Postes Canada arrive-t-elle à surprendre les sceptiques ?

On ne pourra plus dire que la direction de Postes Canada reste les bras croisés pendant que le bateau coule. Il est question de modernisation, d’améliorations et d’innovations, des mots qui s’accompagnent de réelles nouveautés.
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Face à l’adversité, beaucoup d’organisations nous sortent ces trois termes à la mode pour nous donner espoir. Ça ne fonctionne pas tellement. Il faut des mesures concrètes pour rendre un plan d’action crédible.
Justement, Postes Canada a dévoilé jeudi une série de nouveaux services pour les citoyens et les entreprises.
Le meilleur exemple : on commence ces jours-ci à livrer les colis la fin de semaine. Pour tous les commerçants en concurrence avec Amazon, Postes Canada ne pouvait pas être une option sérieuse sans cette flexibilité qui permet aux clients d’attendre moins longtemps. Ce n’est pas trop tôt.
Le président du conseil André Hudon l’a reconnu tout en montrant du doigt le syndicat. « C’est vrai que nous sommes en rattrapage en ce qui a trait aux normes du marché, mais c’est maintenant possible grâce à nos conventions collectives. » Le contrat de travail avec les facteurs a été signé en juin après une longue lutte marquée par deux grèves en 2024 et 2025.
Postes Canada commence aussi à récupérer les colis à domicile. Vous voulez retourner un achat en ligne décevant ? On passera le récupérer chez vous.
La société d’État veut même profiter de la popularité des plateformes de revente comme Marketplace et Kijiji pour accroître ses revenus. Son nouveau service Zone revente permet de conclure des transactions sans avoir à organiser de rendez-vous. Le vendeur dépose le bien dans un bureau de poste de son choix et l’acheteur le récupère au moment qui lui convient. Le paiement se fait sur place. « Plus besoin de gérer la transaction. Plus besoin d’ouvrir votre porte à des personnes inconnues », fait-on valoir.
Ça semble prometteur, sachant qu’il y a un besoin pour les zones d’échange sécurisées mises en place par des services de police et que la vente de produits d’occasion est en hausse.
En Europe, certains services postaux publics offrent toute une gamme de services financiers. Postes Canada ne se prend pas pour Desjardins, mais a conclu un partenariat avec Western Union pour offrir des transferts d’argent partout dans le monde. Ce service pourrait notamment séduire les nouveaux arrivants.
Notre service postal lance aussi une place de marché (marketplace) qui met en vedette des commerces canadiens. Contrairement au défunt Panier bleu, qui n’était pas transactionnel, Mes marchands d’ici1 permet de conclure la transaction. Dans le but d’aider les entreprises à prospérer dans un contexte rempli d’incertitudes, Postes Canada propose des tarifs réduits pendant quelques mois et des outils d’IA pour faciliter la création de commerces en ligne.
Face à cette liste de nouveautés, on a l’impression que Postes Canada se réveille – bien tard, diront certains – d’un long sommeil.
PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
Doug Ettinger, PDG de Postes Canada
Le PDG Doug Ettinger voit les choses autrement.
Il estime plutôt qu’on vient de lui délier les mains… un peu trop tard à son goût.
Justement, Postes Canada a dévoilé jeudi, lors de sa réunion annuelle, une série de nouveaux services pour les citoyens et les entreprises.
« La dégradation de notre situation financière avait été prévue par de nombreuses études. Sans changements majeurs, Postes Canada se dirigeait vers une crise. Malheureusement, les gouvernements successifs ont été lents à réagir. Le pays a évolué et les besoins ont changé, mais les contraintes politiques et réglementaires n’ont pas été levées, ce qui a limité notre capacité à nous adapter », a-t-il déclaré.
Il n’était pas permis, par exemple, de réduire le nombre d’adresses ayant accès à la livraison à domicile. Or, la livraison à la porte (284 $ par année) coûte 75 % plus cher que la livraison à une boîte postale communautaire (162 $).
On sait maintenant qu’en 2031, les boîtes aux lettres accrochées aux maisons seront devenues des reliques. Les facteurs cesseront de marcher de porte en porte, ce qui devrait se traduire par des économies annuelles de 400 millions.
Comment savoir à quel moment vous devrez récupérer vos magazines préférés au coin de la rue ? Une réponse vague se trouve désormais en ligne. Un nouvel outil2 permet d’entrer son code postal pour connaître l’année où l’on sera touché. Que ce soit 2028 ou 2029 ne change pas grand-chose. Mais on ne pourra pas reprocher à Postes Canada de manquer de transparence dans ce processus qui angoisse un certain nombre de gens, notamment chez les aînés et les personnes à mobilité réduite. On nous promet des dates plus précises à mesure que les calendriers seront finalisés.
Le PDG de Postes Canada dit qu’il voit le bout du tunnel. Les résultats financiers du dernier trimestre montrent d’ailleurs des signes de redressement, même s’ils demeurent dans le rouge. Et les clients perdus lors des conflits de travail rentrent au bercail. Depuis deux ans, Ottawa a dû verser 2 milliards à la société d’État, qui manquait de liquidités pour poursuivre ses activités.
Malgré l’optimisme de la haute direction, aucune cible de retour à l’équilibre budgétaire n’a été mentionnée.
Ces nouveaux services ne régleront pas à eux seuls les problèmes financiers de Postes Canada. Mais combinés à l’assouplissement des règles par Ottawa et à la nouvelle convention collective, ils contribuent à un virage essentiel. Reste à voir si la direction sera à la hauteur des attentes. Elle n’aura plus d’excuse si les résultats ne suivent pas.
1. Consultez le site Mes marchands d’ici de Postes Canada 2. Consultez l’outil de recherche pour la conversion aux boîtes postales communautaires
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