« Ton décès aurait peut-être pu être évité » : la maître de stage de Tracy (20 ans), de Thieu, décédée en Corée sort du silence


Journaliste de La Nouvelle Gazette Centre

Anne Talmat a diffusé un long texte sur les réseaux sociaux dans lequel elle rend hommage à Tracy. Elle fait également part de sa colère quant à la tournure des événements. Voici quelques passages éloquents. « Je suis certaine que ta mort aurait pu être évitée… J’ai lu ton certificat de décès ! Tu n’as pas fait une crise cardiaque ! Ton cœur a lâché, certes, épuisé de trois jours de souffrance sans que les organisateurs de ton voyage ne se bougent ! J’ose espérer que cette personne qui a minimisé ton problème ne pourra jamais plus accompagner des jeunes en voyage ! », clame-t-elle.
La vétérinaire évoque, en outre, la personnalité attachante de la Thiéroise. « Tracy François j’ai, comme nous tous, l’immense tristesse de t’avoir perdue mais j’ai surtout eu l’incroyable honneur de t’avoir connue. Tu es venue en stage chez moi et tu étais une personne solaire et qui sera inoubliable. Juste avant que tu ne partes pour ce voyage dont tu as tant rêvé et dont malheureusement, tu n’es jamais revenue… tu m’as dit : ‘vous êtes ma deuxième maman’ avec ce sourire dont tu nous gratifiais si souvent. Les mamans ne sont jamais prêtes à perdre un enfant… même les deuxièmes mamans », s’émeut-elle.
« Il est des êtres comme toi qui traversent une vie bien trop courte, mais qui laissent une empreinte infinie. À, à peine 21 ans, tu avais cette lumière rare qui réchauffait les cœurs. Ton sourire ouvrait les portes, ton courage face aux épreuves impressionnait ceux qui te rencontraient, et ta bienveillance envers chaque être vivant rappelait que la douceur est une véritable force », dit-elle encore.
« Tu aimais les animaux sans distinction. Tu savais voir en eux ce que beaucoup oublient : une âme qui ressent, qui aime et qui console. Ils trouvaient auprès de toi une présence rassurante, un regard rempli de tendresse, des gestes simples qui disaient tout. Tu aurais été une formidable assistante vétérinaire. Aujourd’hui, ton absence nous bouleverse. Pourtant, l’amour que tu as semé ne disparaîtra pas… »

Le décès de Tracy aurait-il pu être évité ? Ses problèmes de santé ont-ils été minimisés par les organisateurs du voyage ? C’est ce que dénonce Anne Talmat. A partir de quel moment peut-on considérer qu’une personne s’est rendue coupable de non-assistance à personne en danger ? Me Frank Discepoli, avocat au barreau de Mons, nous en explique les principes.
Précision importante : l’avocat ne commente en aucune manière les faits concernant le décès de Tracy. Son éclairage porte exclusivement sur la notion de non-assistance à personne en danger de manière générale. « Il y a non-assistance à personne en danger lorsqu’il y a une abstention volontaire de porter assistance à quelqu’un qui se trouve dans une situation de péril grave », explique Me Discepoli. Face à un tel péril, il existe donc une obligation d’intervenir et de faire ce qui est possible pour venir en aide à la personne.
Pour autant, cette obligation n’est pas une obligation de résultat. « On doit faire tout ce que l’on peut pour tenter de sauver la personne. Si l’on a fait tout ce qui était matériellement possible, même si malheureusement le résultat n’est pas celui espéré, on ne peut pas considérer qu’il y a non-assistance à personne en danger », précise l’avocat.
« Il faut avoir conscience du péril »
Un élément est essentiel : la personne doit avoir conscience du péril grave. « Il faut avoir constaté ce péril ou avoir pu en percevoir des signes extérieurs », souligne Me Discepoli. Ainsi, quelqu’un peut voir une personne allongée, penser qu’elle dort et ne pas se rendre compte qu’elle est en réalité en train de mourir. Dans ce cas, elle n’a pas nécessairement conscience du danger.
Même chose face à certains problèmes médicaux. « Si quelqu’un dit simplement qu’il a un peu mal à la tête et qu’il décède ensuite d’une méningite, on ne pouvait pas forcément constater qu’il se trouvait dans une situation de péril grave. » La perception de la gravité de la situation est donc déterminante.
Jusqu’à deux ans d’emprisonnement…
Il est à noter que si une personne majeure, manifestement dans un état critique, refuse d’aller à l’hôpital ou de consulter un médecin, il est important de faire le maximum malgré tout « Par exemple, on peut appeler un médecin ou une ambulance et voir ensuite comment la situation évolue. On aura alors fait ce qui était possible pour lui venir en aide », explique l’avocat.
Si cette personne est ensuite prise en charge à l’hôpital et décide de partir, la responsabilité de celui qui lui est initialement venu en aide n’est plus en cause.
La non-assistance à personne en danger peut être punie d’une peine allant jusqu’à un an d’emprisonnement. Ce maximum peut atteindre deux ans lorsque la personne exposée au péril grave est mineure. La personne coupable encourt également une amende, sans compter les éventuels dédommagements au civil…
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