Le président israélien appelle au compromis pour former un gouvernement
Le président israélien, Isaac Herzog, a lancé un appel au compromis en entamant mercredi les consultations avec les forces politiques en vue de la formation d’un gouvernement, une mission difficile en l’absence de majorité claire à l’issue des législatives.
Le scrutin du 27 octobre n’a pas départagé clairement le camp de Benjamin Nétanyahou, qui a récolté 53 sièges, et le bloc principal de l’opposition mené par le centriste Gadi Eisenkot, qui en a 48. Aucun n’a atteint les 61 sièges requis pour détenir la majorité à la Knesset, le Parlement israélien.
Cette situation menace le pays de paralysie politique, au moment où il fait face à une forte instabilité régionale liée au conflit au Moyen-Orient qui pourrait encore s’aggraver en cas de nouvelles frappes sur l’Iran, souhaitées par M. Nétanyahou, toujours premier ministre.
Les discussions post-électorales en Israël se tiennent dans un contexte interne crispé, le camp Nétanyahou accusant les partis arabes, qui ont percé en remportant 19 sièges, de fraudes massives.
L’opposition accuse en retour le premier ministre de vouloir discréditer un scrutin qu’il n’a pas remporté.
« Dans la réalité actuelle, sans vainqueur évident après les élections, je demande de l’originalité et de la créativité, du courage et de la bonne volonté », a déclaré le président Herzog, qui a commencé à recevoir mercredi soir les représentants des partis pour des consultations qui continueront jeudi.
Les responsables politiques « doivent comprendre qu’ils ne pourront pas tenir tous leurs engagements et toutes leurs promesses » de campagne, a mis en garde le chef de l’État, qui aura jusqu’au 11 novembre pour désigner un candidat.
Partis arabes clés
Sur le papier, il suffirait pourtant que le bloc de M. Eisenkot et les partis arabes s’allient pour parvenir à une majorité confortable de 67 sièges.
La liste arabe Raam, qui a obtenu huit sièges et sera reçue jeudi par M. Herzog, a d’ailleurs annoncé dès mercredi qu’elle recommanderait M. Eisenkot pour le poste de premier ministre.
Mais en réalité, une large alliance entre toutes ces factions anti-Nétanyahou semble compliquée, plusieurs dirigeants du bloc d’opposition refusant de travailler directement avec les partis arabes.
Dans une société traumatisée par l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, tendre la main aux Palestiniens d’Israël, comme sont aussi désignés les Arabes israéliens représentant environ 20 % de la population, risque de braquer une partie de l’électorat juif.
Benjamin Nétanyahou le sait bien et dénigre à longueur de posts sur les réseaux sociaux les formations arabes, qu’il présente comme des « soutiens aux terroristes » menaçant d’« islamiser Israël ».
Ces dernières l’accusent pour leur part de « racisme ».
Le camp Nétanyahou a surtout multiplié les accusations de fraudes massives affirmant, sans en apporter la preuve jusque-là, que les partis arabes ont acheté des voix avec de l’argent du Qatar.
Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, a encore appelé mercredi le Renseignement intérieur (Shin Bet) à « arrêter tous les dirigeants des partis politiques arabes » pour les interroger « dans leurs sous-sols ».
« Dangereux pour Israël »
Face à cette avalanche d’accusations, le président de la Commission électorale, le juge Noam Sohlberg, a dénoncé le « danger réel » que créent ceux qui cherchent à « mettre en doute les résultats des élections ».
La Commission électorale a annoncé mercredi avoir procédé à vérifications poussées qui n’ont révélé « aucune irrégularité ou preuve indiquant que l’intégrité des élections a été compromise ou que les résultats ont été altérés ».
M. Herzog, lui, a condamné « les comportements grossiers et les propos racistes » visant la minorité arabe israélienne.
De son côté, le chef de la gauche, Yaïr Golan, dont le parti Les Démocrates est membre du bloc de M. Eisenkot, a appelé à tourner la page de l’ère Nétanyahou, devenu « dangereux pour Israël ».
Il a affirmé que son éventuel maintien au pouvoir exposerait Israël à un risque d’isolement international et de sanctions, après la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat aux États-Unis.
Les démocrates, qui ont pris le contrôle des deux chambres du Congrès américain, sont en effet divisés sur le soutien à Israël, longtemps considéré comme indéfectible, en raison notamment du bilan humain de la guerre dans la bande de Gaza.
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