Charles Milliard, «raisonnable» jusqu’au bout
Charles Milliard se donne encore huit jours pour faire des gains auprès de l’électorat francophone, et il n’a pas l’intention de changer de personnalité pour y parvenir.
Quand on lui fait remarquer que le Parti libéral du Québec (PLQ) stagne à seulement 11 % d’appuis chez les francophones, le chef du Parti libéral répond qu’il lui reste du temps.
« Je sais qu’il y a beaucoup de travail à faire », dit-il. « Les huit prochains jours vont servir aux Québécois francophones à mieux comprendre notre programme et à prendre une bonne décision le 5 octobre prochain », a-t-il déclaré au Devoir lors d’une table éditoriale dimanche.
Le parti peut s’appuyer sur une base constante de députés grâce aux 60 % d’appuis qu’il obtient chez les anglophones et les allophones. Mais sans percée en territoire francophone, les portes du gouvernement vont rester fermées.
Pour les « reconquérir », Charles Milliard dit avoir passé une bonne partie des 32 derniers jours en région avec des gens « comme lui de Lévis, en Mauricie, en Estrie… » auprès de qui il a fait le pari de dire « la vérité ».
Comme à cette dame croisée au marché Atwater dimanche matin, qui lui a demandé de faire quelque chose pour elle et son mari qui avaient perdu leur médecin de famille. Elle n’a pas eu l’air très convaincue quand il lui a dit qu’il allait créer une plateforme publique de télésanté et que ça allait « aider » à améliorer l’accès aux services.
« Qu’est-ce que vous voulez que je lui dise ? » a-t-il réagi quand Le Devoir l’a relancé en entrevue éditoriale sur l’anecdote. « Voulez-vous que je lui dise qu’on va promettre un médecin par Québécois ? Dire ça, ça n’a aucun bon sens », a-t-il laissé tomber. Il a ajouté : « Je ne peux pas croire que Mme Fréchette est revenue dans ce mauvais film-là la semaine passée. Moi, je m’engage à deux choses : croire au système public et proposer des solutions novatrices. »
L’impression d’être dans une « fête foraine »
En optant pour une campagne prudente et raisonnable, Charles Milliard a pris le risque de ne pas attirer suffisamment l’attention. Mais à l’entendre, c’est complètement assumé.
« Si les gens se cherchent un Doug Ford, ce n’est pas moi », dit-il avant de mentionner la qualité de son équipe et ses atouts personnels : son expérience en santé comme pharmacien ; en économie, à la Fédération des chambres de commerce du Québec ; comme professeur, à l’Université Bishop’s.
« Dans le discours politique extrémiste qu’on a, que ce soit de gauche ou de droite, ajoute-t-il, s’il se trouve des gens dans le milieu, raisonnables, je pense que les Québécois vont s’identifier à ça. »
Face à ces adversaires, il dit avoir l’impression parfois d’être « dans une fête foraine », où les politiciens feraient figure de vendeurs ambulants. « Approchez, approchez ! Un chèque de 100 $, un crédit de 200 $, une allocution de 350 $, 40 milliards de dépenses de QS… »
Il dit que la « plupart » des mesures proposées par Éric Duhaime sont « juste impossibles à réaliser ». Qu’il y a en ce moment une « surenchère » de propositions de droite. « Moi, j’ai décidé de ne pas embarquer dans ce film-là. Il y a des gens qui trouvent ça plate. Moi je trouve ça responsable. »
« Les nouvelles relations, c’est des nouveaux départs »
Face au gouvernement fédéral, il plaide la bonne entente, mais a plus de demandes que ce qu’on pourrait soupçonner. En plus du retour de la taxe Netflix qu’il menace de remplacer par une taxe québécoise si Carney ne revient pas sur sa décision, il se dit « intraitable » sur le respect des compétences du Québec en santé et en éducation et face au recours abusif d’Ottawa à son pouvoir de dépenser.
Il réclame un contrôle accru du dossier des travailleurs étrangers temporaires et évoque une possible révision constitutionnelle pour « avoir notre pleine part de tout ce qui se passe en défense et participer davantage à la diversification des marchés ».
Lorsque Le Devoir lui a demandé si Mark Carney était trop centralisateur, il a hésité un moment puis a dit « qu’il pourrait l’être moins ».
Comment pourra-t-il faire des gains là où tant d’autres ont échoué avant lui ? « En affaires comme en amour, les nouvelles relations, c’est des nouveaux départs, ça peut donner d’autres résultats. »
Sans mentionner les derniers mois de Christine Fréchette au pouvoir, Charles Milliard ajoute qu’il pourra bénéficier du contraste par rapport à François Legault.
« Personne ne va me faire croire que M. Legault a fait un iota d’efforts pour améliorer la relation du Québec avec le Canada. Il a soufflé le chaud et le froid. »
Le chef libéral ajoute qu’il arrive « avec une nouvelle approche », « une volonté que le Québec grandisse à l’intérieur du Canada ». « On peut s’obstiner, on peut avoir des désaccords, mais la finalité pour moi est que ça fonctionne. Alors que la CAQ a toujours joué sur la ligne. »
Dix ans pour faire quoi ?
Si c’était à refaire, apporterait-il des changements à la campagne qu’il a menée ? « Je pense que le début de campagne aurait pu mieux aller », convient-il. « J’ai beaucoup de défauts, mais je ne suis pas orgueilleux », dit-il en reconnaissant qu’il aurait pu mettre son visage plus tôt sur son autobus de campagne. « Ça ne m’a pas nécessairement aidé. »
Pour la suite, il ne veut pas évoquer de scénarios dans lesquels il ne serait pas élu dans la circonscription d’Orford. Ainsi, quand on lui demande si un député pourrait lui céder son siège pour lui permettre d’être au Parlement, il laisse entendre qu’il n’y a même pas pensé. « Non, non, non, moi, je vais gagner dans Orford, je suis très confiant. »
Charles Milliard a fait le saut dans sa première course à la chefferie du Parti libéral en août 2024, il y a à peine deux ans. À l’époque, il avait prévu de consacrer une dizaine d’années à la vie politique. Qu’adviendra-t-il si les résultats du 5 octobre le déçoivent ? Il refuse de le dire, mais prévient qu’il n’est pas juste « de passage ».
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