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Wednesday, September 23, 2026

Pour George Lucas, les fans qui critiquent ses modifications de Star Wars « ne savent pas comment on fait des films »

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Le Lucas Museum of Narrative Art a ouvert ses portes ce mardi 22 septembre à Los Angeles, et George Lucas est ressorti de sa réserve. L’occasion de rappeler une constante : près de cinquante ans après la sortie du premier film, il n’a jamais demandé pardon d’avoir changé Star Wars.

Entre George Lucas et les fans de Star Wars, les relations n’ont pas toujours été surplombées d’un grand soleil. Au cœur de ces frictions, notamment, les incessantes retouches du cinéaste sur la trilogie originale (mais aussi sur les films suivants), qui ont parfois changé le sens même d’une scène. On pense en particulier à l’affaire « Han shot first ».

L’ombre de « Han shot first » et des éditions spéciales

C’est certainement la polémique la plus célèbre parmi les retouches voulues par le réalisateur américain, apparues dans le sillage des éditions spéciales, cette revisite de la trilogie originale sortie en 1997. À l’intérieur figurent en effet l’ajout de nouvelles séquences, la modernisation des effets spéciaux ou le retour de passages précédemment supprimés.

Ce besoin qu’a eu George Lucas de revenir encore et encore sur son œuvre, y compris des décennies plus tard, a évidemment été évoqué à l’occasion de l’entretien accordé à CBS Sunday Morning, consacré avant tout à l’ouverture de son musée, le Lucas Museum of Narrative Art, même si d’autres thèmes ont été abordés, comme cette ultime trilogie délaissée.

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L’intéressé a ainsi reconnu avoir eu besoin d’affiner sa vision, y compris des années après, considérant qu’un film qui arrive dans les salles de cinéma n’est pas forcément achevé (ce que l’on devine avec l’existence de diverses director’s cuts) : « Après Star Wars, je suis revenu en arrière et j’ai refait tous les films pour les achever, de sorte qu’ils soient réellement finis. »

Sauf que certains changements n’étaient pas forcément anodins. Si l’ajout de nouveaux plans ou la modernisation des effets numériques n’ont guère agité les foules, ce n’était pas le cas pour les dialogues modifiés ou pour les scènes remontées. Le pire étant donc, justement, ce passage dans le bar de Mos Eisley, où Han Solo abat froidement Greedo.

Dans la version originale, Han sort son blaster discrètement et tire sous la table en plein dans le chasseur de primes. Or pour les fans, cela a modifié la caractérisation de Han Solo : un contrebandier qui, au début de la saga du moins, fait passer ses intérêts en premier et qui doit faire ce qu’il faut pour survivre dans un monde sans foi ni loi.

Han-solo-greedo
Han a tiré (le premier ?). // Source : Lucasfilm

Les fans, en tout cas ceux attachés à « Han shot first », ne l’ont jamais digéré et cette édition spéciale, sortie pour les vingt ans de Star Wars, a contribué à empoisonner les relations entre le cinéaste et son public. Pour autant, il n’a pas cessé de modifier son œuvre à chaque saut technologique si bien que la version cinéma de 1977 est devenue quasiment introuvable.

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Silver Screen Edition. // Source : Silver Screen Edition

« Ce ne sont pas des gens qui savent comment on fait des films »

George Lucas a évidemment eu vent de ces protestations. Mais à ses yeux, il avait bien le droit de le faire, car il a la paternité de l’œuvre. Et, par ailleurs, il juge gonflé ce type de critique alors même que les fans modifient en continu son œuvre avec des créations de leur cru. S’il ne rentre pas dans les détails, on devine qu’il parle des éditions de fans.

« Évidemment, beaucoup de gens se sont énervés à ce sujet parce qu’ils disaient : ‘Vous n’avez pas le droit de faire ça’. J’ai répondu : ‘Les fans le font, ils font des versions alternatives et toutes sortes de choses…’ ». Par ailleurs, il estime qu’il ne fallait pas écouter les mécontents, car beaucoup d’entre eux ne savent tout simplement pas de quoi ils parlent.

Lucas film musée
Source : Numerama avec ChatGPT

« C’est difficile d’expliquer aux studios que si vous écoutez les gens qui sont mécontents, ça ne va pas bien se terminer, ce sera triste parce que ce ne sont pas des gens qui savent comment on fait des films », continue-t-il dans sa discussion avec CBS. Preuve que ces protestations n’ont rien donné : des modifications notables ont eu lieu jusqu’en 2011.

Cette apparente indifférence a d’ailleurs été rappelée durant l’échange. « Je n’y prête pas attention. Je connais beaucoup de critiques et je les connais personnellement, et vous savez, je ne les engagerais certainement pas pour réaliser un film, je ne les engagerais certainement pas pour écrire un film ». De quoi résumer bien trente ans de bras de fer.

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Vingt ans de refus

Ces propos ne sont pas nouveaux et la grogne a toujours été balayée par le cinéaste. « Je suis désolé que vous ayez vu un film à moitié terminé et que vous en soyez tombés amoureux. Mais je veux qu’il soit tel que je le veux ; c’est moi qui dois en assumer la responsabilité », confiait-il à l’AP en 2004, au sujet des versions d’origine qu’il refusait de restaurer.

Force est de constater que vingt ans après, cette ligne n’a pas bougé d’un pouce. Avant l’interview à CBS, l’intéressé déclarait croire fermement « qu’un cinéaste devrait toujours avoir le droit de faire ce qu’il a imaginé », au détour d’une discussion au Festival de Cannes 2024, qui venait de l’honorer d’une Palme d’or d’honneur pour sa carrière.

« Après les trois premiers Star Wars, j’ai repris mes films avec la technologie numérique pour arranger ou terminer ce qui ne l’avait pas été. Il faut toujours persévérer. Je me suis battu pour chacun de mes films. J’ai même été prêt à les financer moi-même car faire du cinéma, c’est ma passion », arguait-il, se déclarant être un « perfectionniste ».

En somme, on retrouve cette tension classique entre l’auteur et son public : pour George Lucas, les films restent un chantier personnel qu’il est libre de rouvrir quand bon lui semble. Mais pour le public, l’œuvre a aussi un peu échappé à son créateur pour devenir un phénomène culturel partagé et sur lequel se sont forgés de nombreux imaginaires, parfois dès l’enfance.

Aujourd’hui, le débat n’a de toute façon plus vraiment de sens. La franchise a été cédée en 2012 à Disney pour 4 milliards de dollars (environ 3,7 milliards d’euros), et George Lucas est passé à autre chose. Mais pour qui voudrait espérer avoir un aperçu de ce qu’était Star Wars en 1977, il faudra peut-être guetter les ressorties du film en 2027, à l’occasion de ses cinquante ans.

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