Un jour, une carte : pourquoi l'Europe pourrait faire les frais d'une défaite du camp Trump ?

C'est le scénario rêvé dans beaucoup de capitales européennes, et en particulier dans le quartier Schuman à Bruxelles. Une victoire démocrate au Congrès, ce serait un peu une victoire par procuration pour l'Europe. Alors cette nuit, si Donald Trump boit la tasse, certains pourraient bien sabrer le champagne. Pourtant, beaucoup d'observateurs préviennent déjà : attention au triomphalisme. Car après les bulles, on n'est pas à l'abri d'une bonne gueule de bois.
Trump garde la main
Si le camp Trump perd, il ne faut pas s'attendre à voir les relations transatlantiques s'améliorer du jour au lendemain. Elles pourraient même s'envenimer. Pour comprendre, il faut se rappeler comment fonctionnent les institutions américaines. En politique étrangère, le président dispose de pouvoirs considérables. Les grandes décisions se prennent à la Maison Blanche. Et même quand le Congrès intervient, l'administration Trump garde encore la main.
Prenez l'aide militaire à l'Ukraine. Le Congrès peut voter des milliards de dollars d'aide. Mais c'est l'administration Trump qui décide concrètement de sa mise en œuvre. Elle peut donc freiner des quatre fers, ralentir les livraisons ou encore suspendre certains transferts d'armes clé.
Et puis Donald Trump dispose d'une autre arme : les décrets présidentiels. Ils lui permettent de prendre des décisions majeures sans passer par un vote au Congrès. Donald Trump a déjà multiplié les décrets. Et on imagine qu'il ne va pas s'arrêter là. S'il veut déclencher une nouvelle guerre commerciale et surtaxer les voitures ou l'acier européen, il disposera toujours de moyens de le faire, même face à un Congrès aux mains des démocrates.
Un président plus agressif ?
Loin d'apaiser nos relations, une défaite républicaine pourrait même aggraver les choses : un animal blessé peut aussi devenir plus agressif. Si les démocrates prennent le contrôle du Congrès et commencent à multiplier les enquêtes sur Donald Trump, notamment sur les soupçons de corruption qui le visent, que va faire le président ? Il sera tenté de durcir le ton là où il a les mains libres : le commerce et la politique étrangère. Et dans ce bras de fer, l'Europe risque de se retrouver en première ligne. Bref, sur notre carte, les lignes de fracture pourraient se creuser encore un peu plus.
Le problème dépasse Trump
Quoi qu'il en soit, il ne faut pas se leurrer : l'Amérique a changé. Et on ne reviendra pas en arrière. Croire qu'il suffirait de remplacer Trump pour retrouver l'Amérique d'avant serait assez naïf. Le protectionnisme américain n'est pas né avec Donald Trump. Rappelez-vous, l'IRA (l'Inflation Reduction Act), adopté aux Etats-Unis en 2022. Un vaste plan pour doper le "Made in America", au détriment notamment des entreprises européennes. Ce plan, c'était celui, non pas de Donald Trump, mais de Joe Biden. Même chose en matière de défense : le recentrage des Etats-Unis sur le Pacifique, et donc sur la Chine, remonte à Barack Obama.
Autrement dit, le problème de l'Europe dépasse largement Donald Trump. Désormais, Washington regarde vers son propre nombril et vers le Pacifique. L'Europe n'est plus sa priorité. La vraie victoire pour l'Europe ne dépend donc pas du vote de ce mardi. Elle dépend surtout de notre capacité à devenir moins dépendants des Etats-Unis. Et à pouvoir enfin exister par nous-mêmes, sans attendre le feu vert de la Maison Blanche.
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