Arrestations par la GRC | Un clan complet de la mafia montréalaise anéanti

Tous les membres principaux du clan Lopez de la mafia montréalaise sont arrêtés mardi matin, à l’issue d’une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui aura duré quatre ans, a appris La Presse.
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Franco Lopez, 61 ans, chef du clan selon la police, son frère Pasquale, 53 ans, d’autres membres de la famille, dont des femmes, figurent sur le tableau de chasse de la police fédérale composé d’une quinzaine d’individus, selon nos informations.
Ils ont été appréhendés à 6 h à leur domicile, dont certains à la suite de tractations avec leurs avocats. Deux suspects auraient échappé aux mailles du filet pour le moment.
Ils seront accusés de complot, de trafic de stupéfiants, de recyclage des produits de la criminalité et de jeu illégal, mardi après-midi au palais de justice de Montréal.
Ces arrestations surviennent dans le cadre d’une enquête baptisée Chrome amorcée en 2022 et menée par l’Unité mixte d’enquête sur le crime organisé (UMÉCO), en collaboration avec l’Unité mixte des produits de la criminalité et l’Agence du revenu du Canada.
En mars 2024, près de 400 policiers avaient perquisitionné plusieurs résidences, commerces et entreprises appartenant au clan, dont des bars et la compagnie de construction Frajo, et saisi de la drogue, 120 appareils électroniques et 145 000 $ en argent.
PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
Les enquêteurs fédéraux ont perquisitionné plusieurs établissements de la famille Lopez en mars 2024, dont le bar Ciro’s.
Durant l’enquête, un juge a également ordonné le blocage de six immeubles appartenant à la famille Lopez et dont la valeur totale dépasse les 7 millions de dollars.
Infiltrés de partout
La GRC n’a pas lésiné sur les moyens durant l’enquête Chrome, faisant notamment usage d’agents doubles, de caméras cachées, d’écoute électronique, d’achats contrôlés de stupéfiants et de transactions avec des billets marqués. Ils ont aussi fait appel aux services de juricomptables.
La police soupçonne la famille Lopez d’importer de la cocaïne à partir de la République dominicaine, où elle a des propriétés, et ensuite de la distribuer dans la rue ou de l’écouler dans les bars qu’elle possède, dans les quartiers Montréal-Nord, Saint-Léonard et Saint-Michel.
Selon les documents judiciaires, le clan est à la tête de 14 fiducies et est propriétaire de plusieurs établissements, dont au moins un restaurant, et d’une quarantaine d’immeubles.
La police fédérale soupçonne que l’argent généré par les activités criminelles était blanchi par l’intermédiaire des entreprises de la famille et par la location de ses immeubles, tandis que les débits de boisson serviraient à faciliter le trafic de stupéfiants.
La famille aurait eu plusieurs façons de recycler son argent sale : en faisant des dépôts d’argent dans des comptes d’autres établissements – dans lesquels les policiers ont trouvé des billets marqués –, en effectuant des travaux de rénovation, en payant les matériaux comptant et les ouvriers au noir, et enfin, en refinançant des immeubles.
Trois millions de dollars par année pour un seul bar
Selon des documents judiciaires, les policiers ont observé qu’en un an et demi, entre juillet 2023 et janvier 2025, 4230 personnes sont entrées dans l’un des établissements de la famille, le bar Lily’s situé sur la rue Fleury est, en utilisant la porte arrière, et plus de la moitié de ces visiteurs y sont restées durant moins de 10 minutes.
PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE
Le bar Lily’s a été perquisitionné en mars 2024.
En février 2023, Franco Lopez est revenu de la République dominicaine et les enquêteurs ont effectué, à son insu, une fouille de son téléphone cellulaire à l’aéroport Trudeau. Dans l’appareil, ils ont copié des photos de liasses d’argent et de comptabilité manuscrite.
PHOTOS TIRÉES DE DOCUMENTS JUDICIAIRES
Des photos d’argent trouvées dans le téléphone de Franco Lopez.
On y apprend notamment que le Lily’s aurait généré 3,3 millions de dollars de revenus par année seulement avec le trafic de stupéfiants et le jeu illégal. Selon la police, l’argent sale du clan était recyclé dans des comptes d’autres cafés ou de restaurants lui appartenant, dans des fiducies familiales et dans des travaux de rénovation clandestins réalisés par des ouvriers payés au noir.
Une famille ciblée
Franco et Pasquale Lopez avaient un troisième frère, Giuseppe, assassiné par balle en 2023 en République dominicaine. Selon nos informations, Giuseppe était également une cible de l’enquête de la GRC.
PHOTO LA PRESSE
Giuseppe Lopez (à gauche) et son frère Pasquale, photographiés au palais de justice de Montréal durant les procédures de l’enquête Magot-Mastiff.
La famille Lopez, présente dans le nord-est de Montréal depuis plusieurs années, avait toujours mené ses opérations discrètement avant d’être ciblée par les policiers.
Giuseppe, Franco et Pasquale avaient été arrêtés pour trafic de cocaïne en novembre 2015, à l’issue de l’enquête Magot-Mastiff par laquelle la Sûreté du Québec avait décapité une alliance mafia-motards-gangs qui dirigeait le crime organisé montréalais à cette époque. Les frères avaient toutefois bénéficié d’un arrêt du processus judiciaire en octobre 2019.
Au tournant des années 2020, des immeubles, des commerces et des véhicules appartenant à des membres de la famille ou à leurs proches ont été visés par des incendiaires dans le cadre d’un conflit avec un autre clan de la mafia montréalaise.
L’oncle des frères Lopez et patriarche de la famille, Serafino Oliverio, a été la cible d’une spectaculaire tentative de meurtre par balle devant chez lui en novembre 2021. Ce dernier ne serait pas visé par l’enquête de la GRC.
Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.
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