Un an après sa création, le chien de garde du sport québécois toujours en rodage

Le Protecteur de l’intégrité en loisir et en sport (PILS) du Québec a récemment présenté son premier bulletin annuel. Malgré des retards dans le traitement des plaintes, l'organisme estime avoir trouvé son erre d'aller. Un avocat en droit du sport est plutôt d'avis qu'il n'a pas encore « rempli ses promesses ».
En fonction depuis la création du PILS, Hugo Lafontaine a vu quelque 800 dossiers de plaintes et plus de 170 demandes de renseignements défiler sur son bureau entre juin 2025 et mars 2026. L'intégrité d'un joueur ou d'un athlète est mise en cause dans près de trois plaintes sur quatre.
À ses yeux, ces données ne font que confirmer qu'il y a une demande
pour un tel ombudsman sportif dans la province. Clairement, on vient apporter un plus pour la société québécoise
, suggère Hugo Lafontaine.
On peut, avec du recul, dire que c'était un besoin de la communauté sportive, du milieu sportif
, considère la ministre responsable du Sport, du Loisir et du Plein air, Kariane Bourassa. Ça montre qu'on avait besoin d'une instance indépendante autre que les clubs et les fédérations.

La ministre responsable du Sport, du Loisir et du Plein air, Kariane Bourassa (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Durant la même période, les entraîneurs ont été visés par 35 % des plaintes, soit la plus forte proportion. Les joueurs et athlètes (18 %), les gestionnaires et administrateurs (11 %), les arbitres (9 %), puis les parents (6 %) suivent ensuite.
Le motif de plainte principal qu'on reçoit, c'est de la violence psychologique. Donc, des cris, de l'humiliation, de l'abus, de la pression excessive dans la pratique du sport
, précise M. Lafontaine, qui rejette la faute sur les croyances populaires quant à la force du mental
.
C'est drôle dans un film avec Marc Messier, mais, dans la vraie vie, le mythe du coach qui doit crier pour motiver ses troupes puis qui pense que c'est comme ça qu'on va atteindre le succès, c'est quand même étonnant que ça soit encore autant présent.
Répartition des différents motifs de plaintes adressées au PILS
| Motif | Proportion |
|---|---|
| Violence psychologique | 43 % |
| Négligence | 18 % |
| Représailles | 15 % |
| Gouvernance et conformité | 8 % |
| Violence physique | 6 % |
| Autre | 5 % |
| Acte à caractère sexuel | 3 % |
| Atteinte à la vie privée | 3 % |
Une réforme attendue
Le PILS est l'initiative de l'ex-ministre du Sport Isabelle Charest. Cette dernière souhaitait ainsi réformer l'Officier des plaintes, le précédent mécanisme qui était pointé du doigt pour son incapacité à mener des enquêtes et pour les limites de son champ d'action.

Isabelle Charest aux côtés d'Hugo Lafontaine lors de sa nomination en mai 2025 (Photo d'archives)
Photo : Ministère de l'éducation du Québec
Bénéficiant d'un pouvoir d'enquête, le PILS est désormais mieux équipé que son prédécesseur pour traiter les requêtes qui lui sont adressées ou encore initier des vérifications. Son rôle se limite à formuler des recommandations aux fédérations et aux organismes sportifs, qui décident ultimement d'y donner suite ou non.
L'accueil que je reçois des organisations est très bon. Le taux d'acceptation de nos recommandations est excellent. Pour les recommandations acceptées totalement ou partiellement, on est à 100 %
, soutient Hugo Lafontaine.
Un système qui comporte son lot de défis
L'avocat en droit du sport Patrice Brunet était parmi les détracteurs du défunt Officier des plaintes.
S'il considère que l'intention
derrière la création du PILS est louable, il doute néanmoins que l'organisme soit jusqu'à maintenant parvenu à trouver le bon équilibre entre la protection des sportifs vulnérables
et le respect d'une défense pleine et entière
accordée aux personnes visées par des allégations.
Selon l'avocat, ces dernières se butent parfois à la confidentialité des informations et des témoignages détenus contre elles, ce qui complexifie leurs plaidoyers.
On sait que, dans le domaine du sport, il y a eu des cas d'abus. [...] Mais on sait aussi que, dans le domaine du sport, il y a des éléments de jalousie. Il y a des parents qui vont prendre en grippe certains jeunes qui sont en compétition avec leurs propres jeunes, il y a des adolescents dont les émotions sont à fleur de peau qui vont réagir de façon importante et se poser comme victimes
, relativise Me Brunet.
Il faut avoir un système qui permet de départager les vraies victimes des victimes qui ont peut-être été émotivement blessées en surface, mais dont la profondeur n'est pas aussi importante que ça pourrait être.
Me Brunet note par ailleurs que la transition de certains dossiers de l'Officier des plaintes vers le PILS ne s'est pas déroulée sans heurts. Il y a eu des cas de dossiers qui n'ont pas suivi ou qui n'ont pas été mis à jour avec des personnes qui faisaient l'objet de plaintes, qui sont restées dans le noir
, affirme-t-il.
Pour ces raisons, le PILS n'a pour l'instant pas rempli ses promesses
, déplore l'avocat. Ça demeure un système qui comporte son lot de défis.

11 % des plaintes adressées au PILS concernent la pratique du soccer, soit le deuxième sport le plus représenté après le hockey (36 %).
Photo : Radio-Canada / William Gagnon
Des délais qui s'étirent
Force est de constater que les démarches du PILS s'apparentent à un véritable parcours du combattant avant d'en arriver à des conclusions. Lors de ses neuf premiers mois d'activité, l'organisme est parvenu à traiter ses plaintes en 113 jours en moyenne, soit plus du double que le délai de 45 jours prescrit par la loi.
Selon Hugo Lafontaine, ces retards s'expliquent d'abord et avant tout par la rigueur
accordée au traitement des dossiers, bien qu'il reconnaisse l'importance de respecter l'obligation légale
des 45 jours.
Il y aussi le droit de se faire entendre pour toutes les parties qui sont impliquées dans un dossier qui est inscrit dans la loi
, pondère-t-il, en rappelant que des réputations peuvent être brisées
par son travail.
Mon travail comme protecteur, c'est de trouver un équilibre [avec] la célérité des enquêtes. Oui, la rapidité, mais pas au détriment de la qualité, puis de la rigueur.
Pendant ce temps-là, on peut avoir de jeunes personnes dont le parcours sportif va être suspendu et, dans certains cas, compromis à tout jamais
, s'inquiète de son côté l'avocat Patrice Brunet.
Sans pouvoir les chiffrer en jours, Hugo Lafontaine se dit confiant
de parvenir à réduire les délais au cours de la prochaine année grâce à l'expérience acquise par son équipe.
On était 10 [employés] quand on a commencé en juin 2025. Au moment où je vous parle, on est 23 employés réguliers, en plus de nos étudiants
, indique-t-il.
La ministre Bourassa abonde dans le même sens. Pour le moment, pas question de modifier la loi pour prolonger le délai de 45 jours, tranche-t-elle. On est en année de rodage
, illustre-t-elle.
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