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Thursday, September 17, 2026

Mourir, ça ressemble à ça

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Comment ça va, le Québec, ces jours-ci ? La campagne de marketing électoral bat son plein. Les stratèges épluchent les sondages, le profil des électeurs est fait, on appuie sur les bons boutons. Une mesure ici. Une taxe supprimée par là. On martèle les tarifs à en oublier le reste. Tout va bien en démocratie. Avançons. Rassemblons. Choisissons la confiance. Osons pour vrai. Osons quoi au juste ? Faire autrement, c’est possible. Mais le fait-on ?

Dans l’état actuel des choses, les possédants, la grande industrie, les chambres de commerce n’ont rien à craindre. Nos nationaleux vont nous parler de protection du français, des périls de l’immigration. Tout le monde sauvera la santé, l’éducation. On ramènera l’équilibre budgétaire sans frais ni réduction de services. Mais tout cela n’arrivera pas. On le répète depuis si longtemps sans oser mettre en œuvre les solutions.

La campagne évoquera à peine les retards d’entretien de nos pitoyables infrastructures, le choc démographique en cours, les choix difficiles liés à ces déficits structurels. Hormis le parti de gauche marginal, personne ne parlera d’environnement. Et pourtant. Y a-t-il sujet transversal plus important ? L’écologie englobe l’économie. C’est assez simple comme principe.

Effondrement climatique. Perte de biodiversité. Pollution pétrochimique. C’est l’hydre à trois têtes qu’il faut attaquer de front. On n’a pas peur du climat ? Peut-être que la disparition calamiteuse des oiseaux, des insectes et des mammifères depuis 50 ans stimulera notre esprit ? Ou encore les microplastiques dans l’alimentation et le placenta des femmes enceintes ? A-t-on vu l’été 2026 en Europe ? Pertes maraîchères. Animaux crevés de chaleur. Rivières à sec. Chocs sur les grandes cultures céréalières. Pense-t-on vraiment que l’inflation alimentaire va cesser ? C’est le premier vrai canari dans la mine de la catastrophe annoncée. Mourir, ça ressemble à ça.

Alors où sont les candidats qui remettent en question le modèle ? Qui considèrent la croissance infinie comme une fiction du capital ? Qui nomment le PIB pour ce qu’il est : une mesure de l’enflure morbide de l’économie ? Qui planifient la décroissance inévitable d’un système dopé aux énergies fossiles, au gaspillage et à l’obsolescence programmée ? Pour les divins stratèges, manifestement, le réel ne passe pas le test de « l’acceptabilité sociale ».

Forêts, agriculture, énergie

Pourquoi attendre les autres nations avant d’agir ? Même entouré d’États pétroliers, le Québec a les ressources pour faire ce qu’exige l’avenir : s’arrimer à la nature. Protégeons le territoire avec des choix socioéconomiques basés sur les trois piliers de l’imaginaire québécois : forêts, agriculture, énergie. C’est la façon de faire pays.

Notre lien à la forêt est riche. Il est ancré dans notre passé métissé de coureurs des bois et l’histoire de la drave. Dans les régions forestières. Dans nos voyages de chasse et pêche, nos sorties de plein air. Les grandes forêts encore debout, on doit les chérir et les valoriser avec un savoir-faire secondaire, tertiaire, quaternaire, de concert avec les Premiers Peuples. Pourquoi se contenter d’être les porte-bûches d’une industrie extractive appartenant à un monde révolu ? Et pourquoi ne trouve-t-on pas de solutions inventives aux enjeux du logement à partir de cette ressource ? C’est l’évidence même.

L’espace agricole doit aussi renaître. Nos ancêtres y ont tiré leur subsistance, la langue française s’y est perpétuée à travers les siècles de survivance. Ces zones de culture ont besoin qu’on imagine d’autres façons de les protéger et de les habiter. Et veut-on vraiment dépendre principalement des États-Unis totalitaires pour s’alimenter ? Les réponses existent : soutien aux fermes de taille moyenne, agriculture régénératrice, agroforesterie, permaculture. Et qu’attend-on pour stimuler l’autonomie alimentaire par l’intermédiaire des écoles, hôpitaux, CHSLD et autres institutions ?

L’énergie, enfin. Symbole de notre modernité, Hydro-Québec est le grand legs de la Révolution tranquille. Mais qui a vu, le 30 juin dernier, en plein coma médiatique estival, que la Coalition avenir Québec de l’effet Fréchette annonçait son PGIRE ? Ce Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques trace nos choix pour 25 ans. À grands coups de milliards, on doublera la production d’électricité d’ici 2050. Et que fera-t-on avec tout ça ? Des batteries de Hummer électriques ? Ou maximisera-t-on plutôt chaque goutte d’énergie pour transformer nos industries et créer l’expertise de demain ? L’enjeu énergétique doit être à l’avant-plan, car il est le socle économique d’un éventuel Québec indépendant. C’est le pont entre l’économie et l’environnement.

Une bande de caves ?

« Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves ? C’est assez ! » Le cri emblématique du poète Claude Péloquin garde toute sa force devant l’essoufflement de l’État-providence, la dilution de notre culture dans la soupe numérique et les multiples points de rupture écologiques. Avec une vision vivante du territoire, on serait sans doute meilleurs pour fédérer la société autour de projets porteurs. Meilleurs aussi pour refonder à la fois démocratie, santé et éducation. Mais nous n’en sommes pas là.

Les lobbys et la ligne de parti sont aux commandes. On tue l’avenir pour épargner le présent. Et notre écosystème politique nécrosé dope le cynisme collectif. Politiciennes, politiciens, réveillez-vous. Si vous ne voyez pas ce qui pèse sur nous, vous êtes des abrutis. Si vous le voyez et que vous ne faites rien, vous êtes une arnaque. De toute manière, vous êtes condamnés à mieux.

Peut-être qu’alors la population anesthésiée par votre médiocrité se mobilisera en retour ? Mais il est facile de jeter la pierre au monde politique. On doit tous faire mieux, un renouveau collectif est nécessaire. Comme le dit l’adage, « on a les politiciens qu’on mérite ». Et si c’est le cas, on est peut-être vraiment juste une bande de caves.

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