Des mamans solos en coloc' pour rendre “le quotidien plus léger”

Ce matin-là, la journée est chargée pour l’équipe d'"Ernest". Quelques logements sont encore disponibles dans la maison toute fraîchement rénovée de Koekelberg. Cinq mamans sont présentes pour une visite des lieux. "Je suis en cours de séparation et le fait de vivre en communauté, avec d’autres mamans qui sont passées par là, d’échanger, de partager une forme d’expérience aussi, ça me parle. Et puis, il y a un jardin !", nous explique l’une des participantes.
Entre intimité et vie en communauté
Les chambres et les sanitaires sont privatifs. Le reste est partagé : salon, cuisine et salle à manger, jardin, buanderie, espace télétravail ou encore salle de jeux. “Ça permet d’avoir son intimité, tout en ne vivant pas seule", nous explique Aliyah, la benjamine des mamans de la coloc.
Si à terme une dizaine de familles pourront vivre ici, cinq mamans ont déjà rejoint l’aventure. Aliyah et Noëlly s’affairent en cuisine. Vingt ans les séparent, mais les deux colocataires sont très complices. "Ça s’est fait très naturellement entre Noëlly et moi. Ma fille et moi avons été très bien accueillies”, explique Aliyah. Sa comparse confirme. Et si le courant passe si bien entre les colocataires, c’est parce qu’elles ont connu des situations personnelles comparables selon Noëlly. "Ce sont des parcours compliqués, et quand on est passée par là, l’écoute n’est pas la même. On est d’ailleurs un peu les psys les unes des autres", sourit la quadragénaire, maman de deux enfants.
Une convivialité sans doute liée au fait que les mamans se serrent les coudes. “J’étais débordée avec mon déménagement et Aliyah m’a proposé son aide pour faire les courses. Une autre colocataire était malade et j’ai pris plus de choses à ma charge, le temps qu’elle se rétablisse. Quand on doit faire quelque chose, on peut demander à l’une ou l’autre de jeter un œil à nos enfants. On s’aide pour les démarches administratives. Ce sont des petites choses du quotidien. On aimerait faire plus : des courses ou des activités en commun par exemple, pour que ça puisse se systématiser et bénéficier à tout le monde. C’est pour ça qu’on attend les autres mamans avec impatience, pour faire appel à cette intelligence collective", détaille Noëlly.
S’engager pleinement dans le projet
La visite du jour a rencontré un franc succès. Mais décider de rejoindre la coloc, c’est avant tout s’inscrire pleinement dans le projet. Les mamans qui confirmeront leur intérêt seront reçues en entretien individuel, puis amenées à participer à une réunion avec les autres colocataires. Les loyers sont, certes, abordables – entre 980 pour une chambre avec un seul enfant et 1600 euros pour une fratrie de quatre, charges comprises – mais ça ne doit pas être l’argument principal. "On dit bien aux mamans de venir pour le projet tel qu’il est et pas parce que c’est moins cher", précise Lionel Wauters, l’initiateur d’"Ernest".
Et si vivre en communauté peut être séduisant, ça n’est pas toujours facile pour autant. "La dynamique de groupe est le cœur du projet et c’est un élément qui n’est pas si évident que ça", précise encore Lionel. L’équipe a d’ailleurs fait appel à une association spécialisée dans la vie en habitat groupé pour encadrer et guider les mamans tout au long de l’année. "Il faut apprendre à connaître et respecter les différentes personnalités, gérer les relations entre nos enfants, ce n’est pas toujours facile", poursuit Noëlly. "Il y a parfois des cafouillages, on n’est pas au top tout le temps, mais globalement, ça se passe bien et ça rend le quotidien plus léger."
C’est quoi ces femmes qui habitent seules avec leurs gosses ?
Un mode de vie peu connu, qui peut intriguer. "Certains sont interloqués quand on parle du projet. ‘Qu’est-ce qu’elles font ? C’est quoi ces femmes qui habitent seules avec leurs gosses ?’ Nous sommes venues ici avant tout pour tester une aventure humaine et créer quelque chose de vertueux, de positif. Et si ce que nous mettons en place peut en inspirer d’autres, tant mieux !", conclut Noëlly. Le projet "Ernest" compte, à ce stade, trois maisons au total, à Koekelberg, Forest et Namur.
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