistrement de Truls Mørk et Bernard Labadie.
C’est devant une salle copieusement garnie (c’est étonnant quand on voit comment Arion « rame » parfois pour remplir avec des propositions similaires) que ces instrumentistes complices et raffinés ont livré leur beau programme. On leur souhaite bonne continuation.
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