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Thursday, September 24, 2026

Culpabilité, douleur et incrédulité à l’audience sur la peine de Kenneth Law

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Le premier jour d'audience sur la détermination de la peine de Kenneth Law a donné lieu à des scènes désolantes mercredi au tribunal de Newmarket, où les familles des victimes ont commencé à témoigner. L'individu de 60 ans a reconnu avoir vendu des trousses de suicide en ligne, au pays comme à l'étranger. Il a plaidé coupable, en mai, d'accusations d'incitation au suicide pour des faits de 2021 à 2023. Au Canada, ses victimes étaient âgées de 16 à 36 ans.

AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.

La déclaration d'une survivante de Kenneth Law a donné le ton de l'ambiance qui régnait dans le prétoire, où la Couronne compte lire ou faire lire, en six jours, 74 déclarations sur l'impact que le suicide d'un être cher a eu sur les familles des disparus.

Elizabeth Belien a expliqué la façon dont elle avait ingurgité, le soir du 29 janvier 2023, le nitrite de sodium que Kenneth Law lui avait vendu en ligne un mois plus tôt.

La citoyenne britannique âgée de 23 ans à l'époque, sera transportée d'urgence à l'hôpital, où un antidote lui a été administré, lui sauvant la vie.

J'ai éprouvé durant longtemps des problèmes de santé mentale, j'avais des difficultés à entrevoir un futur en ce qui me concerne, explique-t-elle à la barre des témoins après s'être déplacée au Canada afin de témoigner.

Je devenais de plus en plus désespérée à l'idée de trouver une sortie de secours; Kenneth Law m'a rendu la vie plus facile, poursuit-elle.

Mme Belien ajoute que les effets physiologiques et émotionnels de sa convalescence perdurent : Je continue à avoir des idées noires et cela affecte ma concentration et mon sommeil.

Une illustration judiciaire de l'audience.

La Britannique Elizabeth Belien est venue au Canada pour lire en personne sa déclaration d'impact devant le tribunal de Newmarket, au nord de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle affirme avoir, par la suite, appris de la police que d'autres personnes avaient eu moins de chance qu'elle.

Lorsque j'ai absorbé le poison, je n'étais pas dans un bon état d'esprit pour comprendre ce que je faisais, tout ce que je cherchais, c'était une porte de sortie, déclare-t-elle.

Je me sens coupable aujourd'hui de vivre, précise-t-elle ironiquement en indiquant qu'elle a alors commencé à se priver de nourriture pour [se] punir et engourdir [ses] émotions.

J'ai l'impression qu'on a exploité ma vulnérabilité et j'ai toujours de la difficulté à faire confiance aux autres et à me faire confiance, explique-t-elle.

Une illustration judiciaire de l'audience.

La juge Michelle Fuerst, de la Cour supérieure de l'Ontario, écoute attentivement les déclarations des premiers proches des victimes qui ont témoigné, en personne, par l'intermédiaire des procureurs ou par vidéo, ce mercredi.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Mme Belien souligne qu'elle est devenue incapable de travailler et que toutes ces épreuves ont changé sa relation avec sa famille.

Cette épreuve a été très difficile pour mes parents qui continuent à s'inquiéter de ma santé, raconte-t-elle.

Elle affirme qu'elle a honte aujourd'hui de ce qui s'est passé, mais qu'elle est toujours en thérapie pour s'en sortir.

Je réalise maintenant que mes parents auraient pu être à ma place en train de lire leur déclaration, si je n'avais pas survécu, précise-t-elle avec beaucoup de lucidité.

Heureusement, j'apprends à me sentir mieux, mais ce sont le désespoir et la détresse qui m'ont forcée à acheter ce poison, croit-elle.

J'ai hâte de voir ce que me réserve le futur et je suis reconnaissante d'être en vie aujourd'hui, mais rien n'effacera mon traumatisme, conclut-elle.

Le puissant témoignage d'Elizabeth Belien permet aux familles des victimes assises dans le prétoire de mieux comprendre les derniers moments de leur être cher.

Beaucoup témoignent toujours de leur incompréhension, de leur consternation et de leur sentiment de culpabilité.

Outre la douleur de leur deuil, des mères, des pères, des frères et sœurs et des beaux-pères ont partagé avec la cour leur peine, leur angoisse et leur incrédulité.

Ma douleur est impitoyable, je vis une véritable torture depuis qu'elle s'est enlevé la vie, explique Sandra Scott, la mère d'Amara, en vantant les qualités de sa fille morte à 25 ans en 2022 à Toronto.

Une illustration judiciaire de l'audience.

Sandra Scott, la mère d'Amara, a échappé des larmes en vantant les qualités de sa fille, qui s'est enlevé la vie en 2022 à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Mme Scott affirme qu'elle entend toujours la voix de sa fille dans son sommeil et qu'elle ne voit pas la fin de son chagrin.

Nous connaissions ses problèmes de santé mentale, nous pensions que nous l'aidions de notre mieux, mais elle est entrée en contact avec l'accusé au moment le plus vulnérable de sa détresse, poursuit-elle.

Je ne suis plus la même femme que j'étais et je ne pense pas que je le redeviendrais un jour, elle me manque tous les jours, conclut-elle en ajoutant être très fière de sa fille.

Des familles anéanties par le chagrin

Linda Coutts parle d'un tsunami de tourments qui l'afflige depuis la mort de son fils Tyler Brisson, à 34 ans, en 2023 à Toronto.

Il avait des principes moraux solides et je me fais un devoir d'honorer ses accomplissements, dit-elle. Je ne sais pas ce que je donnerai pour être avec lui une dernière fois, ajoute-t-elle.

Mme Coutts souligne toutefois que la maladie mentale est curable, mais que son fils n'a pas eu le soutien qu'il méritait.

Il est devenu la proie de l'accusé devant lequel nous sommes aujourd'hui assis et saisis d'effroi; nous sommes anéantis par la douleur, déclare-t-elle.

Elle ajoute que sa famille croit en l'état de droit et qu'il est nécessaire de rendre justice à son fils et aux autres victimes dans cette tragédie. La vie humaine a un sens, conclut-elle.

Une illustration judiciaire de l'audience.

Dans l'ordre, l'avocat de la défense Matthew Gourlay, la juge Michelle Fuerst, le procureur Peter Westgate, la mère d'Ashton Prosser, Kim Prosse, la procureure Katie Doherty et Kenneth Law dans le box des accusés.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Kim Prosser affirme qu'Ashton Prosser-Lake avait encore toute la vie devant lui, mais elle n'a pas de mots pour décrire sa tristesse depuis la mort de son fils à Thunder Bay en 2023.

Je lui ai parlé au téléphone 90 minutes avant sa mort, il m'appelait pour me dire adieu, mais je pensais qu'il était seulement fatigué, se souvient-elle en pleurs en confirmant qu'il souffrait de problèmes de santé mentale depuis trois ans.

Ashton nous a quittés, mon sang est resté de glace depuis sa mort, j'ai survécu à une tentative de suicide, mais, lui, il a échoué, poursuit-elle.

Une illustration judiciaire de l'audience.

Kenneth Law écoute, sans émotion, les déclarations que la procureure Katie Doherty a lues à la cour, parce que leurs auteurs ne se sentaient pas capables de le faire en public.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Cindy McMahon avait apporté une photo encadrée de son fils Clayton Choquette pour les fins de son témoignage.

Elle rappelle qu'il est mort à 32 ans à London en Ontario. Il était aimable, loyal et généreux, je le connaissais comme si je l'avais tricoté, dit-elle.

Elle explique qu'elle l'attendait le jour de sa mort, mais que c'est un policier qui a frappé à sa porte.

Ma vie a basculé à jamais, son départ a créé un vide creux que je ne peux remplir, chaque jour est un jour sans fin, poursuit-elle en énonçant ses problèmes de santé physique et psychologique.

Mme McMahon précise qu'elle a dû s'occuper du testament de son fils, ce qu'aucun parent ne devrait faire.

Je ne fais plus confiance à personne, je suis craintive et j'ai peur d'être seule, Clayton était toujours à mes côtés, conclut-elle.

Une illustration judiciaire de l'audience.

La sœur de Mauricio Vadala, Adrienne Dalli, lit sa déclaration d'impact sur la mort de son frère sous le regard de Kenneth Law,

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Adrienne Dalli a lu une déclaration au nom de ses parents Rosa et Ted Vadala sur la mort de son frère Mauricio en 2023 à Mississauga.

Mauricio donnait les meilleures accolades, dit-elle en pleurant, se rappelant les joies qu'elle a partagées avec lui.

Je suis aujourd'hui fille unique et je dois m'occuper de mes parents, dit-elle en soulignant qu'une part d'eux-mêmes s'est envolée avec son frère.

Elle affirme regretter que son frère ait vu le suicide comme seul remède à ses souffrances. Mauricio cherchait conseil auprès de l'accusé plutôt que de demander de l'aide, poursuit-elle.

Elle évoque un terrible sentiment d'injustice, de colère et de culpabilité. Nous restons avec des questions sans réponse, conclut-elle.

Adrienne Dalli souligne toutefois que la mort de son frère n'aura pas été vaine et qu'elle servira de catalyseur pour aider ceux en détresse et changer des vies afin que leurs familles ne traversent jamais la même épreuve que la sienne.

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