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Sunday, September 6, 2026

À l’école, le vocabulaire a évolué : l’aviez-vous remarqué ?

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Graziella Deleuze est didacticienne du français et enseigne notamment à la Haute Ecole Bruxelles-Brabant. Elle a fait partie des groupes pluridisciplinaires qui ont refondé les référentiels. Que le vocabulaire scolaire puisse évoluer est pour elle une évidence et une nécessité.

"Le référentiel essaie d’être le reflet des avancées en recherche", explique-t-elle.

On ne peut pas faire comme si on ne savait pas qu’on a fait des avancées dans des tas de recherches.

Après tout, la société change, les théories évoluent, les pratiques pédagogiques aussi. La langue de l’école doit aussi refléter ces évolutions.

Mais ce n’est pas non plus une révolution complète. La plupart des termes repris sont toujours ceux de la terminologie adoptée officiellement en 1986. Les "adjectifs" et autres "pronoms" n’ont pas disparu.

Ce qui a guidé les discussions ici, c’est de s’attacher au sens : "On continue d’étudier la langue pour elle-même, mais en ne perdant pas de vue que la perspective qui va être utilisée, c’est une perspective qui va mettre d’abord en avant le sens. Qu’est-ce que je comprends quand je lis ce texte ? Et qu’est-ce que je veux dire quand j’écris un texte ?"

Une intention qui s’illustre par exemple dans l’introduction de la notion de "blocs de sens" dans l’analyse de textes. Certains termes correspondent ainsi à de nouvelles notions tandis que d’autres remplacent d’anciens termes, comme "classes des mots" ou lieu de "natures des mots".

Dan Van Raemdonck, linguiste à l’ULB et membre du Conseil supérieur de la langue française, a chapeauté la rédaction du document pédagogique accompagnant le référentiel. Il partage cette volonté de prendre du recul par rapport à l’étiquetage des mots.

"Une des activités communes, et la plus commune d’ailleurs dans l’enseignement à la grammaire, c’est étiqueter-nommer. C’est-à-dire, on vous donne un segment, vous devez lui donner une étiquette de nature ou de fonction, ou on vous demande de trouver le CDV, le complément direct du verbe, dans une phrase. Sauf que ça, c’est une activité de singe savant, ça ne vous apprend pas à écrire."

On doit savoir ce qu’est un nom ou un adjectif, mais au bout du compte, on doit mieux écrire, mieux parler, mieux lire et mieux écouter. C’est surtout ça, l’objectif.

"L’étiquetage terminologique, en fait, ce n’est pas une fin en soi, surtout aux primaires. L’étiquetage, ça n’a aucun intérêt", abonde Graziella Deleuze. "Ce qui est intéressant en grammaire, c’est de se demander ce qui change au niveau du sens de la phrase si je mets ce déterminant-là plutôt qu’un autre."

Une inflation terminologique n’est pas très productive. Ce n’est pas ça qui va rendre l’enfant plus performant dans sa langue.

Dans cette perspective, peu importe d’appeler tel mot une conjonction de coordination ou une préposition :"À partir du moment où on se rend compte que ces mots-là sont des mots dont j’ai besoin pour associer deux groupes dans la phrase, finalement, quelle est leur fonction ? C’est de connecter des phrases, des morceaux de phrases entre elles."

D’où le nouveau mot : "connecteur", qui remplace à la fois les prépositions, les conjonctions de coordination et celles de subordination (auparavant appelés "mots de liaison"), et qui peut s’utiliser aussi pour désigner d’autres classes de mots s’ils remplissent une fonction de connexion dans un texte.

À noter que certaines "nouveautés" n’en sont pas. Dans un courrier adressé aux parents pour leur expliquer quelques changements liés au nouveau référentiel, une institutrice cite ainsi le cas du conditionnel, qui n’est plus considéré comme un mode à part entière mais comme un temps de l’indicatif.

En réalité, ce changement date du code de terminologie de 1986, que toutes les écoles sont donc censées appliquer depuis 40 ans.

"Il y a encore des enseignants qui enseignent que le conditionnel est un mode et qui sont tout tourneboulés par le fait que tout d’un coup, le référentiel dise que c’est un temps", commente Dan Van Raemdonck. "On remarque qu’entre le vote des textes qui sont censés réguler les pratiques des enseignants et la pratique des enseignants, il peut se passer beaucoup de temps. Et ça dépend aussi de la publicité que vous faites des codes de terminologie."

Ce code, il faut aussi pouvoir le trouver. Actuellement, une rapide recherche sur internet permet de le dénicher sur ce site universitaire, mais pas sur celui de l’administration.

C’est aussi depuis son adoption qu’on ne parle plus de COD et de COI, notions obsolètes pourtant parfois encore enseignées.

Sans parler des manuels destinés à la Belgique mais dont l’interprétation du référentiel est parfois sujette à caution.

"Je regarde régulièrement les tables des matières et je me dis, mais mon Dieu, ça ne colle pas du tout", partage Graziella Deleuze. "Il n’existe pas de commission de validation des manuels. Les maisons d’édition sont libres de rédiger des programmes avec une équipe. Alors, on peut espérer évidemment que les équipes vont vérifier que ce qu’elles proposent est bien en phase avec le référentiel, mais il n’y a pas de vérification que le manuel est bien en conformité avec le référentiel."

Certaines ressources fiables sont mises à disposition par les réseaux d’enseignement. Pour les enseignants, mais aussi les enfants et leurs parents, il est également possible de télécharger "Ma petite grammaire", qui se veut évolutive. Une ressource intitulée "Outils de la langue" devrait être disponible gratuitement dans les prochaines semaines (nous ajouterons le lien ici lorsqu’il sera disponible).

De manière plus fondamentale, il n’y a de toute façon pas de vérité absolue en matière de grammaire. Les linguistes ne sont pas tous d’accord entre eux. En dehors du champ scolaire, il est donc logique de trouver des approches très différentes voire contradictoires, y compris au niveau du vocabulaire employé.

Pour les élèves qui n’auront rien connu d’autre, tous ces changements passent inaperçus.

"Pour un enseignant, c’est beaucoup plus compliqué que pour les élèves", commente Dan Van Raemdonck. "L’enseignant doit déconstruire sa manière de faire, il doit peut-être changer un peu de perspective, passer de l’étiquetage à la construction du sens par exemple, et ce n’est pas si facile que ça".

Vous avez enseigné quelque chose pendant des années. Vous comprenez l’enseignement d’une certaine manière. Et on vient vous dire qu’on va un peu changer ça.

Il faut aussi pouvoir répondre aux éventuelles questions des parents. "Les parents, quand eux-mêmes étaient à l’école, on leur a dit qu’il fallait faire des dictées, être super bon en orthographe, etc. Aujourd’hui, il faut toujours être bon en orthographe, mais on le fait différemment, et on le fera différemment. Ils ne retrouvent pas forcément exactement ce qu’eux ont reçu à l’école, et c’est tant mieux, parce que ce n’était peut-être pas, finalement, quoi qu’ils en disent, la meilleure manière de progresser et d’arriver à mieux écrire, mieux lire, mieux écouter, mieux parler."

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