Défendre ses convictions sans perdre son humanité
J’ai suivi avec intérêt votre parcours politique, Monsieur Duhaime. J’ai apprécié certaines de vos prises de position, notamment votre défense des libertés individuelles et votre volonté de remettre en question des décisions gouvernementales. J’ai même défendu votre image auprès de personnes de mon entourage qui ne partageaient pas ma perception de vous.
J’en étais venue à envisager de m’impliquer auprès du Parti conservateur du Québec, portée par l’espoir de voir émerger une véritable « alternative » politique pour le Québec.
C’est pourquoi votre publication concernant la manifestation du 17 octobre à Montréal m’a profondément déçue, voire outrée.
Vous avez écrit : « Il faut appeler un chat un chat. Il s’agit d’une manifestation de l’islam politique et de la gauche radicale. »
Hier se tenait à Montréal une manifestation « en solidarité à la mobilisation en France ». Comment expliquez-vous alors qu’on retrouve des drapeaux de la Palestine et même un de l’Algérie, mais AUCUN de la France, du Québec ou du Canada? Et des affiches et banderoles anticapitalistes, mais AUCUNE en faveur du système d’éducation français? Il faut appeler un chat, un chat. Il s’agit d’une manifestation de l’Islam politique et de la gauche radicale.
— Eric Duhaime (@E_Duhaime) October 18, 2026
Je considère cette affirmation comme une généralisation injustifiée, qui ne rend pas justice aux revendications des manifestants et qui alimente la division.
Revenons aux faits. La manifestation montréalaise s’inscrivait notamment dans un mouvement de solidarité envers les lycéens français, mobilisés pour dénoncer leurs conditions d’éducation et les inégalités. Des revendications qui rejoignent certains principes que les conservateurs souhaitent eux-mêmes défendre : offrir un avenir digne à la jeunesse, lutter contre la précarité et favoriser l’accès à une éducation de qualité.
En France, ces mobilisations ont aussi été marquées par des débordements et des violences, que je condamne sans réserve. Mais les comportements de certains individus ne devraient jamais suffire à discréditer un mouvement entier.
Vous savez à quel point des images spectaculaires peuvent détourner l’attention des revendications initiales. Pensons au Convoi de la liberté : vous avez défendu l’importance de ne pas réduire tous les participants aux agissements de quelques-uns.
Pourquoi ne pas appliquer cette même nuance aux manifestants d’aujourd’hui ?
Certains participants à Montréal arboraient des drapeaux palestiniens ou d’autres symboles politiques. Mais leur présence suffit-elle à qualifier l’ensemble du rassemblement de manifestation de l’islam politique ? La solidarité envers la population palestinienne ne signifie pas une adhésion au Hamas ni à l’extrémisme religieux. Les Palestiniens ne sont pas le Hamas, tout comme les musulmans ne sont pas tous des terroristes. D’ailleurs, les Palestiniens ne sont pas tous musulmans.
On peut être contre le terrorisme, contre l’antisémitisme, contre l’islamophobie et contre les massacres de civils. Tout cela en même temps !
Depuis quand faut-il partager la nationalité ou la religion d’un peuple pour se soucier de sa souffrance ?
Il est légitime de critiquer l’islam politique, comme toute idéologie susceptible de menacer nos valeurs démocratiques. Mais il faut distinguer une idéologie, une religion et les individus qui s’y identifient.
Je crois aussi qu’on peut défendre une immigration mieux encadrée, une intégration réussie et le respect de nos valeurs communes sans stigmatiser des communautés entières.
Le Québec doit réfléchir à sa capacité d’accueil et à ses politiques d’intégration, autant pour les Québécois déjà établis que pour les immigrants qui souhaitent y construire une vie meilleure. Ces préoccupations sont légitimes. Elles ne justifient pas les amalgames.
Un chef politique devrait pouvoir défendre fermement ses convictions sans dresser inutilement les citoyens les uns contre les autres.
La défense d’un avenir digne pour les générations futures, d’une société plus juste, sécuritaire et respectueuse n’appartient ni à la droite ni à la gauche. Certaines préoccupations humaines transcendent nos divergences politiques. Nous pouvons avoir des visions différentes des solutions sans perdre notre capacité à reconnaître des aspirations communes.
Je peux partager certaines de vos positions et reconnaître la pertinence de plusieurs de vos propositions. Mais je ne peux accepter qu’un parti auquel j’envisageais de m’associer véhicule de tels propos. Car si je peux accepter des divergences d’opinions sur plusieurs enjeux, je ne peux m’associer à une idéologie qui généralise, qui divise et qui stigmatise des communautés entières. J’avais sincèrement l’espoir de voir émerger une autre façon de faire de la politique. Des déclarations comme celle-ci viennent ébranler cet espoir.
Je souhaite que vous reveniez sur vos propos. Non pour renoncer à vos convictions, mais pour démontrer qu’il est possible de les défendre avec discernement, nuance et humanité.
Il existe des valeurs qui transcendent nos affiliations politiques. Et, pour moi, le respect de la dignité humaine n’est pas négociable.
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