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Thursday, October 1, 2026

Le nombre d’emplois publics a-t-il progressé deux fois plus vite que le privé, comme l’affirme la FEB ?

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Contactée par nos soins, la FEB nous a indiqué sa source : les statistiques d’emploi de la Banque nationale de Belgique (BNB). "Dans notre Plan de croissance, nous mentionnons le chiffre pour le secteur public au sens large (soins de santé inclus) : + 42,8% (arrondi à la baisse à + 40%)" détaille la porte-parole de la fédération.

Nous avons téléchargé ces données et suivi la même méthode. La FEB additionne trois catégories : l’administration publique, l’enseignement, ainsi que la santé et l’action sociale. C’est ce qu’elle définit, elle, comme le "secteur public". Tout le reste forme, selon sa définition, le "secteur privé". L’organisation patronale prend le premier trimestre 2000 comme point de départ et le compare, notamment, au premier trimestre 2026. Cela couvre 26 ans, et non 25 comme l’indique la FEB.

Résultat : entre début 2000 et début 2026, l’emploi dans le secteur que la FEB définit comme "public", santé et action sociale comprises, progresse de 43%, contre 19,5% dans celui qu’elle définit comme "privé". Les pourcentages avancés par la FEB correspondent donc à sa méthode. Ses arrondis réduisent même l’écart en points de pourcentage.

À elle seule, la branche santé et action sociale, que la FEB a incluse dans le secteur public, a gagné 260.000 emplois depuis 2000 (+ 66%). Sans elle, la hausse de l’emploi public tombe à 30%, un chiffre que la FEB juge "lui aussi, déjà très préoccupant". Or les emplois de cette branche ne relèvent pas tous des administrations publiques au sens du SEC 2010.

En 2024, les 651.000 emplois dans la santé se répartissent ainsi : 84% dans des sociétés (hôpitaux, maisons de repos), 10% d’indépendants et 6% dans des associations sans but lucratif (asbl). Il existe donc de l'emploi privé dans les soins de santé. Nous n'avons en revanche pas trouvé de chiffre permettant de distinguer, parmi les hôpitaux et les maisons de repos, les établissements publics des établissements privés.

"C’est une définition ad hoc qui ne correspond pas à la définition de l’ONSS (ndlr : Office national de sécurité sociale)", réagit Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCLouvain. "Dans le secteur des soins de santé, c’est quand même un gros business, il y a beaucoup de privé là-dedans."

Jean Hindriks ne rejette pas pour autant tout calcul élargi. "Vous pouvez faire les deux statistiques, l’une avec les soins de santé, et l’une sans. Laissez le lecteur faire la part des choses."

C’est précisément l’argument de la FEB. Dans sa réponse écrite à nos questions, elle défend une "définition économique large" de l’emploi public : "Lorsque l’on s’intéresse au financement économique réel de l’emploi, il faut prendre le secteur de la santé en compte. En Belgique, la grande majorité des dépenses de santé et d’action sociale est financée par les pouvoirs publics."

Pour Magali Verdonck, docteure en économie, chercheuse spécialisée en finances publiques à l’ULB (Dulbea), le débat n’a pas de réponse unique. "Ce n’est pas mathématique de dire qu’il faut prendre en compte [le secteur de la santé] ou pas dans le calcul. C’est un choix de société", estime-t-elle. "Si toute la santé était privatisée, ils diraient : c’est de l’emploi privé, alors c’est bon".

"Peut-être que les besoins publics ont augmenté", avance Magali Verdonck pour expliquer cette différence entre public et privé. "On a eu un pic démographique au niveau des enfants dans les écoles, et un papy-boom qui fait qu’il y a beaucoup de demandes dans les maisons de repos et les soins de santé."

Quant à la croissance plus rapide du secteur de la santé par rapport aux autres, Jean Hindriks n’y voit rien d’anormal. "Tout est tiré par les soins de santé. Il n’y a rien de spécifique à la Belgique, c’est mondial, et c’est lié au vieillissement", explique-t-il. "La population est prête à payer pour des soins de santé. C’est la demande qui crée l’offre."

Magali Verdonck avance une autre explication, liée à la nature même de ces métiers. "La plupart des emplois publics sont des emplois où l’humain est indispensable : l’enseignement, une infirmière, un policier, quelqu’un au guichet d’une commune", détaille-t-elle. "Les entreprises ont beaucoup plus de liberté, dans un tas de secteurs, pour remplacer le travail par du capital, par des machines." Il est donc logique, selon elle, que l’emploi n’évolue pas au même rythme dans les deux secteurs.

Sur quoi repose l’idée que l’État "cannibalise" le marché du travail ? "Le principal argument se situe au niveau fiscal", répond la FEB. Chaque emploi public doit être financé par l’impôt ou par la dette. "Il faut veiller à ce que la croissance de l’emploi financé par les pouvoirs publics reste compatible avec la capacité de l’économie marchande à financer ces dépenses par l’impôt", insiste la fédération. Vient ensuite l’effet d’éviction : "Les employeurs publics et privés puisent dans un même réservoir de travailleurs et de compétences."

Pour appuyer ce second point, la FEB cite une étude publiée en 2012 par les économistes français Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg dans la Revue d’économie politique. Ses conclusions vont dans son sens. "À chaque fois que l’État décide de créer 10 emplois publics, il en résulte directement ou indirectement une perte de 15 emplois privés", écrivent les auteurs, sur la base de 17 pays de l’OCDE entre 1960 et 2000.

L’étude a cependant ses limites pour juger la situation actuelle. Ses données s’arrêtent en 2000, là où commence la période visée par la FEB. Et les auteurs eux-mêmes invitent à la prudence : "Ce résultat ne signifie pas que le secteur public est trop important." Ils ajoutent que "plus que la taille du secteur public, c’est la nature des emplois publics qui a de l’importance", et voient dans l’ampleur de l’emploi public le reflet "d’une histoire et d’un choix de société". L’expression même employée par Magali Verdonck.

Magali Verdonck, elle, ne croit pas que public et privé attirent les mêmes candidats pour les mêmes raisons. "Ce n’est pas juste parce que le secteur public engage plus, c’est parce que les conditions sont plus intéressantes au quotidien. Et le sens, surtout", explique-t-elle. "Les mêmes profils, mais [ils n’ont] manifestement pas les mêmes aspirations."

En conclusion :

  • Le calcul de la FEB est correct : en suivant sa méthode, l’emploi que la FEB définit "public" a progressé de 43% depuis 2000, contre 19,5% dans le privé. Mais sa définition du "secteur public" inclut tous les emplois de la santé et de l’action sociale, hôpitaux privés et médecins indépendants compris.

  • Un hôpital n’est pas automatiquement classé parmi les administrations publiques au sens du SEC 2010, et le plan de la FEB ne le précise pas, seul son CEO le mentionne dans L’Echo.

  • Si l'on fait le même calcul avec le code S.13 de la Banque nationale de Belgique, avec une définition qui correspond à l'ensemble du secteur institutionnel des administrations publiques selon la classification européenne SEC 2010, l’emploi public a progressé de 28% entre 2000 et 2024, contre 23% pour le reste de l’économie. Soit près de 1,2 fois plus vite que le reste de l'économie.

  • En nombre de travailleurs, le secteur privé reste, de loin, le premier employeur du pays, et c’est lui qui a créé le plus d’emplois depuis 2000.

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