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Friday, October 23, 2026

Crise de l’itinérance | L’ex-première ministre Pauline Marois en mission

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Depuis un an, l’ancienne première ministre du Québec Pauline Marois fait de l’itinérance une affaire personnelle. Avec son mari, Claude Blanchet, elle est « sur le terrain » à la recherche de solutions à la « crise humanitaire » qui secoue la province. Récit d’une quête, les deux pieds dans la boue sur la friche Notre-Dame.

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Deux douches avec des rideaux de plastique bon marché. Des planches de bois avec des signes évidents de moisissures. Des graffitis vulgaires sur les murs. Zéro intimité.

Une odeur désagréable – mélange d’urine et d’humidité – flotte dans l’air.

« Les gens se déshabillent les uns devant les autres ? »

« Comment gérez-vous la mixité ? »

Pauline Marois et Claude Blanchet balaient des yeux le vestiaire vétuste de l’ancien aréna Hochelaga, l’air sonné. Le couple multiplie les questions.

Nous sommes dans l’un des trois refuges d’urgence gérés par le CAP St-Barnabé – organisme communautaire situé au cœur d’Hochelaga.

Sa directrice, Michelle Patenaude, ne met pas de gants blancs. « On le sait que ça n’a pas d’allure. On a ouvert en dix minutes au début de la pandémie pour sauver des vies, dit-elle. C’était ça ou les gens seraient morts de froid, n’ayant nulle part où aller. »

PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE

La directrice du CAP St-Barnabé, Michelle Patenaude (à gauche), répond aux questions de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, de Claude Blanchet et de Pauline Marois.

Il était prévu que le refuge d’urgence situé dans un ancien YMCA délabré reçoive 50 personnes en situation d’itinérance. Il en héberge aujourd’hui 185. Ce qui devait être temporaire est devenu permanent. Et il déborde chaque soir.

L’ancienne première ministre du Québec a accepté que La Presse la suive une journée cet automne, dans sa tournée d’organismes en itinérance. « Je n’ai pas besoin de lumière », nous a-t-elle prévenus, mais cette « crise humanitaire », elle, est loin de recevoir l’attention qu’elle mérite.

« Le terme n’est pas trop fort », insiste celle qui a convaincu l’été dernier tous les chefs de parti à s’engager à tenir un sommet de l’itinérance dans la première année de leur mandat s’ils étaient élus.

Jeudi, l’ancienne première ministre était d’ailleurs de retour au parlement pour donner une formation aux députés péquistes lors d’une réunion du caucus. Elle en a profité pour rappeler que le fait de confier au premier ministre la responsabilité de contrer l’itinérance lance un message fort à la « machine ».

La centralisation de la question de l’itinérance au bureau du premier ministre pourra aider à régler les problèmes de coordination qu’il y a à l’intérieur de l’appareil de l’État, a-t-elle dit en conférence de presse à Québec.

Annonce dès ce vendredi

Le nouveau gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon débloquera dès ce vendredi des sommes d’urgence pour les organismes et les ressources en itinérance. Cette première annonce survient jeudi soir alors qu’un autre décès d’une personne en situation d’itinérance, à Sorel-Tracy cette fois-ci, vient d’être annoncé. « Une autre personne en situation d’itinérance est décédée alors qu’elle venait tout juste de se retrouver à la rue », a réagi Paul St-Pierre Plamondon dans une publication Facebook jeudi soir. Il réagissait au décès de Brigitte Côté, 66 ans, qui a été retrouvée sans vie dans la nuit du 4 au 5 octobre tandis qu’elle tentait de se réchauffer dans les toilettes de la gare fluviale à Sorel-Tracy. La sexagénaire était en situation d’itinérance depuis quelques semaines à peine.

Caroline Touzin, La Presse

Lisez « Lutte contre l’itinérance : De l’argent pour les organismes et les ressources dès demain, annonce St-Pierre Plamondon »

Pas de logements de transition

« Deux douches pour 185 personnes ? », répète Mme Marois, en visitant le refuge Hochelaga. Il y en a une ou deux de plus au sous-sol, mais elles sont tout le temps brisées. Les gens, en entrant ici, « perdent leur dignité », répond Mme Patenaude.

Femmes, hommes, chiens et chats cohabitent tant bien que mal.

Certains y vivent depuis l’ouverture il y a six ans.

« On voudrait bien leur trouver un logement de transition, mais il n’y en a pas de libres », explique la directrice du Cap St-Barnabé. Ceux qui vivent en appartement de transition stagnent sur des listes d’attente pour un logement social, ajoute-t-elle. En d’autres termes, c’est un « goulot d’étranglement », résume un Claude Blanchet attentif.

Chaque soir, ces gens couchés dans des cubicules à trois murs de toile de plastique blanche tentent de trouver le sommeil sous des néons agressants. Au couvre-feu, on ferme « le breaker », illustre Mme Patenaude.

Le couple Marois et Blanchet termine ce jour-là sa visite des hébergements d’urgence montréalais. « Ici, c’est le pire que nous ayons vu. Ça ressemble à un camp de réfugiés », lâche l’ancienne femme politique de 77 ans en se tournant vers son complice des 60 dernières années.

Ce n’est pas une critique envers le CAP St-Barnabé, prévient Mme Marois, « admirative de la bienveillance de l’équipe ».

Le coupable est ailleurs : le filet social a des trous béants ; le communautaire fait ce qu’il peut avec les moyens qu’on lui donne, dit-elle.

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