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Monday, September 28, 2026

Avantage Xi

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Le sommet sino-américain de Washington était un spectacle à grand déploiement, au contenu minimal, même si l’un des deux camps était moins dupe que l’autre de cette vacuité.

Xi Jinping à Washington a tenté malgré tout d’en tirer un maximum, exploitant la dimension symbolique et médiatique d’un face-à-face qui consacre le duopole au sommet du monde, entre l’un qui monte et l’autre qui descend.

À Washington, Xi avait un objectif : se poser en égal des États-Unis à la face du monde, gagner du temps dans la guerre commerciale, permettre le rattrapage de la Chine en matière de technologie numérique. Dans le très concret et l’immédiat, cela a donné… deux mois supplémentaires d’une trêve douanière qui devait initialement se terminer en novembre. Pas énorme, mais pas rien non plus.

Donald Trump a fait la semaine dernière ce qu’il aime et comprend le mieux de la politique : le faste pour le faste, pour sa propre gloire, l’organisation d’une visite d’État avec tapis rouge, lui permettant de s’imposer au centre de l’attention en tant que figure d’envergure mondiale — et d’aller chercher l’approbation de l’autre, qui lui est si chère.

Pour Donald Trump, le spectacle, la démonstration de force (au besoin brutale dans la rue avec les brigades ICE, mais suave et en grande pompe au palais), la photo avec Xi, avec les maîtres des GAFA à ses côtés : voilà la substance même de la politique.

Xi Jinping a-t-il surpassé Trump à Washington ? En tout cas, l’observation des deux personnages permettait de voir lequel étudie et comprend le mieux l’autre, pour en tirer un avantage.

Le sourire narquois impénétrable, très « second degré » de Xi Jinping, en dit beaucoup sur sa compréhension de la situation, sur son approche face à cet animal étrange qui occupe la Maison-Blanche.

Au fil de leurs rencontres personnelles (c’était la huitième), Xi semble avoir bien jaugé le personnage devant lui : un être qui évolue continuellement dans le « premier degré », l’enfant-roi tout content de montrer sa salle de bal encore inachevée, de déployer un luxe débridé, de faire défiler les riches et puissants à ses côtés… et surtout de se faire dire et redire : « Oui, c’est beau chez toi. Tu es fort et puissant. »

Le compliment fait particulièrement mouche s’il vient de la bouche d’un autre « fort et puissant », comme Xi Jinping, autocrate tenu en haute estime par le président des États-Unis.

Devant un Trump superficiel et peu attaché à la substance, Xi a quand même abordé quelques questions de fond, comme l’intelligence artificielle (IA), l’un des sujets officiellement au programme.

Il a esquissé une proposition (ou une déclaration), certes marquée par la langue de bois et les belles généralités, typiques des proclamations chinoises : « La Chine et les États-Unis ont les capacités et la responsabilité de développer l’intelligence artificielle en la maintenant sous un contrôle humain, en s’assurant qu’elle servira au bien-être des populations. »

De son côté, Trump, étranger à ce genre d’inquiétudes, et n’entendant rien aux détails techniques, a préféré s’étendre ad nauseam sur le choix du terme pour désigner la chose, qu’il nomme plutôt « super-intelligence ». Il a même tenu à faire savoir que Xi était d’accord sur ce choix.

Parions que cette bizarre obsession lexicale restera lettre morte ; l’IA est devenue bien trop forte pour se laisser enlever son nom.

Il n’est donc rien sorti de la rencontre sur la question d’un éventuel contrôle futur, par les gouvernements, de la « bête IA » et de ses dangers.

L’un s’en fout complètement ; l’autre, toujours en rattrapage et en mode concurrentiel, réserve ses cartes, limitant ses engagements à une déclaration symbolique, de bonne volonté apparente. La Chine a évité tout engagement, toute restriction réglementaire contraignante pour le déploiement de ses futures technologies numériques.

Ce n’est donc pas de Pékin ou de Washington qu’il faut attendre aujourd’hui des mesures pour brider ce cheval fou, qui de plus en plus sème l’inquiétude dans le monde.

Autre sujet qu’on attendait au détour de ce sommet : l’Iran. Un pays de plus en plus aidé économiquement, voire militairement, par la Chine de Xi Jinping. L’Iran qui, depuis sept mois, met en échec l’armée américaine. Y aurait-il pu y avoir là un sujet crucial de divergence, de négociation ? Que nenni !

Malgré quelques récriminations américaines sur les liens de Pékin avec Téhéran, l’agence Xinhua a rapporté que Xi a conservé une position neutre et ferme sur l’Iran, réorientant la conversation et se bornant à soutenir de façon générale « un cessez-le-feu entre les belligérants au Moyen-Orient ».

Donald Trump : sujet en or pour un cours de « Manipulation diplomatique 101 »…

Post-scriptum (qui a un rapport)…

Mais alors, si ce président est si faible à l’international, comment peut-on le traiter de fasciste à l’interne ?

Fascinante question. Il existe plusieurs théories sur le fascisme, y compris sur le fascisme premier, mussolinien…

L’une des interprétations (mais non la seule), et féconde jusqu’à ce jour, est celle du philosophe allemand Walter Benjamin. C’est la thèse du « fascisme comme performance ».

Benjamin voyait comme caractéristiques fondamentales du premier fascisme un ton de communication dynamique, belliqueux et théâtral, des rituels de masse, de grandes assemblées, des slogans scandés et la dénonciation sur la tribune des « ennemis du peuple ».

L’utilisation pionnière des nouveaux médias de masse (radio, cinéma) pour saturer l’espace public de symboles, d’images positives et négatives, plutôt que d’idées ou de programmes. Le triomphe de la forme sur la substance. Le formatage de la propagande, une approche moderne des nouveaux canaux de communication…

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