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Friday, October 30, 2026

Ottawa s’inspire de l’ALENA dans le cadre de son rapprochement avec l’UE

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Ottawa dit s’inspirer de l’ALENA, sous l’angle d’une l’intégration industrielle nord-américaine fonctionnelle durant des décennies, pendant qu’il développe une nouvelle alliance avec l’Union européenne.

« L’ALENA, là, c’est plus qu’une entente de libre-échange », a dit la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, au cours d’une entrevue accordée à La Presse canadienne.

Celle qui prend part au Sommet Canada-Union européenne (UE) ayant lieu à Montréal a présenté ce qui a depuis été renommé ACEUM comme une sorte de modèle pour le renforcement des liens entre le Canada et l’UE.

« L’ALENA, c’est un partenariat industriel. C’est plus que le CETA », a dit la ministre en faisant référence à l’Accord économique et commercial global, une entente de libre-échange avec l’Union européenne qui a vu le jour il y a dix ans.

Pour expliquer les choses dans un langage accessible et concret, elle a soutenu que le « CETA, c’était juste qu’on peut exporter sans tarifs ». L’idée mise de l’avant, aujourd’hui, avec l’UE, est plutôt de privilégier une interconnexion profonde des tissus industriels canadien et européen, au même titre que ce que l’ALENA a entraîné pendant des décennies.

« On passe d’une entente de libre-échange à l’idée d’un marché commun », s’est-elle enthousiasmée lorsque rencontrée durant un moment d’accalmie entre des sessions de travail et des discussions de couloirs du sommet Canada-UE.

Mme Joly a cité en exemple des éléments précis de l’ALENA pour étayer son point, comme des dispositions concernant ce qu’on appelle, dans le jargon, les règles d’origine.

« Ça va de la certification de nos passagers et de nos produits dans les aéroports jusqu’au fait qu’on a les mêmes standards de certification pour les voitures, pour les équipements électriques, a-t-elle dit. Si c’est certifié aux États-Unis, c’est certifié au Canada de façon automatique. »

Encore une fois, elle a souligné que le CETA, dont l’acronyme en français est AECG, ne va pas aussi loin. « CETA n’a jamais eu ça », a-t-elle insisté.

À son avis, l’occasion à saisir avec l’Europe est « immense ». « Ça va faire en sorte que notre dépendance aux États-Unis, on est capable, peu à peu, de la diminuer et que, peu à peu, les flots de commerce qui étaient à 75 % de nos exportations vers les États-Unis, qui ont diminué à 67 %, […] (on) va voir que les flots vont aller vers l’Europe », a-t-elle ajouté pour étayer son argumentaire.

Le Canada a déjà plusieurs ententes avec l’UE et certaines ont été initiées sous la gouverne de l’ex-premier ministre Justin Trudeau. Ces accords concernent l’intelligence artificielle et le financement de la recherche, par exemple.

L’actuel gouvernement de Mark Carney a, pour sa part, officialisé en février 2026 la participation du Canada au programme européen appelé SAFE, qui vise à accélérer les achats en matière de défense par les États membres de l’UE.

M. Carney fait miroiter depuis quelques mois un rapprochement avec l’Europe qui accomplirait bien plus que les ententes préexistantes.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, va jusqu’à affirmer que le Canada deviendra le premier pays à être « membre associé » de l’UE.

Ce projet doit encore être défini et, pour l’heure, il manque des informations pour comprendre quelles seront, exactement, les retombées concrètes qui émergeront.

Des réponses à plusieurs questions en suspens pourraient venir vendredi, à la clôture du sommet de deux jours.

L’exemple du cuivre

En attendant, la ministre Joly a offert quelques indices en parlant, notamment, du cuivre.

Elle a d’ailleurs visité jeudi les installations montréalaises d’une entreprise française, Nexans, qui se spécialise en câbles et en fils de cuivre pour les systèmes électriques.

« Quand les tarifs (américains) ont été imposés il y a quelques mois, ils ont perdu 75 % de leur “business” […]. Ça allait tuer l’entreprise. »

Mme Joly a soutenu que l’entreprise a su renverser la vapeur. « Peu à peu, ils se sont rendus à 14 % qu’ils ont été capables d’envoyer vers l’Europe et l’objectif, c’est de se rendre à 20 », a-t-elle dit.

« Ils ont fait en sorte peu à peu d’augmenter aussi leur marché au Canada et donc ils ont repris à peu près 75 % du 75 % qu’ils avaient perdu », a-t-elle ajouté.

Un débouché possible du rapprochement souhaité avec l’Europe pourrait aussi résider dans un affranchissement des États-Unis quant aux câbles sous-marins, a relevé la ministre.

Cette technologie permet d’échanger des données entre l’Amérique du Nord et l’Europe et ces liens sont présentement détenus par « les Big Tech », a-t-elle expliqué. « Ils sont connectés entre l’Europe et les États-Unis. »

L’un des objectifs poursuivis est donc de permettre au Canada d’avoir sa propre connexion avec le Vieux Continent.

« Nous, il nous faut des câbles sous-marins qui vont connecter l’Europe au Canada et qui sont détenus par des intérêts européens et canadiens. Comme ça, si jamais on a un conflit, ils ne peuvent pas nous empêcher d’avoir accès à ce flot d’information et data là », a-t-elle dit.

Le Canada est enlisé dans une guerre tarifaire déclenchée par le président américain Donald Trump depuis plus d’un an et demi. Les Européens ne sont pas épargnés par les salves du président américain, bien que, pour eux, la situation est différente puisqu’ils ne peuvent pas appeler les États-Unis leur « voisin du Sud ».

Quant à l’ALENA, il a été déchiré par M. Trump au cours de son premier mandat et ce n’est qu’après une longue période d’imposition de droits de douane visant le Canada qu’Ottawa et Washington ont enterré la hache de guerre en concluant une nouvelle mouture de l’ALENA, soit l’ACEUM.

Dans son mandat actuel, M. Trump a toutefois fait valoir que l’ACEUM ne servait plus bien les États-Unis et qu’il devait être révisé. Le Canada, les États-Unis et le Mexique ont donc été entraînés dans une révision annuelle de l’accord, ce qui enlève de la prévisibilité.

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