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Tuesday, October 27, 2026

Crise de l’itinérance à Montréal | « Ça ressemble à des bidonvilles »

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Des campements de sans-abri ont pris des allures de bidonvilles à Montréal. Des constructions permanentes en bois, munies de génératrices ou de panneaux solaires et même de douches de camping, sont devenues si nombreuses que la Ville lance la recension de ces « structures », a appris La Presse.

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Jonathan Valois est en plein chantier.

« Ici, je vais mettre le poêle à bois. Je vais isoler le mur qui est derrière avec de la laine ignifuge. C’est plus sécuritaire. »

L’homme de 43 ans s’installe pour l’hiver. Pas question de geler dans une tente. Il se construit une cabane en bois. Il a déjà prévu où placer son lit en mezzanine « pour profiter de la chaleur ». Il utilisera la porte vitrée isothermique d’un cellier comme fenêtre.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Jonathan Valois est l’un des occupants du bois Steinberg.

Nous sommes dans le bois Steinberg, un ancien terrain industriel transformé en parc près du Stade olympique. Ici vivent entre cinq et huit résidants permanents. L’été, la population peut monter jusqu’à une quinzaine.

L’endroit a des airs de terrain de camping champêtre. D’étroits sentiers serpentent entre les arbres vers des maisonnettes dont les propriétaires ont manifestement des aptitudes variables en menuiserie.

Le voisin de Jonathan Valois a bâti une maison à deux niveaux, avec une terrasse au deuxième. « Ça ne passera pas l’hiver. Il a monté ça avec des vis et des clous », prédit M. Valois, un ancien travailleur de la construction qui s’est retrouvé à la rue après des démêlés avec la justice.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Une habitation à deux niveaux dans le bois Steinberg

Des « structures » partout en ville

La Ville de Montréal a « constaté la présence de diverses structures occupées par des personnes en situation d’itinérance dans différents secteurs de la métropole ». « La démarche de recensement vise à nous donner un portrait clair de la situation sur le terrain afin de guider nos actions », explique Maude Ouellette-Archambault, attachée de presse du cabinet de la mairesse, dans une déclaration envoyée à La Presse.

« Avec l’arrivée de l’hiver, certaines installations peuvent présenter des risques importants pour les occupants, qu’ils soient liés à leur structure ou à l’utilisation de systèmes de chauffage de fortune augmentant les risques d’incendie, lit-on. Chaque cas doit être évalué selon ses propres réalités, puisque ces structures d’habitation ne sont pas régies par le protocole municipal de gestion des campements. »

Le Service de sécurité incendie de Montréal a justement envoyé vendredi un avis de déconstruction aux occupants d’un campement semi-permanent dans le quartier Villeray, jugé « dangereux pour les risques d’incendie ». On a retrouvé sur place des bonbonnes de propane, des bidons d’essence, une génératrice, un climatiseur et un grille-pain.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

La cabane d'un des résidants du bois Steinberg

Dans les campements de sans-abri, de plus en plus de campeurs vivent dans des constructions élaborées.

Dans certains cas, « ça commence à ressembler plus à un bidonville qu’à un campement », dit Matthieu Davoine-Tousignant, coordonnateur au TRAC, un organisme communautaire qui couvre le Sud-Ouest.

On est loin d’une favela, mais ça reste que c’est le début. Il faut agir tout de suite, justement, pour qu’on n’en arrive pas à ça.

Matthieu Davoine-Tousignant, coordonnateur au TRAC

Vice-présidente aux services à la Mission Old Brewery, Émilie Fortier admet que le terme « frappe l’imaginaire ». « Mais oui, ça ressemble à des bidonvilles. C’est difficile de ne pas être d’accord avec cette affirmation-là. »

M. Davoine-Tousignant remarque que cette année, davantage de sans-abri semblent s’équiper pour passer l’hiver dehors. « Ils ont l’air d’avoir le goût de se préparer au froid. »

Installé à long terme

Jonathan Valois vit dans le bois Steinberg depuis trois ans. Il nous fait visiter son installation d’été. Une série de tentes, de panneaux de plastique et de grandes bâches qui servent de toit et de murs à sa cuisine, à son atelier et à sa chambre.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Jonathan Valois dégaine un fil de cuivre dans son atelier.

À côté de son BBQ, il a rangé des contenants d’épices variées dans une boîte électrique. Il s’est acheté une génératrice en rabais chez Canadian Tire. Le quadragénaire s’est même procuré une machine à dénuder qui lui permet de dégainer les fils électriques sans endommager les brins de cuivre qu’il ramasse pour gagner sa vie. Il ne veut pas dépendre de l’aide sociale. « Tant qu’à travailler pour quelqu’un, aussi bien travailler pour moi. »

Quelques centaines de mètres plus loin, on entend la scie à chaîne de Stéphane Guyon. Bien que moins ferré en construction, il a bâti l’enveloppe de sa maisonnette en une journée. Le toit l’inquiète. « Je ne sais pas si ça va résister à la neige. Je vais le solidifier avec une poutre. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Stéphane Guyon commence ses journées avec un bon café.

M. Guyon a 54 ans. Il est ici depuis un an. Il a des panneaux solaires, un ordinateur portable, un petit coin cuisine, à l’extérieur jusqu’à ce que sa maison soit prête, avec son café Van Houtte moulu.

Invalide, il s’est retrouvé dans la rue après une rénoviction. L’aide sociale – 845 $ par mois – ne lui permet pas de louer un appartement décent.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Stéphane Guyon en pleins travaux

Tant qu’à vivre dans un trou à rats, j’aime mieux être ici. Ce qui me manque le plus, c’est l’eau courante. C’est plus compliqué de se laver et quand tu as envie d’aller aux toilettes, l’hiver, en pleine nuit, disons que c’est moins agréable.

Stéphane Guyon

Une forme d’autonomie

Construire « un petit shack » représente une forme d’autonomie pour les sans-abri, croit Matthieu Davoine-Tousignant. « Ça parle d’une certaine recherche de dignité. »

La multiplication de ces structures témoigne d’un angle mort dans l’offre de services à un segment de la clientèle sans domicile fixe, croit Émilie Fortier. « Quand la personne est capable de s’installer avec de l’électricité, de l’eau, d’y faire sa cuisine : elle est capable d’être autonome en logement. Ce qu’elle ne souhaite pas, c’est rentrer dans un hébergement. »

Matthieu Davoine-Tousignant souligne que certaines personnes ne veulent plus fréquenter les refuges, car les règles sont trop nombreuses. Plusieurs s’y sentent infantilisés. D’autres y sont refusés.

Or, les services d’hébergement temporaires comme les refuges ou les haltes sont généralement la porte d’entrée pour avoir éventuellement accès à un logement abordable, souligne Mme Fortier.

Douche et électricité

Matthew McGrath a récemment élu domicile dans le cube d’un camion dans le campement Saint-Rémi, après avoir perdu le logement qu’il occupait depuis sept ans. Un habitant du quartier aurait laissé la remorque dans ce terrain vague, blotti entre un chemin de fer et une autoroute dans le quartier Saint-Henri, dit l’homme de 44 ans.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Matthew McGrath dans la boîte de camion qui lui sert de logement

« Je ne serais plus ici si j’étais dans une tente, elles peuvent être inondées, elles prennent en feu. Ce n’est définitivement pas sécuritaire », dit celui qui a vécu plusieurs périodes de sa vie dans la rue depuis l’âge de 13 ans.

Il pleut des cordes lors de notre visite.

Ici, les tentes côtoient des camionnettes qui n’ont plus de roues et des autoconstructions faites de palettes de bois, d’anciennes clôtures de métal, de couvertures et de bâches. Un homme vit même dans un conteneur avec ses chatons.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Au campement Saint-Rémi, dans Saint-Henri, on trouve toutes sortes d’habitations.

Sur le toit de sa remorque, Matthew McGrath a installé un panneau solaire qui lui permet de recharger son téléphone. À l’intérieur, un matelas et beaucoup d’effets personnels. Un très, très long boyau d’arrosage branché sur la résidence d’un ami lui permet d’avoir l’eau courante. Un barbecue est installé devant sa porte.

J’ai les matériaux pour isoler pour cet hiver. J’attends juste que la pluie cesse pour sortir toutes mes choses d’ici pour le faire.

Matthew McGrath

Un peu plus loin, Paul Moscato s’est construit une demeure avec du bois contreplaqué qu’il a recouvert de couvertures et de bâches. Le tout est surmonté d’un gazebo.

« J’ai un divan, un lit et un four. » L’hiver, il chauffe l’espace avec un poêle à bois. Son abri est branché sur une génératrice. Il possède un évier qui fonctionne avec une pompe.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Paul Moscato dans son abri

« Je suis encore en train de construire », dit-il. Il a trouvé une fenêtre qu’il compte bientôt installer. « J’ai mon intimité ici, je ne veux pas avoir cinq colocataires, c’est trop de drama. »

Il se prépare à vivre l’hiver dehors. Comme Matthew McGrath, il estime avoir vécu de très mauvaises expériences dans les refuges.

« Je pense aux colons qui se sont installés ici avec leur famille. S’ils ont pu le faire, moi aussi. »

Qu’est-ce qu’un bidonville ?

Selon la définition des Nations unies, pour qu’on considère que des résidants sont établis dans un bidonville, ils doivent souffrir d’un ou de plusieurs des éléments suivants :

  • Absence de source d’approvisionnement améliorée en eau
  • Absence d’installations sanitaires améliorées
  • Absence d’espace de vie suffisant
  • Non-durabilité du logement
  • Absence de sécurité foncière
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