“Je ne suis qu’un être humain”: les confidences bouleversantes de Zelensky sur le poids de la guerre
Des nuits blanches, des rencontres avec des parents qui ont perdu leurs enfants et la crainte permanente de nouvelles attaques russes. La guerre laisse des traces profondes chez le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Dans un long entretien étonnamment personnel, il raconte comment ces dernières années l’ont transformé. Des confidances au cours desquelles il se montre visiblement ému.
Ine Holmstock, Kevin Dupont
Source: HLN
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Comment va Volodymyr Zelensky, en dehors de son rôle de président? C’est la question que lui a posée le podcasteur britannique Steven Bartlett dans un épisode de “The Diary of a CEO”. Zelensky n’a pas besoin de réfléchir longtemps avant de répondre. Il admet que les choses sont difficiles.
L’entretien a été enregistré le 16 octobre à Bruxelles et publié en début de semaine. Selon le magazine économique américain Forbes, les créateurs de ce podcast très populaire dans la sphère anglophone tentaient depuis sept mois déjà d’organiser une interview avec Zelensky. Le président ukrainien a eu l’occasion de s’exprimer longuement sur sa vie, sa famille et les événements qui l’ont le plus marqué ces dernières années.
Des enfants qui n’ont connu que la guerre
L’un des moments les plus poignants survient dès le début de l’entretien, lorsque Bartlett montre une photo des conséquences d’une attaque russe à la roquette sur une aire de jeux. Zelensky reconnaît immédiatement l’endroit. Il s’y était rendu lui-même après l’attaque et se souvient comment des enfants et des passants innocents y ont perdu la vie.
Selon lui, le missile a frappé si rapidement que l’alerte aérienne n’a pratiquement pas laissé aux victimes le temps de se mettre à l’abri. Certains parents étaient chez eux et ont vu depuis leur fenêtre leurs enfants se faire tuer. “Pouvez-vous imaginer regarder par votre fenêtre et voir l’un de vos enfants se faire déchiqueter de la sorte?”, demande Zelensky.
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Le président affirme que sa propre tristesse n’est rien comparée à la douleur des parents. Il est profondément ému par le fait que certains enfants n’aient pratiquement pas eu la chance de vivre. Il pense également à ceux qui n’ont connu que la guerre, le conflit ayant commencé il y a quatre ans et demi lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. “Il y a des enfants qui n’ont jamais su ce qu’était la paix, c’est terrifiant”, dit-il. Si les adultes se souviennent encore de ce qu’est une vie sans alerte aérienne ni bombardements, leurs enfants doivent au contraire constamment se réfugier chaque nuit dans des abris, pour constater en remontant chaque matin que certains des leurs ont été tués.
Les pertes sont insupportables
Les nuits du président sont entièrement accaparées par la guerre. Lorsqu’on lui demande s’il dort suffisamment, Zelensky va droit au but: “Je vais être honnête. Je ne dors pas”. Il se dit en contact permanent avec les troupes. “Chaque nuit, je parle à nos gars qui s’occupent de la défense aérienne”, afin de déterminer où du matériel est nécessaire. “C’est un dialogue permanent qui, bien sûr, vous empêche de dormir.”
Depuis l’invasion russe de 2022, il lui est impensable de dormir huit heures d’affilée. “Je ne me plains pas, pas du tout”, insiste-t-il. Ce sont les pertes humaines qui lui pèsent le plus, surtout lors de la remise à titre posthume de la plus haute distinction, celle de “Héros d’Ukraine”, aux parents des militaires tombés au combat.
Tout en racontant cela, Bartlett remarque que Zelensky a les larmes aux yeux. “Je suis un être humain. Je n’ai pas honte d’être qui je suis”, répond Zelensky. “Je ne suis pas l’homme le plus fort du monde.”
Tenir le coup grâce à la famille
Lorsque Bartlett lui demande d’où il puise ses forces, Zelensky n’a pas besoin de réfléchir longtemps. “Mes enfants. Mes enfants”, répète-t-il, tout en expliquant vouloir être un exemple pour eux, sans cacher ses émotions. “Soyez forts, soyez aussi courageux que possible, mais ne cachez pas votre douleur quand vous la ressentez. C’est là aussi que réside notre force.” Ses enfants lui permettent de garder les pieds sur terre, confie-t-il. “Je veux qu’ils soient fiers de moi.”
Zelensky s’attarde également sur la différence entre sa propre enfance et celle de ses enfants. Lui-même est né en Union soviétique, tandis qu’eux grandissent dans une Ukraine indépendante. “Ce sont des patriotes, ils aiment leur pays. Et leur pays, c’est l’Ukraine.”
De comédien à président en temps de guerre
Bartlett montre également à Zelensky des images de sa carrière passée en tant qu’humoriste, acteur et scénariste. L’actuel président a ainsi remporté la version ukrainienne de “Danse avec les stars” et a prêté sa voix au petit ours Paddington, un personnage auquel il s’identifiait. Même lorsqu’il était déjà président, on lui a proposé de participer à une suite du film, mais le projet n’a finalement pas abouti.
Zelensky a également joué un rôle dans la série humoriste “Serviteur du peuple”, qui s’est avérée être un étrange présage de la réalité. Il y incarnait un simple professeur d’histoire qui se retrouve par hasard à la présidence de l’Ukraine. Un rôle qu’il allait plus tard reproduire dans la réalité avec un parti portant le même nom de “Serviteur du peuple”. “Ça ressemble à un scénario plutôt bien ficelé”, sourit Zelensky avec le recul. “Mais honnêtement, ce n’était pas si calculé que ça.”
Ses ambitions politiques se sont progressivement renforcées après l’occupation russe de la Crimée et du Donbass en 2014. Ces événements ont bouleversé sa vision de la Russie. “On avait ce sentiment d’avoir été trahis par la Russie. Toute cette période nous a changés”, raconte-t-il. Pour lui, c’était clair: il lui fallait se lancer en politique.
Le tournant le plus décisif de sa vie s’est toutefois produit le 24 février 2022, lorsque la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Zelensky se souvient de ces premières heures angoissantes. Il était avec sa famille lorsqu’il est devenu clair que l’histoire de son pays venait de basculer. “J’ai dit à ma femme et à mes enfants: ‘La guerre a commencé. Je vous aime. Je vous rappellerai’. Et je suis parti en courant.”
Depuis son bunker, il a reçu un appel du président américain Joe Biden, qui lui proposait de l’évacuer. Zelensky a refusé en répondant sans détour: “J’ai besoin de munitions, pas d’un chauffeur.”
La très difficile visite à Boutcha
Le moment le plus difficile de la guerre pour Zelensky a été sa visite à Boutcha, assure-t-il. Voir les corps de civils torturés joncher les rues et les fosses communes à travers la ville l’a profondément marqué: “Il y avait des corps partout. Des enfants, des adultes, des personnes âgées. Des gens aux mains liées, torturés puis enterrés dans des fosses.”
Le prix à payer sur le plan personnel est lourd et le poids de la responsabilité de sa fonction pèse sur les épaules du président, mais Zelensky refuse de se décourager. Comme il l’affirme au début de l’entretien, il continue de croire “que le bien finira par triompher”.
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