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Thursday, September 17, 2026

La taille de l’État en question

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Quatre des cinq principaux partis en lice aux prochaines élections québécoises proposent de réduire la taille de l’État. Évidemment, cette réduction de taille ne toucherait pas aux services offerts aux citoyens, selon leurs « promesses ». Pourquoi ce genre d’engagement revient-il constamment, et pourquoi ça ne mène jamais nulle part ?

Normalement, les partis préfèrent promettre des baisses d’impôts ou de taxes (c’est plus « vendeur »), mais comme les finances sont dans le rouge actuellement, on se rabat sur la réduction relative des dépenses ou du nombre de fonctionnaires pour chercher à plaire aux électeurs et éventuellement revenir à l’équilibre budgétaire sans augmenter taxes ni impôts. On oublie trop facilement que le déficit structurel actuel n’existerait tout simplement pas si on n’avait pas promis — et ultimement accordé — des réductions d’impôts lors de la précédente campagne électorale.

Un seul parti propose non pas de renverser les dernières baisses d’impôts, mais d’augmenter ceux des plus riches parmi les riches.

Compte tenu de l’expérience passée et du piètre état dans lequel se trouvent, d’une part, les infrastructures et, d’autre part, les principales missions de l’État, notamment la santé et l’éducation, réduire la taille de l’État sans nuire significativement aux services rendus à la population semble plus difficile que résoudre la quadrature du cercle. La question devient donc de déterminer quels services écoperont.

Les politiciens se gardent bien de nous le dire. Car, en fait, ils n’en ont aucune idée.

Dans certains sondages, une majorité de Québécois prétendent qu’ils préfèrent une réduction de services plutôt qu’une augmentation d’impôts afin d’éliminer le déficit. On omet de leur demander quels services devraient être coupés. On peut facilement imaginer que ce serait ceux dont ils ne se servent pas personnellement, jusqu’à ce qu’ils en aient besoin et qu’ils doivent payer ces services de leur poche… au prix du marché.

Le Québécois « moyen » n’accorde pas une grande confiance à l’État pour lui en « donner pour son argent », semble-t-il. Par contre, fait-il davantage confiance à l’entreprise privée (son garagiste, son épicier, son électricien, son assureur, etc.) pour lui en « donner pour son argent » ? J’ai bien peur que non.

Il faut dire que les scandales à répétition de gaspillage de fonds publics rapportés par les médias ne font rien pour le rassurer. La rareté des reportages dans les médias sur de tels scandales dans des entreprises privées le porte à croire que celles-ci sont nécessairement mieux gérées. Ce n’est pas vraiment le cas : les entreprises privées prennent elles aussi une multitude de mauvaises décisions, mais elles ne font pas la une des journaux.

Certains prétendront que, au moins, le contribuable ne fait pas les frais des mauvaises décisions du privé. Erreur ! Les marges de profit du privé, et donc les prix de vente, tiennent compte de ces décisions malavisées. Les employés mis à pied sont trop souvent les premiers à écoper. Les fournisseurs sont constamment sollicités. C’est sans compter que l’État lui-même, comme prêteur ou investisseur dans les entreprises privées, perd trop souvent sa mise à cause de la mauvaise gestion de ces entreprises.

Au bout du compte, lorsque les plus gros — les « too big to fail » — commettent des bourdes monumentales, ce sont les gouvernements (et donc les contribuables) qui les tirent d’affaire.

Cela dit, serait-ce préférable qu’une partie du panier de services actuellement rendus par l’État soit malgré tout dorénavant offerte par le secteur privé ? Quels services ? En fonction de quels critères ? Au Québec, dans un esprit de justice sociale, on a préféré, depuis la Révolution tranquille, confier certains services essentiels à l’État, mais pas nécessairement en totalité ; les principaux concernent l’éducation et la santé. Avons-nous eu raison ? Désirons-nous revenir en arrière ou aller encore plus loin ? Va-t-on nous demander notre avis ?

On fait souvent référence aux pays scandinaves lorsqu’on cherche à nous comparer à des États petits mais prospères et, surtout, où le bien-être de la population est une réelle priorité. Ces pays demandent des contributions très importantes à leurs citoyens, et ceux-ci ne s’en plaignent pas, car ils sont convaincus d’en avoir plus pour leur argent de cette façon plutôt qu’autrement. Il me semble alors que le principal défi de nos prochains élus devrait consister à rétablir ce lien de confiance avec la population afin de la rendre fière des services rendus par l’État.

Je ne vois pas comment des promesses en l’air sur la réduction de la taille de l’État sans conséquence sur ses services peuvent contribuer au rétablissement de la confiance. Je suggère aux politiciens de corriger leurs discours et, surtout, de proposer des politiques, certes plus difficiles à vendre, allant dans ce sens. Il n’est pas trop tard !

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