Les agendas scolaires IA font leur grande rentrée

Des agendas dont la couverture a été générée par l’intelligence font leur rentrée dans de nombreuses écoles du Québec, a constaté La Presse, une approche accueillie avec méfiance par de nombreux parents et professeurs.
Publié à
« On remarque que ça ne fait pas du tout l’unanimité », souligne France-Dominique Béland, vice-présidence à la vie pédagogique à la Fédération autonome de l’enseignement. « L’utilisation de l’IA plutôt que de miser sur la créativité des élèves vient contrer leur sentiment d’appartenance envers l’école ».
À l’école secondaire de Montréal Robert-Gravel, par exemple, l’agenda scolaire 2026-2027 est l’œuvre d’un générateur d’images. Une situation qui étonne d’autant plus que l’établissement du Plateau-Mont-Royal a une vocation artistique, par l’entremise du programme obligatoire art dramatique/études.
« Le recours à l’intelligence artificielle a été exceptionnel », souligne Alain Perron, responsable des relations de presse au Centre de service scolaire de Montréal (CSSDM), dans un courriel à La Presse. « Cette situation illustre les défis et les sensibilités liés à l’intégration de ces nouvelles technologies », indique-t-il.
Dans les dernières années, la page couverture de l’agenda était plutôt réalisée par un élève dans le cadre d’un concours. Au cours des deux dernières années, aucune proposition n’a été soumise « malgré les différentes invitations lancées à l’ensemble des élèves », selon le CSSDM.
Le choix de l’IA à Robert-Gravel a fait l’objet de grogne dans les réseaux sociaux, notamment dans le groupe Facebook Spotted : Dénonce ton système d’éducation. Dans la foulée, des élèves ont proposé à la direction d’apposer un dessin sur la page couverture, indique M. Perron. « C’est ce qui se mettra en branle ces prochains jours. Les élèves qui souhaiteront ajouter le dessin à la couverture de leur agenda pourront le faire librement. »
Les élèves seront impliqués pour la conception de l’agenda 2027-2028, assure-t-il.
L’école secondaire Robert-Gravel ne fait pas figure d’exception. Sur un forum Reddit, des parents de partout au Québec ont publié des couvertures d’agenda de leur enfant en affichant leur désarroi. L’IA s’invite aussi dans les communications avec les parents, les affiches sur les murs des écoles — c’est le cas par exemple pour l’école primaire Des Ormeaux à Laval — ainsi que dans le matériel pédagogique.
« C’est dommage, mais ce n’est pas surprenant », dit Sylvain Martel, porte-parole du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec (RCPAQ). « Ça s’inscrit dans cette espèce de facilité qui amène aussi une certaine paresse, un peu comme on le voit avec les publicités de restaurants. »
Selon M. Martel, le choix de l’IA est symptomatique d’un milieu qui « gratte les fonds de tiroir » et qui est surchargé. « Les directions ou les comités d’école ont 80 autres choses à faire dans une journée. C’est facile de dire « Demande-le à ChatGPT et ça va être ben correct » au lieu de trouver un graphiste, faire un contrat, payer le graphiste. »
Des écoles sont aussi tributaires de leur fournisseur. Les élèves primaires de Saint-Paul-Apôtre ouvriront chaque jour les pages d’un agenda illustré par l’IA. La direction a choisi parmi une sélection de couvertures de l’entreprise Agendas Plus, explique le Centre de services scolaire de la Capitale. « L’entreprise nous a dit avoir utilisé l’intelligence artificielle pour la page couverture choisie par l’école Saint-Paul-Apôtre », explique la porte-parole Jade Thibodeau. « Cette utilisation ne concerne toutefois pas les autres pages de l’agenda ni l’ensemble des couvertures proposées. »
La FAE a une « grande préoccupation » vis-à-vis du remplacement de ressources humaines par l’IA, un outil aussi puissant que « dangereux », note Mme Béland. « Ce genre de décisions amène des questions pour les élèves pour le personnel enseignant. Elle est où, la limite ? »
« Si on fait ça pour la couverture de l’agenda, on va arrêter où ? », renchérit M. Martel, du RCPAQ. « On met le doigt dans l’engrenage. Un manuel scolaire, c’est cher ; est-ce qu’on va vouloir faire une requête dans l’IA pour payer uniquement les photocopies ? C’est quoi la prochaine étape ? C’est incroyable l’IA, mais elle a besoin d’encadrement et de rester un outil plutôt qu’une solution pas chère, un raccourci ou un remplacement à l’effort. »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.