Montréal-Nord | Une femme sans-abri perd la vie après un incendie dans un campement

Stéphanie Leclerc a eu la peur de sa vie. Dans le campement où elle s’est installée il y a quelques mois, dans l’arrondissement de Montréal-Nord, une tente a pris feu cette nuit, coûtant la vie à une femme sans-abri.
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« C’est épeurant, je trouve ça malheureux », a-t-elle confié à La Presse.
Depuis qu’ils ont perdu leur appartement, en avril dernier, Stéphanie Leclerc vit avec son conjoint dans ce campement situé sur un terrain vague, à l’arrière-cour d’un centre commercial.
Elle connaissait « un peu » la victime, qui avait planté sa tente à une vingtaine de mètres de la sienne. « Mon chum l’aidait à remonter sa tente, elle n’était pas capable de le faire toute seule. Je sais qu’elle y mettait des bougies. Ça fout la trouille. »
À l’arrivée d’une intervenante, Stéphanie Leclerc l’a serrée dans ses bras avant d’éclater en sanglots.
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été avisé au petit matin mercredi, par un témoin qui s’est déplacé au poste de quartier situé non loin de là, qu’un brasier était en cours dans un campement de sans-abri, près de l’intersection de la rue de Charleroi et du boulevard Lacordaire.
Sur place, les policiers ont trouvé une femme de 50 ans qui reposait inconsciente, à l’extérieur de sa tente en proie aux flammes. Reposant dans un état critique, celle-ci a été transportée en urgence dans un centre hospitalier, où son décès a été constaté. Des enquêteurs se sont rendus sur place et ont conclu qu’il s’agirait d’un évènement « de nature accidentelle », selon le SPVM.
Campement à Montréal-Nord
INFOGRAPHIE LA PRESSE
Au passage de La Presse, une demi-douzaine de tentes et trois sans-abri occupaient le campement, qui était jonché de débris. À l’endroit où campait la victime, il ne restait que des traces de suie au sol et de nombreux objets carbonisés. Deux intervenants de l’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (ÉMMIS) tentaient de réconforter les rares occupants du campement.
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE
Le petit campement de Montréal-Nord où s’est produit le drame.
La cause exacte du décès demeure inconnue, mais selon nos informations, la victime fumait et avait des enjeux de consommation. La piste d’une intoxication à cause de l’inhalation de la fumée de l’incendie est également envisagée.
« Il n’y avait pas de blessure majeure sur le corps de la victime, donc c’est l’enquête et l’autopsie qui va permettre de déterminer exactement ce qui a causé le décès », a indiqué la porte-parole du SPVM, Jeanne Drouin.
Un cri du cœur des organismes
« C’est une grande tragédie qui vient d’arriver », s’est désolée la directrice des services de l’organisme RAP Jeunesse, Maryse Paré. « Ce n’est pas la première fois et ce ne sera malheureusement pas la dernière. »
Les intervenants de RAP Jeunesse sont profondément ébranlés, a-t-elle confié. Ceux-ci viennent régulièrement dans ce petit campement pour apporter aux sans-abri qui y vivent des tentes, des sacs de couchage, des vêtements chauds ou de la nourriture, mais aussi pour faire du suivi psychosocial, les accompagner à l’hôpital ou les aider à effectuer des démarches administratives pour retrouver éventuellement un logement.
« C’est lourd à porter. Nous, on les côtoie tous les jours », a souligné Mme Paré. La Presse avait réalisé un reportage dans ce campement de Montréal-Nord en novembre 2025, pour montrer comment les travailleurs sociaux, la police et les pompiers travaillent de concert avec les personnes en situation d’itinérance pour les aider à faire des feux de façon sécuritaire.
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE
Deux semaines après, ce même campement avait été détruit « par erreur » par des employés de l’arrondissement au volant de camions et de pelles mécaniques. La mairesse de Montréal-Nord, Christine Black, avait plaidé pour un « malentendu ».
« La friche Charleroi a déjà fait couler beaucoup d’encre. C’est un campement qu’on connaît bien, qui se trouve à être la seule zone de tolérance à Montréal-Nord », a indiqué Mme Black en entrevue, mercredi. Elle estime qu’une dizaine de personnes tout au plus vivent sur le site. « On dépasse rarement ce nombre-là. Maintenant, c’est sûr qu’on va s’assurer de les accompagner là-dedans », a-t-elle noté.
Au Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal (MMFIM), la directrice Michèle Chappaz a fait valoir que la crise « appelle à des actions rapides ». Le tout survient au moment où le nouveau gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon veut faire de l’itinérance une priorité. Le PQ s’est engagé à réduire de 50 % l’itinérance d’ici 2030.
C’est encore un décès de trop. Ça démontre qu’on n’en fait pas assez. C’est intolérable que des gens vivent dans un campement et meurent parce qu’ils essaient d’avoir chaud. Pendant ce temps-là, il y a encore beaucoup de groupes qui attendent leur financement.
Des mesures d’urgence pour l’hiver
Au comité exécutif, la mairesse de Montréal Soraya Martinez Ferrada a précisé qu’une annonce aurait lieu jeudi pour préciser les sites d’hébergement qui seront en place à l’arrivée de l’hiver. Dans son entourage, on soutient qu’une équité territoriale sera en place : les refuges seront situés dans plusieurs arrondissements, incluant ceux de l’opposition.
« Notre plan chaleur, il est prêt depuis plusieurs semaines. […] Dès demain [jeudi], on adressera une première demande au nouveau gouvernement du Québec pour assurer sa mise en œuvre », a assuré Mme Martinez Ferrada mercredi. « Le premier ministre s’est engagé à agir rapidement. On partage cette volonté et on est prêts à travailler avec lui. Ce qui est en jeu, c’est la vie, la dignité des Québécois », a ajouté l’élue municipale.
Elle a ensuite évoqué une « première occasion » pour M. St-Pierre Plamondon et ses équipes de « traduire cette volonté en des gestes concrets pour protéger [les personnes sans-abri] de la rue pendant l’hiver qui s’en vient, mais aussi durant tous les hivers qui reviennent chaque année ».
Sur X, le premier ministre désigné lui a vite répondu. « On va agir résolument pour éviter que ce genre d’évènement tragique ne se reproduise », a-t-il assuré, en précisant que des « budgets d’urgence » seront débloqués « à court terme ». « Ces ressources devront notamment servir à de l’hébergement d’urgence et de refuge pour l’hiver », a ajouté M. St-Pierre Plamondon, qui dit faire de l’itinérance une affaire personnelle.
Depuis 2020, au moins 500 personnes en situation d’itinérance sont décédées au Québec, selon des données récentes du Bureau du coroner. En août dernier, La Presse avait révélé que les décès de femmes itinérantes ont connu une hausse dramatique de 211,11 % de 2020 à 2024, selon une compilation d’une équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke.
Ce qu’ils ont dit
La crise de l’itinérance est plus réelle que jamais. C’est un phénomène non partisan face auquel nous avons la responsabilité, en tant qu’élus, d’agir pour contribuer à l’éradiquer. J’offre ma pleine collaboration au premier ministre désigné.
L’itinérance, ce n’est pas juste un problème, ça touche à plein d’aspects de nos vies et plein de ministères, donc ça prend une solution globale. Avant de mettre de l’argent, il faudrait s’assurer qu’on ait un consensus. Il faut le faire de façon non partisane.
Un consensus s’est dessiné durant la dernière campagne électorale : l’itinérance est la priorité la plus urgente. Le nouveau premier ministre doit s’y mettre dès maintenant, et je serai son alliée pour régler cette crise humanitaire.
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