Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec | L’homme de l’heure

Nous sommes en 2014, dans un restaurant de Montréal. Éric Duhaime et Nathalie Normandeau sont conviés à un souper, mais ils ignorent avec qui ils vont manger. C’est Pierre Martineau, le patron de la station FM93 de Québec, qui leur a organisé cette blind date professionnelle. Martineau est persuadé que ces deux personnes, qui ne se connaissent pas, pourront former un duo de choc à la radio et faire exploser les cotes d’écoute.
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« Ils ont eu une espèce de coup de foudre professionnel ce soir-là », dit Martineau.
Dès la première émission de ce nouveau « couple improbable », résume Éric Duhaime, c’est le coup de circuit. Duhaime offre 93 roses à sa coanimatrice, un rappel clair du témoignage de l’entrepreneur Lino Zambito devant la commission Charbonneau. Ce dernier y avait raconté avoir offert 40 roses pour ses 40 ans à celle qui était alors ministre des Affaires municipales.
Nathalie Normandeau rit un peu jaune, mais elle est catastrophée quand Duhaime appelle Zambito en ondes pour une entrevue. « J’ai trouvé ça cheap de sa part », résume-t-elle 12 ans plus tard.
Normandeau l’admet sans peine, ses premiers pas à la radio aux côtés de Duhaime ont été abrupts. La radio à Québec, « c’est être dans un ring de boxe en permanence », dit-elle. Le choc des idées avec Duhaime « venait parfois heurter [s]es valeurs les plus profondes ».
Elle se rappelle avoir « pleuré de rage » pendant une pause publicitaire qui suivait une prise de bec sur des subventions accordées à l’homme de théâtre Robert Lepage pour le théâtre Le Diamant.
Je ne pouvais pas comprendre qu’un homme intelligent puisse tenir des propos aussi méprisants à l’endroit d’un des plus grands artistes du Québec.
Et malgré tout cela, Nathalie Normandeau dit que ces années de radio aux côtés de Duhaime ont été « extraordinaires ». Il y a eu le succès, bien sûr. « On était en compétition contre André Arthur, contre Jeff Fillion. Et on les a battus. » Mais aussi la personnalité de son coanimateur, qu’elle décrit comme un homme « foncièrement gentil, sympathique, attachant », qui cuisine des petits plats à l’équipe pour leur lunch de 11 h. La complicité avec lui a été totale, dit-elle.
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PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Éric Duhaime dans la cuisine de sa résidence de Laval
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Éric Duhaime apprécie se mettre aux fourneaux.
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PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Avec sa chienne Mia
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PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Avec sa chienne Mia
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« C’est un gars qui a le cœur sur la main », renchérit Pierre Martineau. Il raconte que Duhaime avait accepté, à l’époque, de renoncer à une partie de son salaire d’animateur pour embaucher un employé de soutien. « Encore aujourd’hui, cette personne l’ignore. »
Mais en ondes, Duhaime était un « pitbull sur la caféine », selon l’animateur de radio Dominic Maurais, cité dans Envers et pour tous, la biographie consacrée à Duhaime. Quand il referme ses mâchoires sur un thème, il ne le lâche plus. Il est un pur produit de l’environnement radiophonique bien particulier qui règne à Québec, inventé de toutes pièces par l’animateur André Arthur il y a 50 ans.
Dans ses chroniques sur Radio X, puis comme animateur au FM93, Éric Duhaime a fait flèche de tout bois. Les environnementalistes ? « Des enverdeurs. » La commémoration de l’attentat de Polytechnique ? « Des filles qui braillent devant Polytechnique. » Il compare les agressions sexuelles au vol d’une voiture dont on aurait laissé les portes déverrouillées. Il se demande si les pauvres devraient avoir le droit de vote. Il déplore que les héros de la communauté noire finissent tous par devenir « des zéros ». La tête de porc déposée devant la grande mosquée de Québec, six mois avant l’attentat qui y fera six morts ? « C’est peut-être une joke niaiseuse, mais en quoi c’est de la haine ? »
« Il avait sa technique, il avait son approche vis-à-vis des minorités », résume Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre islamique de Québec. Lorsque son organisation propose d’instaurer une journée de lutte contre l’islamophobie au Québec, en 2017, il accepte de donner une entrevue à Duhaime.
PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL
Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre islamique de Québec, en 2022
C’était une entrevue faite avec un commentateur qui était acerbe contre la communauté musulmane et qui faisait son travail pour augmenter les cotes d’écoute. Et moi, je suis tombé dans ce traquenard.
Pour lui, Duhaime et la radio de Québec en général ont créé à l’époque une atmosphère délétère pour les musulmans. « C’était systématique, pour ces radios, de nous insulter. » Résultat : des gens pris à partie, des graffitis nazis sur les murs de la mosquée, des gens qui avaient peur pour leurs enfants.
L’ancien maire de Québec Régis Labeaume était l’une des têtes de Turc de Duhaime. « Quand tu te lèves le matin, tu sais en prenant ton café qu’il y en a déjà trois qui vomissent sur toi. Tu te dis que c’est pas grave. Mais la vérité, c’est que c’est insidieux. Ça finit par te jouer dans la tête. »
PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE
Régis Labeaume, ancien maire de Québec
Labeaume détestait tellement Duhaime qu’il en est presque venu aux coups avec lui quand les deux hommes se sont croisés, à l’inauguration du Centre Vidéotron, en 2015. « Son épouse avait dû s’interposer pour qu’il se calme », raconte Pierre Martineau. L’altercation s’est retrouvée en une du Journal de Québec.
Éric Duhaime est-il allé trop loin pendant ses années de radio ? « Évidemment ! », répond Pierre Martineau. Pour lui, certaines choses dites en ondes sont « indéfendables ». Est-ce qu’il y a des choses que le principal intéressé aurait préféré ne jamais avoir dites ? « Plein. Tous les jours. Quand tu es à la radio, ça sort, et c’est ça qu’ils veulent. T’as un micro sous le nez, tu es en ondes quatre heures par jour, et tu réfléchis à voix haute. » Éric Duhaime souligne cependant n’avoir récolté aucun blâme formel pendant ses années de radio.
Chose certaine, la radio a été le socle de la notoriété d’Éric Duhaime, et aussi de son action politique.
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Éric Duhaime et Nathalie Normandeau en 2014
Éric utilisait le micro du FM93 pour faire passer ses idées. À la radio, il était en mission. Donc, en fait, le terrain de sa campagne électorale, il le prépare depuis de nombreuses années.
Une vedette… mais à Québec seulement, constate Philippe Lamarre, fondateur du magazine Urbania, qui le recrute dans ses pages en 2019, afin d’ouvrir les horizons idéologiques de la publication. Il affronte la pire crise de l’histoire d’Urbania. « Quand j’ai annoncé ça à mon équipe, c’est comme si j’avais fait entrer le diable dans l’église. »
Pendant leur collaboration, Duhaime l’invite à assister à un match du Rouge et Or à l’Université Laval. « Autour de moi, il était infréquentable, honni même, et là je débarquais dans un monde où il était non seulement accepté, mais célébré. C’est très étrange, cette sensation qu’à trois heures de route, les gens puissent porter un regard aussi différent sur un être humain. »
Éric Duhaime en 12 temps
- 1969 : Naissance à Laval
- 1993 : Arrivée au Bloc québécois
- 2000 : Passage à l’Alliance canadienne
- 2002 : Candidat de l’Action démocratique du Québec
- 2003 à 2008 : Conseiller de Mario Dumont
- 2006 à 2010 : Consultant au Maroc, en Mauritanie et en Irak pour l’ONG National Democratic Institute
- 2010 : Fondation du Réseau Liberté-Québec avec Joanne Marcotte
- 2010 à 2020 : Chroniqueur à Radio X puis animateur au FM93 à Québec
- 2021 : Élu chef du Parti conservateur du Québec
- 2022 : Candidat dans Chauveau
- 2025 : Candidat à l’élection partielle dans Arthabaska
- 2026 : Élu dans Bellechasse, avec 18 autres députés
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