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Thursday, September 17, 2026

L’Europe tend la main | Carney soupèse le risque politique d’une alliance rêvée

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(Ottawa) L’étreinte était attendue. Mais à première vue, elle est peut-être trop contraignante aux yeux de Mark Carney. Et cela, même si le premier ministre fait les yeux doux aux pays de l’Union européenne (UE) depuis son arrivée au pouvoir il y a 18 mois afin de réduire la dépendance économique du Canada envers les États-Unis.

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De la bouche même de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le Canada s’est fait offrir mercredi de devenir « le premier pays membre associé » de l’UE. L’offre formelle a été faite en présence de Mark Carney au Parlement européen à Strasbourg – le premier ministre doit d’ailleurs y prononcer un discours ce jeudi – et a longuement été applaudie par les eurodéputés.

En réaction à cette main tendue, Mark Carney s’est levé pour aller sur le podium donner l’accolade à celle qui souhaite approfondir à un degré sans précédent les relations entre le Canada et le Vieux Continent sur plusieurs fronts au moment où le monde est aux prises avec de multiples crises et des transformations profondes.

Membre associé de l’UE ? Ce n’est pas exactement ce qu’avait en tête le premier ministre, qui, depuis que cette idée s’est faufilée jusqu’à faire la une du Wall Street Journal, dimanche, a cherché à corriger le tir en évoquant plutôt « une alliance unique » entre les deux parties.

Sur le plan juridique, ce concept n’existe pas encore. Certains leaders européens l’ont déjà évoqué au cours des derniers mois, mais sans en définir les véritables contours. « Ne serait-il pas merveilleux que le Canada soit le 28e État de l’Union européenne plutôt que le 51e État des États-Unis ? », a lancé cet été le président finlandais Alexander Stubb.

Dans un compte rendu publié après une rencontre entre M. Carney, Mme von der Leyen et la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, le bureau du premier ministre a soigneusement évité d’utiliser le terme « membre associé » de l’UE.

On s’est contenté de se féliciter des « travaux en cours afin d’approfondir le partenariat entre le Canada et l’Union européenne dans des domaines clés, notamment les minéraux critiques, l’énergie, la défense, la recherche et le développement, ainsi que les technologies de pointe ».

On a également souligné que dans un monde plus dangereux et plus divisé, « le Canada renforce ses relations avec des partenaires de confiance afin d’accroître l’autonomie stratégique, la résilience et la souveraineté ».

Dans une entrevue accordée à Bloomberg, mardi à Toronto, à l’occasion du Sommet canadien de l’investissement, le premier ministre avait relevé qu’un traité de libre-échange conclu en 2016 entre le Canada et l’UE est certes provisoirement en vigueur, mais que 10 des 27 pays de l’UE, dont la France et l’Italie, ne l’ont toujours ratifié. Il aimerait bien que les pays retardataires le fassent dans les prochains mois.

La prudence de Mark Carney est de mise. S’il a la cote auprès d’une majorité des Canadiens pour sa gestion des affaires de l’État jusqu’ici, il pourrait s’attirer les foudres en mettant dorénavant trop de ses œufs dans le panier européen après avoir déploré que le pays ait pendant trop longtemps laissé ses œufs dans le panier américain.

D’ailleurs, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, qui peine à s’imposer depuis sa défaite électorale en raison de frasques du président Donald Trump qui nourrissent un élan de patriotisme au pays favorable aux libéraux, a rapidement dénoncé l’idée que le Canada soit assujetti de quelque façon que ce soit à la volonté de Bruxelles.

« Nous ne serons JAMAIS le 51e État américain. Et nous ne serons JAMAIS le 28e État de l’UE », a notamment écrit sur X M. Poilievre plus tôt cette semaine. Le Parti conservateur réclame un débat et un vote au Parlement sur toute entente liant le Canada au Vieux Continent.

Depuis des mois, Mark Carney courtise assidûment les dirigeants européens. À peine formellement devenu premier ministre du Canada, en mars 2025, il mettait le cap sur Paris et Londres.

Au lieu de fouler le tapis présidentiel de la Maison-Blanche à Washington durant sa toute première visite à l’étranger, comme l’aurait voulu la coutume en temps normal, il a choisi de se rendre à l’Élysée et au 10, Downing Street. Cela représentait, selon lui, « un symbole prometteur pour l’avenir ».

« Le Canada est le plus européen des pays non européens », avait-il notamment lancé au côté du président français Emmanuel Macron.

Depuis ce premier voyage, Mark Carney a multiplié les démarches pour que ce rapprochement prenne forme sur les fronts économique, militaire, universitaire et énergétique, entre autres. Il voit cela comme un antidote pour contrer les effets de la guerre commerciale que mène l’administration Trump contre ses plus proches alliés.

Il a aussi enfilé les discours qui n’ont laissé personne indifférent en Europe, à commencer par son fameux discours de Davos en janvier où il a évoqué la rupture de l’ordre mondial et exhorté les puissances moyennes à s’unir pour contrer l’hégémonie de pays comme les États-Unis.

Plus récemment, sa décision de mettre fin aux négociations commerciales avec l’administration Trump, qui réclamait des concessions qui auraient eu pour effet de réduire le Canada au statut d’État vassal, a suscité l’admiration dans les capitales européennes.

« Vous avez montré ce qu’il fallait faire face à Trump : refuser la compromission, riposter, protéger vos intérêts. Parler le langage de la puissance. Sachez que le Canada est le bienvenu dans l’Union européenne. Parce que nous partageons les mêmes valeurs et que nos intérêts sont convergents », a encore dit mercredi l’eurodéputée française Valérie Hayer durant le passage de Mark Carney au Parlement européen.

Mais se faire ainsi dérouler le tapis rouge en Europe comporte certains risques. Au premier rang, celui de s’enfarger dans les fleurs du tapis à cause d’un concept encore flou une fois de retour au pays.

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