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Thursday, October 15, 2026

Accompagnement nutritionnel | Enceintes, itinérantes et affamées

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Je ne pensais pas que ces questions pouvaient être le point de départ d’un accompagnement nutritionnel pendant une grossesse. Mais c’est le cas. À Montréal.

Avant de parler des besoins en fer et en vitamines, les intervenantes d’Alima doivent parfois commencer par donner un ouvre-boîte. Ou chercher un réfrigérateur.

Si vous ne connaissez pas cet organisme, je vous résume son expertise en deux mots : nutrition périnatale. On y accompagne depuis 147 ans des femmes enceintes qui ne mangent pas à leur faim ou qui n’arrivent pas à fournir à leur bébé tous les nutriments requis, faute de moyens financiers.

Ce que j’ai appris en visitant ses locaux, près de l’ancien Forum, atteint un niveau de désarroi difficile à imaginer.

Certaines femmes ne manquent pas seulement de nourriture. Elles n’ont même pas de véritable toit pour passer la nuit, ni de quoi conserver ou cuisiner les aliments.

Grossesse et itinérance ne sont pas deux mots qu’on a l’habitude de mettre dans la même phrase. Pourtant, cette association est devenue assez fréquente pour que l’aide alimentaire doive s’organiser.

Depuis un an, à la demande d’intervenants sur le terrain, Alima a développé un panier spécifiquement pour les femmes enceintes qui vivent dans la rue. Il contient uniquement des aliments non périssables, comme des conserves de thon qui s’ouvrent avec une languette, des noix, du lait UHT, des fruits séchés, des barres énergétiques.

Jusqu’ici, une douzaine de femmes en situation d’itinérance visible ont été accompagnées. Et il y a toutes celles en itinérance cachée, qui n’ont pas d’adresse fixe, qui se déplacent, qui habitent chez des gens. Ces femmes sont plus difficiles à dénombrer, mais Alima prévoit documenter le phénomène, car il semble en croissance, lui aussi.

Quand on roule rue Notre-Dame, même si on est stupéfaits devant le nombre ahurissant de tentes, on ne mesure pas bien l’ampleur de la détresse qui s’y trouve. Maladies, violence, toxicomanie, problèmes de santé mentale, agressions sexuelles… Comment une femme enceinte peut-elle préparer la venue d’un enfant dans cet environnement ? Impossible de ne pas s’inquiéter pour son avenir et celui de sa mère.

La très vaste majorité des femmes soutenues par Alima ne vivent pas dans un campement de fortune, mais ça ne leur garantit pas de quoi manger.

La hausse d’environ 30 % du prix des aliments depuis cinq ans pèse très lourd sur les ménages à très faibles revenus dans le contexte où le prix des logements a lui aussi bondi.

« On a des intervenantes qui sont ici depuis 45 ans et elles disent qu’elles n’ont jamais vu les niveaux d’insécurité alimentaire qu’on voit actuellement », raconte la directrice générale d’Alima, Julie Paquette. Certaines n’ont pas les moyens d’acheter de la viande et des fruits frais, d’autres ne mangent carrément pas assez.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Julie Paquette, directrice générale d’Alima

Alima accompagne aujourd’hui plus de 800 femmes par année, contre 400 en 2021, alors que la pandémie compliquait les contacts avec sa clientèle. Les intervenantes constatent surtout des situations plus complexes et une insécurité alimentaire plus grave.

Il faut le dire, c’est un échec collectif.

Quelque chose est brisé quand le système produit autant de personnes vulnérables, y compris des bébés qui ne sont même pas encore nés.

Quand Alima demande à ses clientes ce qu’elles ont mangé dans les dernières 24 heures, la liste ne totalise parfois que 500 ou 600 calories. L’équivalent de deux tranches de pain avec du beurre d’arachide, un verre de lait, une banane et une autre petite collation. C’est très, très peu pour une seule personne. Imaginez au 8e mois de grossesse…

C’est ce qu’on appelle avoir faim.

À mon grand étonnement, j’ai appris que 25 % de ces femmes vivent seules, sans partenaire, ce qui contribue à leur précarité financière. Certaines ont quitté un conjoint violent. D’autres, récemment immigrées, attendent de retrouver leur partenaire resté à l’étranger. Mais toutes vivent des moments d’anxiété liés à la volonté de mettre au monde un bébé en santé.

Rare source d’encouragement, le prix des aliments se stabilise. Alima constate une hausse de seulement 1 % depuis un an. Une personne seule doit maintenant débourser 93 $ par semaine pour bien se nourrir, et la famille typique (deux adultes et deux enfants) doit disposer de 15 280 $ par année. Le calcul, pour une liste de 68 aliments qui procurent tous les nutriments essentiels, ne tient pas compte des soldes, mais des prix les plus bas dans le marché.

Julie Paquette espère que ce plateau durera assez longtemps pour permettre aux moins nantis de sortir la tête de l’eau.

L’inflation des dernières années a provoqué des dommages qui ne s’effaceront pas du jour au lendemain. On les perd de vue devant les restaurants, les magasins Apple et les spas bondés. Mais Alima est là pour nous rappeler qu’au Québec, on peut attendre un enfant et avoir faim.

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