Manifestations en France : 70.000 policiers mobilisés, cortège calme à Paris, tensions à Lyon

Gilets jaunes, syndicats, lycéens et étudiants se mobilisent de nouveau, samedi, pour le pouvoir d’achat et la défense des services publics malgré l’interdiction de nombreux cortèges sur fond de forte tension, une semaine après les violences et pillages qui ont ébranlé l’exécutif.
Les Gilets jaunes prévoient plus de 800 mobilisations en France samedi, dont 500 manifestations : des actions sont prévues sur 86 ronds-points, 21 stations-service, deux dépôts pétroliers, 33 gares, trois ports, 17 ponts, 17 péages, selon une carte publiée sur leur site internet.
Les cortèges autorisés samedi défileront dans une ambiance électrique, entre désaccords sur les parcours et interdictions. Car les restrictions se sont multipliées au fil de la semaine dans de grandes villes, avec notamment des couvre-feux nocturnes et interdictions de manifestations, des interdictions parfois suspendues par la justice administrative.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a affirmé vendredi soir que "le niveau de menace rest (ait) élevé", ciblant particulièrement "l’ultragauche" et "la délinquance". Il a défendu un dispositif sécuritaire adapté après les débordements du 17 octobre.
Militaires de la force Sentinelle, unités d’élite de la police et de la gendarmerie, comme le Raid ou le GIGN, hélicoptères et blindés : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, critiqué de toutes parts pour la gestion du week-end dernier, a annoncé pour samedi un dispositif policier "massif", avec 70.000 policiers et gendarmes mobilisés, soit près de 20% de plus que la semaine précédente.
Il a prévenu que les forces de l’ordre seraient "intraitables" face à d’éventuels casseurs, une semaine après des dégradations commises en marge de la mobilisation contre la vie chère surtout à Paris, Marseille et Lyon, y compris le lendemain. Près de 3000 commerces ont été vandalisés. Le week-end dernier, 550.000 personnes avaient défilé dans le pays, selon les autorités.
Les manifestations sont interdites dans une vaste partie du centre-ville de Lyon, où plus de 150 commerces ont été dégradés et l’office de tourisme incendié le 17 octobre. Un rassemblement d'environ un millier de personnes qui s'était formé sur une place dans le sud de la ville, hors du périmètre interdit de manifestation par la préfecture, a été dispersé par les forces de l'ordre. Les forces de l'ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser la foule rassemblée sur la place Jean-Macé, qui s'est scindée dans la confusion.
À Marseille, après avoir annoncé l’interdiction de tout rassemblement, la préfecture a finalement accordé une autorisation "à titre dérogatoire" à la manifestation intersyndicale. Le couvre-feu pour les mineurs dans l’hypercentre de la ville et certaines zones commerciales a été élargi aux majeurs pour les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi.
Si une manifestation syndicale se tiendra à Strasbourg, des interdictions de manifester ont été prises dans de nombreuses villes dont Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre, Toulon.
A Limoges, après avoir été interdites, les manifestations ont été autorisées par la justice administrative. Mais, le préfet de Haute-Vienne, en France, a publié samedi un nouvel arrêté interdisant tous les rassemblements de plus de 20 personnes dans une vaste partie de Limoges.
Plus d’un millier de personnes ont donc convergé vers un point de rassemblement dans le centre de Limoges, relayé sur les réseaux sociaux, avant d’apprendre, juste avant 14h00, horaire prévu du début de la mobilisation, que le préfet avait pris un nouvel arrêté. "Donc on nous dit que c’est possible, puis ça ne l’est plus… Ils cherchent juste un prétexte pour aller au contact avec nous et nous disperser ?", a déclaré Cécile, interrogée par un correspondant de l’AFP, avant que le cortège ne s’ébranle.
Autre point sensible du week-end : Orléans, où le congrès du Rassemblement national se réunit ce samedi après-midi, à six mois de l’élection présidentielle, en présence de plusieurs milliers de sympathisants. L'événement a débuté peu avant 15H00 au Zénith de la préfecture du Loiret.
Quelque minutes auparavant, un incident est survenu dans les gradins, lorsqu'une équipe vidéo de Mediapart, prise à parti par des militants, puis hué par la salle qui scandait "Mediapart dehors", a été brièvement exfiltrée par le service de sécurité du RN. Les journalistes ont ensuite pu regagner la salle avant l'ouverture officielle du congrès. Le site d'investigation est vertement critiqué par les membres et sympathisants du RN depuis ses révélations fin septembre sur des écrits de jeunesse antisémites attribués à Jordan Bardella - qui conteste farouchement en être l'auteur et a déposé plainte pour diffamation.
Plus tôt dans la journée, entre 13.000 et 26.000 manifestants, selon la préfecture ou les organisateurs, ont défilé près du centre-ville contre la présence du parti d'extrême droite. Le parcours avait été modifié pour éviter le centre-ville. "La manif, ce n’est pas ce que l’on craint, c’est plutôt à partir de la dispersion", a expliqué le maire d’Orléans, Serge Grouard.
Pour encadrer la manifestation et sécuriser le congrès du RN, tous les effectifs de police ont été mobilisés, renforcés par quinze compagnies de CRS et de gendarmes mobiles. Soit près de 3000 hommes "bien équipés" avec deux blindés Centaure, des engins lanceurs d’eau, des hélicoptères et des drones, prêts à contenir les 2000 à 3000 "éléments radicaux" qui pourraient se fondre dans la masse, selon les autorités.
Le maire, Serge Grouard, a annoncé samedi dans la matinée l’instauration d’un couvre-feu sur l’ensemble de la commune durant les deux prochaines nuits pour les mineurs de moins de 15 ans. "Cette mesure préventive s’inscrit dans la volonté de prévenir tout trouble à l’ordre public, de limiter les risques de débordements et de garantir la sécurité des personnes dans un contexte de rassemblements annoncés", a-t-il déclaré dans un communiqué.
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