QR : les guerres ont-elles un impact sur le réchauffement climatique ?

Notre téléspectateur évoque la météo, à savoir, le temps qu’il fait à court ou moyen terme. En réalité, c’est sur le climat que les guerres ont un impact. Le climat s’analyse sur une longue durée, sur des dizaines d’années. Cet examen permet de publier des séries statistiques qui attestent de l’augmentation des températures et du réchauffement climatique, dont les activités humaines sont les grandes responsables.
Alors oui, les guerres réchauffent la planète. Mais cela ne se mesure pas dans l’instantanéité. C’est ce qu’on appelle "l’empreinte carbone militaire", qui pèse lourd, qu’on soit en guerre ou non, d’ailleurs.
Selon une étude menée par Scientists for Global Responsibility et le Conflict and Environment Observatory, les forces armées seraient responsables d’environ 5,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais il s’agit bien d’une estimation. D’autres sources, comme cette étude universitaire publiée dans la revue scientifique Nature, avancent une vaste fourchette allant de 1% à 6% des émissions mondiales.
Si les estimations varient, c’est parce que la majorité des pays ne déclarent et/ou ne mesurent pas leurs émissions de gaz à effet de serre. Dans certains cas, ils ne disposent tout simplement pas de ces données, et dans d’autres, ils estiment que cette information est trop sensible et la gardent secrète. Ni le Protocole de Kyoto de 1997, ni l’Accord de Paris de 2015 n’ont rendu cette déclaration détaillée par les pays. Il y a donc comme un trou, une zone grise, dans les inventaires mondiaux de gaz à effet de serre.
Enfin, lorsque des Etats publient des données sur l’impact carbone de leurs armées, ils omettent générale tout une série d’activités et ne déclarent que ce qui est émis par les engins militaires (avions, bateaux, véhicules) et les bâtiments. Or, toute la chaîne de fabrication de ce matériel militaire est elle-même émettrice de CO2 et, pour certains Etats engagés dans des conflits, les opérations militaires ont un impact dévastateur. C’est ce qu’explique en substance Estelle Hoorickx, chercheuse à l’Institut royal supérieur de Défense, dans un article dédié aux impacts et défis des changements climatiques sur les armées.
Qu’est-ce qui émet le plus de gaz à effet de serre, dans les armées ? Quel secteur frappe le plus fort en termes de carbone ? Tout ce qui consomme du carburant, et en particulier, l’aviation.
D’après ce rapport de la Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie (CNAPD), un avion F35 consomme 5600 litres de kérosène par heure de vol, contre 3500 pour les F-16 qu’ils remplacent. Un réservoir vidé correspond aux émissions moyennes d’un Belge, sur presque 3 ans. Les sources d’émissions les plus importantes sont donc "opérationnelles" : avions, bateaux, flotte de véhicules, chars…
Les activités dites "immobiles" sont également génératrices de gaz à effet de serre : les bâtiments, par exemple. Or, le parc immobilier de la Défense belge est à 80% vétuste et a besoin d’être rénové. C’est ce sur quoi l’armée belge travaille le plus dans l’immédiat. Cependant, dans le Rapport de suivi 2025 de la politique climatique fédérale belges, le taux de rénovation actuel est décrit comme "insuffisant pour atteindre l’objectif de neutralité climatique des bâtiments publics fédéraux". Manque de fonds, retards dans les projets… De petits progrès sont notés en matière de comptage de l’énergie, de compteurs intelligents, de déploiement de panneaux solaires.
Reste toute la contribution carbone de la chaîne logistique, liée à la fabrication des fournitures de l’armée belge (munitions, armes, chars…).
Voici pour le temps de paix. En cas de guerre, ajoutez à cela les impacts directs des combats sur le territoire et les infrastructures (déforestation, incendies de dépôts de carburant), les émissions de carbone liées à la reconstruction des bâtiments détruits.
Au total, à quelle hauteur les guerres contribuent-elles à la crise climatique ? Impossible à chiffrer, faute de recensement exhaustif des émissions de gaz à effet de serre de toutes ces sources associées aux armées.
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