Communauté LGBTQ+ : que promettent les partis?

Alors que la question nationale et le coût de la vie occupent une large place dans la campagne électorale, les enjeux touchant les personnes LGBTQ+ sont jusqu’ici largement passés sous le radar.
Radio-Canada s’est entretenue avec plusieurs organismes du milieu communautaire pour connaître leurs principales revendications et a demandé aux partis de se positionner sur celles-ci.
Les gouvernements ont vraiment leur rôle à jouer devant la haine qui se déploie
, lance d'emblée Laurent Breault, directeur général de la Fondation Émergence, qui œuvre à la sensibilisation aux réalités LGBTQ+.

Laurent Breault est directeur général de la Fondation Émergence. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Il dit avoir observé un effet de ressac
dans l'acceptation des personnes LGBTQ+ dans les dernières années, qui n’épargne pas non plus le Québec.
Quand nos communautés prennent la place qui leur revient, deviennent plus visibles, font avancer les choses, c’est là que s’active de manière visible l’homophobie et la transphobie.
Pour corriger le tir, M. Breault appelle à bonifier le financement du Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie, de manière qu’il soit adapté au nouveau contexte de recrudescence de la haine envers les personnes LGBTQ+
.
Pour rappel, le dernier plan d’action contre l’homophobie et la transphobie – qui finance notamment plusieurs organismes LGBTQ+ – avait été adopté par le gouvernement Legault en 2023 et arrivera à échéance en 2028, au cours du prochain mandat.
Un financement accru pour les soins de santé
Une autre revendication concerne le rehaussement du financement de GRS Montréal, la seule clinique au Québec offrant des chirurgies d'affirmation de genre dans le cadre d'une entente avec le ministère de la Santé.
Comme le déplore Victoria F. Legault, directrice générale de l'organisme Aide aux trans du Québec, la santé mentale des personnes en attente d'une intervention pâtit des délais, qui peuvent atteindre jusqu'à deux ans pour une mastectomie et trois ans pour une vaginoplastie, faute de ressources.
Mme Legault souligne en outre que plusieurs personnes de la communauté trans et non binaire ont été déçues du bilan de la CAQ.

Victoria F. Legault, directrice générale d’Aide aux trans du Québec (Photo d'archives)
Photo : Sylvain Légaré
Parmi les mesures qui les ont irritées, elle cite entre autres une directive de la CAQ datant de 2025, forçant les personnes incarcérées transgenres à être détenues dans les prisons provinciales en fonction de leur sexe anatomique, ou encore le bannissement du pronom « iel » dans les communications du gouvernement.
J’espère que le prochain gouvernement sera en mesure de nous entendre là-dessus et de réparer les pots cassés.
Qu'est-ce que le pronom « iel »?
Il s'agit d'un pronom de la troisième personne du singulier, issu de la contraction des pronoms « il » et « elle », qui permet de désigner les personnes non binaires ne s'identifiant ni au genre masculin ni au genre féminin.
Pluriparentalité et éducation sexuelle
Du côté de la Coalition des familles LGBT+, son cheval de bataille dans cette campagne électorale concerne principalement la reconnaissance de la pluriparentalité.

Les relations polyamoureuses, où plus de deux personnes entretiennent des sentiments amoureux, sont légales au Canada. Toutefois, Québec limite la filiation à deux parents.
Photo : iStock / paylessimages
L’an dernier, Québec a porté en appel un jugement de la Cour supérieure qui stipule qu’un enfant peut légalement avoir plus de deux parents.
Alors que la cause doit être entendue en novembre, la directrice générale de la Coalition, Marie-Pier Boisvert, demande au prochain gouvernement d’abandonner cet appel.
On trouve que c’est vraiment un mauvais usage de l’argent public.
Du côté du Conseil québécois LGBT, on réclame le maintien du cours d’éducation à la sexualité dans les écoles dans sa forme actuelle.
La question a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années : le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a promis, s’il est à la tête du prochain gouvernement, de tenir une commission parlementaire pour réexaminer le contenu de ces cours.
En 2023, il déclarait que certains concepts, dont ce qu’il qualifie de théorie du genre
, sont issus de dérives idéologiques de la gauche radicale
. En 2025, PSPP s'était aussi opposé à une motion de Québec solidaire appelant à reconnaître la grande qualité
du programme d’éducation à la sexualité.

Paul St-Pierre Plamondon est chef du Parti québécois. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin
Selon la directrice du Conseil québécois LGBT, Magali Boudon, le contenu actuel des cours d’éducation à la sexualité est déjà bien construit et adapté à l’âge des élèves.
Ces cours revêtent encore plus d’importance dans un contexte de montée de l’intolérance, croit-elle. Le mot "gai" est redevenu une insulte dans les cours d’école. On se retrouve avec un niveau de tolérance qui est équivalent à avant les années 2000.
La construction identitaire des enfants [LGBT] va au plus mal aujourd’hui, donc on a besoin que notre gouvernement donne l’exemple et qu’il assume son programme d’éducation à la sexualité, même si, pour certains parents, ça n’a pas de sens.
Qu'en pensent les partis politiques?
Questionnée par Radio-Canada sur son bilan critiqué par la communauté LGBT+ et sa position sur les revendications du milieu communautaire, la Coalition avenir Québec répond que son approche demeure la même : être à l'écoute du terrain et travailler avec les personnes directement concernées
.
Notre gouvernement a lancé en 2023 un plan d'action de près de 24 M$ pour lutter contre l'homophobie et la transphobie. C’est le montant le plus important jamais octroyé pour les communautés. Nous lancerons des consultations auprès des partenaires en 2027 pour prévoir le renouvellement du plan en 2028
, ajoute-t-on dans une brève déclaration.
Aussi interrogé sur les revendications des organismes LGBTQ+, ainsi que sur une éventuelle révision du cours d’éducation à la sexualité, le Parti québécois se contente de répondre que depuis ses tout débuts
, il a fait avancer les droits LGBTQ+
.
Nous avons toujours été des alliés des communautés et nous continuerons à travailler en ce sens pour de réelles avancées vers l’égalité et le respect
, promet-il.
Pour sa part, le Parti libéral s’engage à renouveler le plan d’action contre l’homophobie et la transphobie, à identifier les obstacles qui persistent dans les parcours de soins
des personnes trans et non binaires, et dans les écoles, à sensibiliser les jeunes aux réalités de la diversité sexuelle
et à donner au personnel les outils nécessaires pour intervenir rapidement en cas d’intimidation ou de discrimination
.
Sur la pluriparentalité, comme un dossier est présentement devant la Cour d'appel, nous attendrons la conclusion avant de nous prononcer
, ajoute le PLQ.
Enfin, Québec solidaire se dit en faveur de l'ensemble des revendications citées plus haut, mais précise qu’il souhaite aller plus loin en mett[ant] fin au financement distinct des soins d'affirmation de genre et les faire couvrir par la RAMQ comme n'importe quel autre soin de santé
.
Sollicitée par Radio-Canada, l’équipe du Parti conservateur d'Éric Duhaime n’a pas répondu à nos demandes.
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