Espèce menacée | Pas facile de sauver la couleuvre brune

Des efforts sont déployés sur les chantiers de construction pour sauvegarder la couleuvre brune dont l’espèce est menacée, mais il est difficile d’évaluer si ces efforts portent leurs fruits. Faute de registre provincial, le dénombrement de la population de couleuvres brunes rescapées est impossible, a constaté La Presse.
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À L’Île-des-Sœurs, les travaux d’aménagement d’une piste à rouleaux (parcours en boucle pour les vélos de style BMX et planches à roulettes) sur un terrain habité par la couleuvre brune ont commencé à la mi-août. Au total, l’arrondissement a orchestré 47 opérations avec des biologistes en deux ans pour capturer les couleuvres et les relocaliser sur le terrain voisin. La cible était de 200, mais à peine 56 couleuvres ont été identifiées avec un marqueur, puis déplacées, selon deux rapports de capture-relocalisation déposés auprès de l’arrondissement par la firme Biodiversité conseil.
PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
Les restes d’une pancarte de l’arrondissement de Verdun expliquant qu’une opération de capture-relocalisation de la couleuvre brune était en cours du mois d’avril au mois de juin 2025
Dans les rapports rendus publics, il est expliqué qu’un bon nombre des couleuvres a possiblement regagné son habitat d’origine voué à être excavé. Les couleuvres sont territoriales, mais il est impossible de savoir avec exactitude ce qui est advenu des délocalisées, adultes ou juvéniles.
« L’idéal serait de retourner un an ou deux ans plus tard pour tenter de repérer les couleuvres marquées et relocalisées. On saurait alors si elles ont survécu. Pour le moment, on ne le sait pas », résume la biologiste et présidente de la firme Biodiversité conseil, Kim Marineau.
Pas ou peu de données
De 2021 à 2026, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) a octroyé 189 permis de relocalisation de couleuvres brunes dans la région métropolitaine, selon des documents obtenus par La Presse en vertu de la loi d’accès à l’information. Mais il n’existe aucune compilation du nombre de couleuvres identifiées et délocalisées.
Ces permis ont été octroyés pour divers projets comme le prolongement de l’autoroute 19, la construction d’un quai au dépôt à neige de la carrière Saint-Michel, la construction d’un immeuble de 70 logements à Laval ou la construction d’une école secondaire à Anjou, par exemple.
Pour chaque permis, le Ministère exige qu’un rapport de conformité des interventions de sauvetage de la couleuvre lui soit transmis. Toutefois, le MELCCFP ne « détient pas de document de synthèse ou de base de données spécifiquement sur les couleuvres brunes déplacées », a confirmé Louis Potvin, porte-parole du Ministère.
La couleuvre brune est une espèce faunique désignée « menacée » en vertu de la loi, mais aussi du Règlement d’application sur les espèces fauniques menacées ou vulnérables et leurs habitats, a précisé M. Potvin. « Toutefois, les caractéristiques de son habitat ne sont pas définies. Contrairement à ce qui se passe pour d’autres espèces, aucun habitat de la couleuvre brune ne peut actuellement être désigné ni protégé à titre d’habitat d’une espèce faunique menacée ou vulnérable », a-t-il ajouté.
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Le chef technique de l’arrondissement de Verdun, Jean Cardin, appuyé contre la clôture géotextile installée dans le périmètre de l’habitat de la couleuvre brune
Cet été, le chef des études techniques de l’arrondissement de Verdun, Jean Cardin, a arpenté le territoire des couleuvres, voisin du parc Adrien-D. Archambault, en compagnie de La Presse. Il explique que l’arrondissement a multiplié les efforts pour sauvegarder l’espèce avant le début de la construction de la piste à rouleaux. Une clôture géotextile a d’ailleurs été déployée sur un périmètre de 4637 m2 au pourtour des opérations de relocalisation pour éviter que les couleuvres reviennent à leur point de départ.
Mais il est impossible d’avoir un décompte précis de la population de couleuvres, de savoir si elles ont survécu, confirme M. Cardin.
La biologiste Kim Marineau rappelle, pour sa part, que des espèces disparaissent à un rythme sans précédent.
« Il y a des constructions essentielles, comme les écoles. Mais, pour certains projets de loisirs, il faudrait se demander si c’est vraiment nécessaire de sacrifier un habitat. Il faudrait se demander si on en a vraiment besoin, si ce n’est pas une mode passagère. La couleuvre brune a besoin de trous pour être à l’abri durant l’hiver. Elle est résistante, mais pas à n’importe quel endroit. Il y a des limites à la déplacer. »
Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse
Consultez la liste des espèces fauniques menacées ou vulnérables
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