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Wednesday, October 7, 2026

« The Social Reckoning » : il est où, le cinéma ?

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Analyste de données chez Facebook, Frances Haugen s’allie avec Jeff Horwitz, du Wall Street Journal, pour dénoncer l’aveuglement volontaire dont fait preuve l’entreprise qui l’emploie. En 2021, elle va couler des dizaines de milliers de pages de documents internes. Dans ces Facebook Files, on retrouve des données recueillies par des enquêtes internes prouvant entre autres que le réseau social sert de véhicule au contenu haineux et contribue ainsi à alimenter la violence ; qu’il participe à détériorer la santé mentale des jeunes ; qu’il se fiche de promouvoir des nouvelles mensongères. Et qu’il nuit carrément à la démocratie — la démonstration suprême en étant l’attaque du Capitole américain, un certain 6 janvier.

La jeune femme le sait, des mesures permettant un contrôle quelconque sont nécessaires. Mais elles provoqueraient (horreur !) une diminution de l’engagement des utilisateurs. Donc, une perte de revenus. Et de ça, il n’est pas question. Même minimes. Ce qu’elles ne seraient pas, parce que rien ne l’est au royaume des milliards où trône Mark Zuckerberg.

Après le formidable The Social Network, écrit par Aaron Sorkin et réalisé par David Fincher en 2010, voici le beaucoup moins formidable The Social Reckoning (Le jugement social en V.F.), où Aaron Sorkin (la série The West Wing et The Trial of the Chicago 7) agit en solo puisqu’il est au scénario et à la réalisation.

C’est dans cette omniprésence aux postes clés que le bât blesse.

Les mots avant tout

Scénariste d’envergure, homme de mots qui en veut beaucoup (de mots), il n’a que peu d’intérêt pour la mise en scène. La comparaison avec le travail de Fincher n’est pas à son avantage. À l’exception de l’assaut du Capitole (terrifiant, mais livré au compte-goutte), on va ici d’une scène bavarde à l’autre, d’un enchaînement de champs-contrechamps sans imagination où un chiffre (de préférence monumental) n’attend pas un pourcentage (sidérant), le tout coincé entre des piles de dollars (de taille indécente pour le commun des mortels).

On en a plein les oreilles. Pas plein la vue. Impossible de ne pas (re)penser à la délirante scène d’ouverture de The Social Network, avec son montage rapide et son texte mitraillé qui donnait le ton à tout ce qui allait suivre. Aaron Sorkin tente de recréer l’effet dans un prologue mettant en scène une jeune femme que l’on comprendra plus tard radicalisée par le réseau social. Mais c’est sans relief et, tout au plus, utilitaire.

On oublie aussi l’émotion, qui participait à l’effet du film de Fincher. Zuckerberg trahissant sans sourciller Eduardo Saverin, son meilleur et longtemps son seul ami : impossible d’y rester insensible. Sous l’égide de Sorkin, les choses sont dites, jamais incarnées. Malgré une actrice et un acteur très investis.

Mikey Madison (Once Upon a Time in Hollywood, Oscar de la meilleure actrice pour Anora) est solide dans son interprétation d’une Frances Haugen désillusionnée qui croyait, naïvement mais sincèrement, que la mission du réseau social était de rapprocher les gens ; et qui juge maintenant qu’il est de son devoir de révéler ce qui en est vraiment.

Face à elle, en Jeff Horwitz, un Jeremy Allen White (la série The Bear, Springsteen: Deliver Me from Nowhere) en forme, bien servi par quelques flèches humoristiques et des répliques assassines (« Ce qui me perturbe n’est pas que vous mettiez le journalisme en danger, mais que vous le fassiez aussi mal »).

Strong, moins fort

Jeremy Strong (la série Succession, The Apprentice), dans tout ça ? Robotique à souhait, il prend la relève de Jesse Eisenberg dans le rôle de Mark Zuckerberg qui se prépare à répondre aux questions devant un comité du Congrès (et à choisir sa cravate). Qu’en dire sinon qu’il imite le milliardaire plus qu’il ne le joue ? Le… modèle de départ est possiblement ainsi, mais l’effet, à l’écran, sent la caricature plus que l’incarnation.

Reste que l’importance de ce qui est raconté, expliqué, étalé en long et en large dans le long métrage est indéniable. C’est affolant. Pour son contenu, The Social Reckoning est un film important. Le problème, ici, est le contenant.

Pourtant. De All the President’s Men d’Alan J. Pakula à Spotlight de Tom McCarthy, en passant par The Post de Steven Spielberg, The Insider de Michael Mann à She Said de Maria Schrader, les œuvres cinématographiques inspirées d’enquêtes journalistiques ont donné lieu à des adaptations remarquables, dans le fond comme dans la forme, au grand écran. Leur point commun : un réalisateur à leur barre.

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