Scandale à l’Université Cornell | Du viol collectif à l’indignation collective

Sept hommes, sept heures, sept ans après le scandale Weinstein… Dans le scandale du viol collectif allégué à l’Université Cornell, chaque jour qui passe amène un nouveau motif d’indignation collective. Il faudrait plus qu’une chronique pour dresser la liste de ces motifs qui s’accumulent et provoquent un mouvement de mobilisation rappelant la puissance de #metoo.
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À la source de cette indignation, il y a l’histoire glaçante désormais bien connue d’une jeune femme que l’on surnomme « Jane Doe ». Ex-étudiante de l’Université Cornell, dans l’État de New York, elle accuse sept hommes de l’avoir droguée à la kétamine et violée durant sept heures sur le campus une nuit d’octobre 2024.
Sept hommes, sept heures, sept ans après le scandale Weinstein, disais-je… On aurait pu espérer que devant la gravité de ces allégations à l’ère post-#metoo, une université prestigieuse fasse tout en son pouvoir pour enquêter sérieusement sur l’affaire plutôt que de l’étouffer. On aurait pu espérer que son souci premier soit de protéger les étudiantes plutôt que de protéger sa réputation et celle des étudiants mis en cause.
On aurait pu, oui… Mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé, nous a appris le journal étudiant The Cornell Daily Sun, qui enquête sur l’affaire depuis deux ans.
Dans une poursuite civile déposée à la mi-septembre, Jane Doe, qui avait 20 ans au moment des faits, demande justice et réparation. Car bien qu’elle ait porté plainte après sa nuit d’horreur il y a deux ans, elle n’a obtenu ni l’une ni l’autre.
Le patient travail d’enquête et d’analyse des jeunes journalistes du Cornell Daily Sun a transformé une affaire locale « classée » en scandale national.
Le journal étudiant a notamment rendu publiques des preuves numériques accablantes, dont un fil de discussion Snapchat scabreux rassemblant plusieurs membres d’une fraternité étudiante la nuit du 27 au 28 octobre 2024.
« Free pussy » (« chatte gratuite ») disait un message envoyé par l’un des accusés, invitant ses camarades à passer dans la chambre où Jane Doe se trouvait. Même si plus de 50 membres ont été témoins de cette invitation au viol, aucun ne semble avoir cru bon la dénoncer.
PHOTO ANNABELLE GORDON, REUTERS
Manifestation près du Washington Momument, organisée dans le cadre d’une série de rassemblements aux États-Unis à la suite des accusations de viol à l’Université Cornell
L’affaire extrêmement choquante révélée par le journal étudiant a attiré l’attention des grands médias, forçant Cornell et les autorités judiciaires à rouvrir les enquêtes qui n’avaient mené à aucune accusation criminelle. L’enquête disciplinaire avait donné lieu à des sanctions de type « tape sur les doigts » pour la majorité des étudiants mis en cause. Certains ont dû écrire une dissertation.
Samedi, le président de l’Université Cornell, Michael Kotlikoff, qui fait face à l’ire d’étudiants réclamant sa démission, a tenté de limiter les dégâts en enregistrant un message vidéo.
Il a qualifié de « profondément troublant » le viol collectif présumé. Il a exprimé de la sympathie pour Jane Doe. « J’ai le cœur serré quand je pense à ce qu’elle a vécu », a-t-il dit, en soulignant que l’affaire soulève notamment des questions troublantes sur les agressions sexuelles et la déshumanisation.
Il n’a évidemment pas évoqué une autre question fondamentale troublante que cette affaire soulève : pourquoi a-t-il fallu que le scandale soit exposé au grand jour dans les médias pour que, soudainement, des cœurs se serrent et des enquêtes soient rouvertes ?
La veille, le cœur de Donald Trump s’est serré, lui aussi, mais pour d’autres raisons. Pour le président américain, déjà accusé publiquement d’agression sexuelle par au moins 26 femmes, ce n’est pas l’impunité suivant un possible viol collectif subi par une jeune femme qui est troublante ici, mais bien le sort des pauvres hommes du « Cornell 7 ».
Ils auront affaire à Letitia James, la procureure générale de l’État de New York chargée de la nouvelle enquête, qui a déjà fait condamner Trump à une amende monstre pour fraudes financières. D’où cette sympathie spontanée pour les pauvres violeurs présumés qui, selon lui, n’auront pas droit à un traitement équitable.
Mercredi soir, des étudiants de Cornell en colère ont fait un sit-in de sept heures en solidarité avec Jane Doe. « Sept heures pour les sept heures qu’elle a endurées. Sept heures de solidarité. Sept heures pour réclamer du changement », a déclaré sur Instagram une coalition d’associations étudiantes.
PHOTO ANGELINA KATSANIS, REUTERS
Athena Holloway, étudiante à l’Université Cornell, prend la parole à l’issue d’un sit-in de sept heures, symbolisant les sept heures pendant lesquelles une jeune femme affirme avoir été victime d’une agression sexuelle.
Une autre manifestation a eu lieu jeudi à l’Université Colombia, à New York, réunissant notamment des étudiantes et des professeures portant des pancartes clamant « Je suis Jane Doe », reprenant un mot-clic devenu viral avec cette mobilisation.
Le changement réclamé par les manifestants ne concerne pas uniquement l’Université Cornell. Car l’histoire de Jane Doe est loin d’être un cas isolé. Les violences sexuelles sont endémiques sur les campus américains.
Plus du quart des étudiantes de premier cycle ont rapporté avoir été agressées sexuellement, selon des données de l’Association des universités américaines. Et depuis le retour à la présidence de Trump, on observe une baisse du nombre de cas résolus.
Que la nuit d’horreur de Jane Doe se soit passée sept ans après l’électrochoc du mouvement #metoo, qui revendiquait tout simplement la fin des violences sexuelles et le respect du consentement, nous rappelle que même les combats les plus élémentaires en matière de droits des femmes sont loin d’être gagnés.
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