L’art de refaire tourner nos tournées
Nos spectacles, nos arts et nos œuvres peuvent-ils faire repousser leurs ailes pour voler vers le monde ? Pour redonner un élan à leurs transports, alourdis depuis la pandémie, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) a dévoilé ce mardi son nouveau Plan d’action international. Pour le déployer, le CALQ investit 12 M $ par an pour son soutien à l’international, pour les cinq prochaines années. Un total de 60 M $.
« Le contexte international change rapidement », indique la présidente-directrice générale Véronique Fontaine dans sa vidéo de présentation du plan.
« Les réseaux se transforment, les marchés ont évolué, les enjeux liés à la mobilité, à la découvrabilité, aux collaborations internationales deviennent de plus en plus complexes. Les coûts augmentent », rappelle-t-elle.
Pour contrer ce contexte, les trois grands objectifs principaux du plan sont d’améliorer les conditions à l’international, de favoriser des échanges artistiques fondés sur l’ancrage et la collaboration, et de renforcer la visibilité des arts et des lettres à l’international.
Impression de déjà lu ? C’est que les priorités ressemblent énormément à celles du dernier plan de 2016. Mais réinsister sur la nécessité des déplacements internationaux, sur la force des rencontres « en vrai », sur les effets de la coprésence physique des artistes, des agents et des directeurs des compagnies n’est pas anodin, après toutes ces années de survalorisation du numérique et de coupures dans les tournées (incluant les douloureuses années Harper, au fédéral).
« La rencontre en personne demeure déterminante dans le développement de relations professionnelles durables », rappelle le CALQ dans ce nouveau plan.
« Les résidences, festivals, foires et autres événements de réseautage continuent de jouer un rôle central dans l’intégration des artistes et des organismes aux réseaux internationaux. »
Rencontrer, se faire voir, serrer des mains, parler, confronter des idées est d’autant plus nécessaire que plusieurs pays depuis la pandémie se sont refermés, comme nous, sur des productions artistiques locales — autant pour éviter les frais que pour encourager l’art de proximité.
« Saturation des marchés culturels, tensions géopolitiques, impératifs environnementaux, resserrement des politiques migratoires et transformation des réseaux traditionnels de diffusion redéfinissent les conditions dans lesquelles les œuvres s’exportent et circulent à l’échelle mondiale », précise le CALQ.
« Plus que jamais, le travail de prospection et de développement de marchés s’inscrit dans la durée et repose sur des présences répétées », poursuit le plan. « Un même territoire doit être visité à de nombreuses reprises pour consolider des liens durables. »
Un soutien financier en hausse
Les sous prévus pour cette enveloppe permettront de maintenir le budget 2025-2026 du soutien international pour les cinq prochaines années, en garantissant 12 M $ par an.
« C’est ce qu’on peut assurer », a expliqué la directrice des communications, Catherine Orer. « C’est de l’argent qu’on a investi quand le budget du CALQ a été haussé à près de 200 M$ [en 2025]. Peut-être pourra-t-on faire mieux », dépendant des prochains crédits octroyés par le nouveau gouvernement.
Au cours des dix dernières années, le soutien global du CALQ à l’international est passé de 6,3 M $ en 2016-2017 à un inédit 12,4 millions de dollars en 2025-2026.
Le CALQ y voit une augmentation de 96 % du budget. Ce qui est vrai, en dollars courant.
En dollars constants, en calculant l’inflation, l’augmentation est plutôt de 48 %. Rappelons que le rapport préélectoral sur l’État des finances publiques du Québec, par le ministère des Finances, prévoit 2 % d’inflation par an pour les cinq prochaines années.
Au cours de la période entre 2016-2017 et 2024-2025, le CALQ a investi près de 24,2 M$ pour soutenir 1200 projets de tournées à l’international en arts de la scène seulement, lesquels ont donné lieu à 15 400 représentations.
Le calcul des moyennes est risqué, ici. Les spectacles, leurs besoins et leurs coûts sont très différents les uns des autres, du solo à la pièce de groupe. Mais ce calcul permet de voir à quel point au Québec les arts font avec peu.
On parle pour cette période d’une contribution moyenne du CALQ de 1570$ par représentation donnéee à l’international. Et de 20 167 $ par « projets de tournées ». C’est peu pour faire bouger des équipes, même petites. On comprend que la plupart des budgets doivent être complétés par des partenaires et diffuseurs de l’étranger.
Pourtant, « cet investissement a généré 50 M$ en rémunération pour 9349 artistes, techniciens et travailleurs culturels québécois et 4,4 M$ en droits d’auteur », rappelle le CALQ.
Des points du Plan
Parmi ses actions plus précises, le CALQ adaptera certains programmes, visant l’agilité pour répondre aux réalités plus mouvantes et plus chères des tournées.
Il misera sur le développement d’expertise en rayonnement culturel international. Une part de ce travail est invisible et essentielle, et « requiert des compétences spécialisées en coordination, négociation, mise en marché, relations médias et intermédiation professionnelle, » etc.
Le CALQ encouragera aussi l’accueil d’artistes étrangers. La réciprocité est une clé dans les voyages des arts, où souvent, qui accueille reçoit, et vice-versa.
Les résidences d’artistes à l’étranger favorisent, par leur forme actuelle, certaines personnes. Combien de parents de jeunes enfants se permettent de partir 3 à 6 mois pour leur développement de carrière ? Combien de mères ? Combien de résidences accueillent des collectifs ?
Le CALQ entend rééquilibrer les offres, et les territoires — plus de 79 % des résidences d’artistes seraient situées en Europe et en Amérique du Nord.
Le CALQ veut aussi miser sur le travail à moyen terme avec les mêmes partenaires. Des territoires comme l’Europe, l’Afrique francophone et le reste du Canada partagent des affinités avec le Québec — culturelles, identitaires, linguistiques ou institutionnelles, favorables pour ouvrir de nouveaux réseaux. Le CALQ cherche à multiplier le nombre d’ententes pluriannuelles avec ce genre de partenaires. Entre autres.
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