Dérapages au hockey mineur | « L’aréna au complet est le bar »

Le match de hockey des Vics se déroule normalement, le 10 avril dernier, au Centre sportif Léonard-Grondin de Granby. Les joueurs de 11 et 12 ans affrontent les Harfangs de Sherbrooke. Quelques minutes après qu’un joueur de Sherbrooke a subi une blessure, la partie se termine par une victoire des Vics.
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Après avoir serré la main de l’équipe adverse, l’entraîneur des Vics, Stéphane Noiseaux, se dirige vers son vestiaire avec ses joueurs. C’est là qu’un homme dans les gradins se met à l’insulter. Le spectateur fonce droit sur lui.
« Je l’ai empêché de me frapper », raconte M. Noiseux, une armoire à glace de plus de 6 pieds. La police a été appelée sur place. « Je n’ai pas voulu porter plainte. C’était l’ami d’un parent. Il était en boisson », affirme M. Noiseux.
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Stéphane Noiseux, entraîneur des Vics
Il n’existe pas de statistiques permettant de déterminer si les violences dans les arénas sont en hausse au Québec (voir autre texte). Mais plusieurs intervenants interrogés par La Presse estiment qu’un ingrédient contribue à alimenter les tensions : l’alcool qui y est consommé.
Et la problématique ne touche pas uniquement le hockey. Fin août, des parents ont crié contre un arbitre de 14 ans dans un match de baseball de jeunes de 9-10 ans en Mauricie et s’en sont pris à un entraîneur. En entrevue avec Patrick Lagacé, le président de Baseball Mauricie, Éric Turcotte, a souligné que l’alcool était souvent en cause dans ce genre d’évènements.
Depuis un an et demi, l’organisme Sport’Aide est allé à la rencontre d’entraîneurs de différents sports pour développer des outils pour améliorer leur relation avec les parents. « Une forte majorité d’entraîneurs nous ont parlé d’un enjeu : la consommation d’alcool dans les environnements sportifs », affirme le directeur général de Sport’Aide, Sylvain Croteau.
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Sylvain Croteau, directeur général de Sport’Aide
Oui, la vente d’alcool, ça génère des revenus. Mais ça crée aussi des problèmes.
« Surtout dans les matchs après le souper »
Munis de tambours et de trompettes, les spectateurs sont nombreux à encourager les hockeyeurs de 11 et 12 ans au Centre multisport de Châteauguay, le 16 avril dernier. Les joueurs prennent part à la Coupe Chevrolet, dernière compétition de la saison.
Dans un coin, des partisans frappent des nouilles de piscine jaunes l’une contre l’autre. Le niveau de décibels est élevé.
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Pendant la partie, les haut-parleurs du Centre multisport de Châteauguay rappellent que les joueurs sont d’âge mineur et que « le jugement des parents est recommandé ».
À côté du casse-croûte de l’aréna, un espace bar nommé le Temps d’Arrêt est réservé aux 18 ans et plus. Dès 11 h, quelques parents encouragent leur enfant bière à la main. À intervalles réguliers, les haut-parleurs de l’enceinte rappellent que les joueurs sont d’âge mineur et que « le jugement des parents est recommandé ».
Si aucun dérapage majeur n’est constaté, les commentaires désobligeants à l’endroit des arbitres fusent parfois. « Come on, ref ! », hurle un parent qui estime qu’une pénalité aurait dû être annoncée. « Fuck off ! », crie un papa qui vient d’assister à la défaite de l’équipe de son garçon.
Mère d’un joueur de hockey, Persica Lavoie affirme que les dérapages de parents au hockey sont des « cas isolés ». Mais ceux-ci sont visibles « surtout dans les matchs après le souper, quand il y a de la boisson d’impliquée », dit-elle.
De l’alcool de 8 h à 3 h du matin
Il est permis de vendre de l’alcool dans les arénas du Québec. Différents permis peuvent être obtenus auprès de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) et permettent de servir de l’alcool durant les heures d’ouverture ou au maximum de 8 h à 3 h le lendemain. Au cours des dernières années, plusieurs arénas se sont dotés de sections bars modernes qui n’ont rien à envier aux bars sportifs de ce monde.
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Au cours des dernières années, plusieurs arénas se sont dotés de sections bars modernes.
Un décompte de La Presse à partir du registre de la RACJ révèle que 192 permis d’alcool sont actuellement délivrés à des arénas accueillant des matchs de hockey mineur au Québec. Ces permis permettent la consommation d’alcool non pas uniquement dans un espace restreint, mais bien dans l’ensemble de l’aréna. Si bien qu’en tout, ce sont plus de 183 000 personnes qui peuvent consommer de l’alcool dans les arénas du Québec, soit plus de 8,5 fois la capacité du Centre Bell (ces données excluent les arénas accueillant des équipes professionnelles ou de la LHJMQ).
Il y a quelques années, il y avait des bars dans les arénas, mais il fallait franchir une porte pour y avoir accès. Dans les gradins, il n’y avait pas d’alcool. Maintenant, l’aréna au complet est le bar.
Mme Ducharme dit avoir signifié officiellement au gouvernement « que s’il acceptait de financer de nouveaux arénas, il ne devrait plus accepter aucun bar, sauf s’il est fermé avec une porte ». « Un bar, c’est un bar. Pas un aréna », dit-elle
La problématique de la consommation d’alcool dans les arénas du Québec ne date pas d’hier. En 2001, l’Association des directeurs de police du Québec produisait un mémoire sur la violence au hockey mineur. « Selon nous, la boisson alcoolique présente dans les arénas et même lors de parties de hockey mineur serait une des causes des problèmes de violence entre spectateurs et de voies de fait sur les arbitres, les administrateurs et les instructeurs, écrivaient-ils […] L’an dernier, un administrateur a été agressé par un parent en boisson qui n’acceptait pas que son fils ait été retranché de l’équipe élite. »
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Les commentaires désobligeants à l’endroit des arbitres fusent parfois dans les arénas du Québec.
Le hockey n’est pas le seul sport concerné, note Mme Ducharme. Si bien qu’aux Jeux du Québec, il est interdit de vendre de l’alcool sur les sites de compétition.
Propriétaire du resto-bar L’Échappée, situé dans l’aréna de Sainte-Julie, Noémie Trottier a acquis le commerce il y a deux ans. Elle explique que le permis d’alcool de l’établissement s’applique depuis des années à l’ensemble de l’aréna. Si elle ne fait pas de vente dans les estrades, les clients peuvent s’acheter une bière et aller la consommer près des glaces. Elle assure toutefois n’avoir jamais été témoin de dérapages liés à l’alcool. « À mes premiers tournois, j’avais un peu peur. Mais les parents sont surtout en mode festif, dit-elle. Ils se font de beaux week-ends. […] C’est souvent leur moment de relaxation après une longue journée. »
La problématique va aussi bien au-delà de la vente d’alcool directement sur les lieux sportifs, reconnaît Mme Ducharme. Des parents, qui doivent arriver très tôt avant le match ou l’entraînement de leur enfant, se font « des tailgates dans le stationnement », dit-elle.
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Isabelle Ducharme, directrice générale de Sports Québec
Quand je vois du café Bailey’s arriver à 9 h à l’aréna pour une pratique d’atomes… Si tu es chez toi à 9 h, tu n’en prendrais pas. Pourquoi tu en apportes en tournoi le matin à 9 h ?
Le directeur général de Hockey Québec, Stéphane Auger, rappelle que la vente d’alcool permet de récolter de précieux revenus pour les organisations. Et que si l’alcool était interdit dans les arénas, certains en consommeraient à l’extérieur avant de venir. « Des fois, au lieu de chercher ce qui ne va pas, il faut se responsabiliser comme société », commente-t-il.
« Apporterais-tu une consommation pour aller voir ton enfant pratiquer le violon le samedi matin ? Non. Pourquoi le fait-on en sport ? », conclut quant à lui M. Croteau, de Sport’Aide.
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