Un voyage au Mexique pour obtenir son permis de travail

Il aura fallu un voyage au Mexique et deux heures et demie avec un agent à l’aéroport Jean-Lesage de Québec pour dénouer une situation qui durait depuis près de trois mois. Laurent Favand, ce travailleur étranger qui avait perdu le droit de travailler après être allé en France enterrer sa fille de 21 ans, a finalement obtenu dimanche son nouveau permis de travail. Il a repris son emploi mardi.
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Le plus étonnant, selon lui : Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) avait en main depuis trois semaines tous les documents nécessaires pour délivrer le permis, mais son dossier n’avait toujours pas été traité.
C’est un agent des services frontaliers qui, à son retour du Mexique, a effectué les démarches et lui a délivré un permis valide pour trois ans.
« Il a mis plus de deux heures et demie à tout remplir pour pouvoir me délivrer un permis de travail. IRCC n’avait absolument rien fait », affirme M. Favand.
Un détour par le Mexique
Depuis le 12 juin, ce Français de 51 ans ne pouvait plus occuper son poste de superviseur de production dans une entreprise de fertilisants de la Beauce.
Son employeur avait pourtant entrepris avant l’expiration de son précédent permis les démarches nécessaires à son renouvellement. En temps normal, son « statut conservé » lui aurait permis de continuer à travailler pendant le traitement de sa demande.
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Mais le 9 juin, sa fille Ambre est morte en France. M. Favand avait alors pris le premier avion pour assister à ses funérailles célébrées le 22 juin.
À son retour au Canada, il avait appris que son départ du pays avait automatiquement mis fin à son statut conservé : il pouvait rentrer au Canada, mais plus travailler jusqu’à l’obtention d’un nouveau permis.
IRCC avait confirmé cette information à La Presse. Le Ministère précisait également qu’une personne confrontée à une urgence pouvait demander un traitement accéléré, mais que celui-ci n’était « pas garanti ». Le délai moyen de traitement d’une demande de permis était alors de 120 jours.
Puis, récemment, les choses ont commencé à bouger. L’entreprise qui emploie M. Favand fait affaire avec un cabinet spécialisé en immigration. L’étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) et le certificat d’acceptation du Québec (CAQ) nécessaires avaient été obtenus et transmis à IRCC.
Son avocate lui a alors présenté deux possibilités : continuer d’attendre qu’IRCC traite sa demande, sans savoir combien de temps cela prendrait, ou sortir du Canada et tenter d’obtenir son permis à son retour.
Une sorte de « tour du poteau »
Cette deuxième option ressemble à l’ancien « tour du poteau ». Pendant des années, des travailleurs déjà établis au Canada pouvaient traverser la frontière américaine, parfois pour quelques minutes seulement, puis revenir au pays et demander à un agent frontalier de leur délivrer leur permis de travail.
Ottawa a mis fin à cette pratique en décembre 2024. Les règles fédérales permettent toutefois encore à certaines personnes arrivant au Canada en provenance d’un autre pays que les États-Unis ou Saint-Pierre-et-Miquelon de présenter une demande de permis de travail à leur arrivée, si elles remplissent les critères prévus.
M. Favand est donc parti une semaine au Mexique. Le voyage, dit-il, lui a aussi permis de se reposer après les épreuves des derniers mois.
Dimanche, à son retour à l’aéroport, il s’est présenté aux services d’immigration. C’est là, affirme-t-il, que l’agent a découvert que le dossier n’avait pas été traité par IRCC.
Deux heures et demie plus tard, il ressortait avec son permis d’une durée de trois ans.
Aujourd’hui, ça va bien, mais ça aura été long. C’est honteux, excusez-moi l’expression, c’est très honteux tout ça.
La médiatisation de son histoire lui aura tout de même apporté un certain réconfort. « J’ai senti un petit élan de solidarité qui m’a fait du bien », dit-il, tout en constatant que cela ne semble pas avoir changé les façons de faire d’IRCC.
Quant à lui, son choix est fait : il restera au Québec.
« J’ai fait la promesse à ma fille sur son cercueil que j’allais rester ici et me battre. »
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